La Première ministre britannique, Theresa May, a demandé, vendredi 5 avril, dans une lettre adressée au président du Conseil européen, une nouvelle extension de la période de l’article 50 jusqu’au 30 juin, comme elle l’avait déjà fait en amont du sommet européen du 21 mars.
Un peu plus tôt dans la semaine, la dirigeante britannique avait déjà demandé une extension jusqu’au 22 mai, le temps de forger une alliance avec le Labour de Jeremy Corbyn susceptible de recueillir une majorité positive à la Chambre des communes sur un Brexit adouci (via une éventuelle Union douanière).
Cette fois-ci, pourtant, alors que les discussions avec Jeremy Corbyn se poursuivent et se concentrent sur la future relation, et qu’un nouveau vote décisif ou encore des votes indicatifs pourraient avoir lieu la semaine prochaine, la dirigeante britannique a admis dans sa lettre la possibilité que le pays pourrait avoir à organiser des élections européennes. Ce n’est un résultat souhaitable ni pour le Royaume-Uni ni pour l’UE, met en garde la Première ministre, mais la législation nécessaire sera préparée en ce sens, écrit-elle, au cas où l’accord de retrait ne serait toujours pas validé avant le 23 mai.
Mme May dit en effet « accepter » la vision du Conseil européen selon laquelle tout État encore membre de l’UE au 23 mai 2019 sera dans l’obligation légale d’organiser ce scrutin.
Interrogée sur cette nouvelle demande, la Commission européenne a refusé de prendre position vendredi midi, se contentant de renvoyer la réponse de l’UE au sommet européen du 10 avril, qui sera chargé de se prononcer. Mais le président du Conseil européen, Donald Tusk, a, lui, déjà fait fuiter sa position le 5 avril. Il était en effet sur le point de demander aux Vingt-sept de se prononcer plutôt sur une extension longue d’au moins un an, selon la BBC. Une extension longue que le Polonais qualifierait de « flextension » en permettant au Royaume-Uni de sortir de l’UE au cours de cette période, dès la ratification de l’accord de retrait négocié avec l’UE.
Comment s'assurer de la coopération sincère de Londres ?
C’est en tout cas le Conseil européen, réuni le 10 avril à Bruxelles, qui devra prendre cette « décision politique », a commenté une source diplomatique, indiquant que les discussions devraient être similaires à celles du 21 mars : les leaders devraient interroger Mme May sur ses intentions et attacher des conditions strictes à toute extension, à commencer par un vote favorable à la Chambre des communes, qui semble très incertain à 5 jours de ce sommet.
Sur le principe, les Vingt-sept ont toujours été favorables à une extension, même à des degrés divers d'intérêt ; l'Irlande est particulièrement en faveur de cette extension longue.
Mais une extension au-delà des élections européennes et même jusqu’à la mi-2020 va poser de vraies questions aux Vingt-sept sur le principe de coopération loyale avec le Royaume-Uni, qui sera toujours dans l’UE, mais sur la voie d’en sortir et peut-être dirigé par un Premier ministre plus hostile, comme Boris Johnson.
Comment donc se prémunir du risque qu’un État membre sur le départ puisse tenter de perturber les discussions sur le budget ou toute autre décision stratégique pour l’UE ? Les Vingt-sept ont déjà commencé à s’y préparer et ils pourraient déjà demander à Mme May ce mercredi comment elle compte concrètement assurer le respect de ce principe de coopération sincère. (Solenn Paulic)