Le Brexit était dans tous les esprits, vendredi 5 avril, et a même voyagé jusque Bucarest, où les ministres européens des Finances étaient réunis pour une réunion informelle.
L’annonce de la demande de la Première ministre britannique, Theresa May, de différer la date de sortie de son pays de l'UE jusqu’au 30 juin (voir autre nouvelle) est en effet intervenue en pleine réunion de l’Eurogroupe.
Le sujet n’était pas formellement inscrit à l’agenda des ministres (EUROPE 12229/26). Interrogé à son arrivée à la réunion sur une possible extension, le président de l’Eurogroupe, Mário Centeno, a estimé qu’il s’agissait d’une question politique qui n’était pas pour les ministres européens des Finances, mais pour le Conseil européen du 10 avril. « Le rôle des ministres des Finances est plutôt de se préparer à tous les scénarios », a-t-il déclaré.
Plus tard, à l’issue de la session de travail du matin, il a indiqué en conférence de presse que les ministres avaient fait le point sur leur niveau de préparation en cas de Brexit sans accord. « Une rencontre des ministres des Finances des pays membres de la zone euro à cette date ne peut ignorer les développements concernant le Brexit », a-t-il déclaré.
« Les États membres ont pris des mesures de contingence nationales pour les services financiers. Ensemble, les mesures de contingence européennes et nationales couvrent toutes les activités systémiques […] Néanmoins, de telles mesures ne peuvent ni reproduire les avantages de l'adhésion à l'UE ni compenser le manque de préparation des acteurs privés. Et il va sans dire que nous voulons éviter ce scénario », a expliqué le président de l’Eurogroupe.
La Commission aurait en outre fait un état des lieux avec les ministres de toutes les mesures préparatoires en cas de sortie du Royaume-Uni sans accord (EUROPE 12136/10), y compris dans le domaine des douanes (EUROPE 12228/8), qui serait particulièrement affecté, a rappelé le commissaire européen chargé des Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici.
Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a estimé lui aussi que les risques qui pèseraient sur la stabilité financière dans un tel scénario ont été limités. « Il y a eu une excellente préparation par le secteur public des deux côtés de la Manche et par le secteur privé », a-t-il indiqué.
Le président de la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen, Roberto Gualtieri, qui assistait à la réunion de l’Eurogroupe, a vu d’un bon œil la demande d'extension et le fait que le gouvernement britannique commence à se préparer aux élections européennes, laissant ainsi plus « d’options ouvertes ».
Sur Twitter, il a néanmoins estimé que la date de juin ne faisait pas sens et qu’une prolongation d’un an, telle que suggérée par le président du Conseil européen, Donald Tusk, serait plus appropriée.
Pour le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, le Royaume-Uni doit exposer les raisons qui justifieraient une extension. « Si nous ne sommes pas en mesure de comprendre les raisons pour lesquelles le Royaume-Uni demande une prolongation, nous ne pouvons pas donner une réponse positive », a-t-il déclaré à son arrivée à la réunion.
« Je ne pense pas qu’il y aura finalement un Brexit », a estimé pour sa part le ministre roumain, Eugen Orlando Teodorovici, espérant toujours un vote final rejetant le Brexit ou encore la tenue d’un nouveau referendum sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE. (Marion Fontana)