La session de travail des ministres européens des Finances, lors de la réunion informelle ‘Ecofin’ à Bucarest, vendredi 5 avril, a été profondément tournée vers l’avenir. Ils ont discuté des futures priorités institutionnelles pour les cinq prochaines années ainsi que de l’avenir de l’Union des marchés de capitaux (UMC).
Selon une source européenne, la discussion a été très éparpillée. Quelques points de convergence ont néanmoins émergé, tels que l'achèvement de l'Union bancaire, l'approfondissement de l'UMC, la modernisation de la fiscalité européenne et, surtout, la nécessité pour l'UE de rester compétitive et innovante face à des pays comme la Chine ou les États-Unis. Beaucoup d'États membres auraient en outre souligné la nécessité de « finir ce qui a été commencé », a-t-elle indiqué.
Les discussions ont notamment eu lieu sur la base d’une étude présentée par l’institut Bruegel qui identifie comme priorités pour l’agenda européen : l’innovation, le changement climatique, l’amélioration de la cohésion sociale ainsi que la convergence dans l’UE et le renforcement des relations entre les pays dans et hors zone euro (EUROPE 12229/26).
« Depuis un peu plus d'une décennie, l'agenda économique de l'UE consiste à gérer les retombées de la crise financière. Bien que des progrès importants aient été réalisés, l’Union bancaire demeure incomplète et des fragilités subsistent. L'agenda macrofinancier devrait donc rester une priorité pour les cinq prochaines années. Mais les ministres des Finances doivent également consacrer davantage leur attention collective (au niveau ECOFIN) et individuelle (au niveau national) à la croissance durable et inclusive et à la convergence économique », peut-on lire dans l’étude.
Cinq partenaires sociaux - BusinessEurope, SMEUnited, la Confédération européenne des syndicats (CES) et le Centre européen des employeurs et entreprises fournissant des services publics (CEEP) - ont par ailleurs été invités par la Présidence roumaine du Conseil à participer à la réunion et à exposer, eux aussi, leurs priorités.
Dix États membres ont pris la parole durant la réunion, dont la France. En conférence de presse, le ministre français, Bruno Le Maire, a exposé les grandes priorités françaises, à savoir : « se doter de tous les instruments pour accélérer la convergence économique entre les États membres de la zone euro et entre les États européens de manière générale » et mettre l'Europe « à la pointe de la mise en place d’une fiscalité internationale du XXIe siècle juste et performante ».
Autre grande priorité pour la France : la nécessité de construire des « champions industriels européens » dans des domaines comme les batteries électriques, le secteur ferroviaire et la construction navale. Toutefois, selon cette même source, c'est sans doute le point de la discussion qui a le plus divisé les États membres, certains voyant plutôt comme alternative à cette idée un marché unique plus intégré.
UMC. Les ministres ont aussi fait le point sur les réalisations dans le cadre de l’Union des marchés de capitaux (UMC). Ce fut l’occasion pour la Roumanie de rappeler tous les accords interinstitutionnels survenus sous sa présidence du Conseil de l’UE et pour la Commission de lancer un message à l’adresse des États membres sur les dossiers qui ne sont pas encore bouclés, comme la taxonomie européenne (EUROPE 12212/9) ou le règlement sur le financement participatif (EUROPE 12130/3).
En conférence de presse, le commissaire européen aux Services financiers, Valdis Dombrovskis, a fait état d’un « soutien politique fort » des ministres au projet d’UMC.
« Bon nombre de ces dossiers sont assez techniques et parfois peu attrayants sur le plan politique […] Ce n'est pas une idée ou une mesure qui fera la différence, mais la somme des mesures prises ensemble, qui créent un écosystème positif pour les marchés financiers », a-t-il rappelé. (Marion Fontana)