Alors que le Royaume-Uni cherche à gagner du temps pour négocier le Brexit, toutes les options sont toujours sur la table, d’une union douanière à un second référendum. La demande formulée met à l’épreuve la flexibilité et l’unité de l’UE.
La Première ministre britannique, Mme Theresa May, a demandé à l’UE un report flexible du Brexit, qu’elle espère obtenir lors d’un sommet organisé en urgence le 10 avril (voir autres nouvelles). Ce report pourrait durer jusqu’au 30 juin, ou être avancé, si elle parvient à conclure un accord avant les élections européennes du 23 mai. Dans une lettre adressée aux dirigeants de l’UE vendredi, elle s’est engagée à préparer des plans d’urgence pour permettre la tenue de ces élections, qui pourraient être annulées le cas échéant.
La plupart des pays de l’UE privilégient une plus longue extension d’environ un an, ce que certains députés conservateurs (dont le procureur général Geoffrey Cox) ont salué. Mais la France continue de remettre en question la nécessité d’une extension aussi longue, étant donné qu’aucun plan clair de sortie n’est arrêté. Selon la presse britannique, quelques conservateurs se positionnent désormais en faveur d’une longue extension qui leur laisserait du temps pour écarter Theresa May et la remplacer par un fervent partisan du Brexit. Mais le leader du Groupe européen de recherche d’arrière-ban, Jacob Rees-Mogg, a twitté vendredi qu’en cas de longue extension, le Royaume-Uni devrait être aussi « intransigeant que possible » dans les futures négociations du budget de l’UE et en matière de politique de défense.
Entre-temps, le gouvernement britannique continue à chercher un consensus entre plusieurs partis sur la manière de sortir de l’UE, malgré le rejet cette semaine par les députés de quatre options (y compris une union douanière, un « marché commun 2.0 » inspiré de la relation établie entre l’UE et la Norvège, et un second référendum, soumis à un vote « indicatif » au Parlement lundi - EUROPE 12227/12). L’UE demande depuis longtemps des négociations entre les différents partis et pourrait voir d’un œil plus favorable la demande d’extension formulée par le gouvernement, si ces discussions devaient s’avérer constructives.
Mme May entend parvenir à ce qu’elle qualifie d’« approche commune unifiée », entre tous les partis, qui se concentre sur les changements à apporter à la déclaration politique relative à la future relation. À défaut, elle permettra aux députés de (re)voter sur un « petit nombre d’options claires », qui comprendront certainement une forme de régime douanier, qu’elle espère voir intégrer à la déclaration par l’UE.
Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré cette semaine que l’UE est « ouverte à toute une gamme d’options, allant d’un accord de libre-échange à un régime douanier, ou une union douanière, en passant par l’Espace économique européen », mais doute qu’une majorité puisse être trouvée pour soutenir l’une ou l’autre de ces options (EUROPE 12228/1).
Par conséquent, l’UE intensifie ses préparatifs en vue d’une absence d’accord, alors que certains commissaires ont mis en garde cette semaine sur les dossiers relatifs aux douanes, aux transports, à la sécurité alimentaire et à la pêche. Toutefois, le lieu de contrôle des biens qui franchissent la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord n’est toujours pas établi (EUROPE 12229/13). Le vice-président Jyrki Katainen a avancé cette semaine que l’UE travaille sur de « nouvelles solutions » pour dédouaner les marchandises, mais n’a pas exclu les points de contrôle frontaliers. Le gouvernement irlandais s’est montré tout aussi évasif, craignant que ses propos soient déformés à Londres.
Cette semaine, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a encouragé l’UE à faire preuve de « patience » avec le Royaume-Uni (EUROPE 12228/1). La chancelière allemande Angela Merkel a, quant à elle, déclaré que l’UE fera « tout » pour éviter le « no deal ». Mais en l’état actuel des choses, le jour du Brexit est fixé au 12 avril, avec ou sans accord. (Version originale anglaise par Sarah Collins)