Le sommet Chine-Union européenne du 9 avril pourrait, en se clôturant sans déclaration commune, révéler une fois encore le décalage d'ambitions entre les parties, renforçant le scepticisme croissant, côté européen, quant à la volonté chinoise de passer de la parole aux actes.
Le 21e sommet annuel entre l’Union européenne et la Chine aura lieu mardi 9 avril en présence, du côté européen, du président du Conseil européen, Donald Tusk, du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, du vice-président Jyrki Katainen et de la Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, et, du côté chinois, du Premier ministre, Li Keqiang, et du ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, ainsi que d'autres membres de la délégation.
En préparation du sommet, les chefs d’États et de gouvernement avaient débattu, lors du dernier Conseil européen du 22 mars dernier (EUROPE 12220/1), de la nouvelle orientation de la relation sino-européenne. Une nouvelle stratégie avait été proposée par la Commission dans le but de muscler la politique de l'UE vis-à-vis de Pékin (EUROPE 12212/20).
Année après année, l’UE déplore en effet les faibles avancées engrangées dans sa relation avec la Chine et le manque d’ambition de cette dernière. Il n’est d’ailleurs pas certain qu’une déclaration commune puisse être arrêtée entre les deux parties. D'après une source de la Commission, l'UE préférerait faire l’impasse sur ce texte plutôt que d’y accepter un langage a minima.
Priorité à l'économie et la réforme de l'OMC
À l'ordre du jour provisoire du sommet, les priorités européennes s’articulent principalement sur deux niveaux. Les questions économiques y tiennent une place prépondérante, les échanges entre l'UE et la Chine s'élevant à plus d'un milliard d'euros de marchandises quotidiennement. L'UE est le premier partenaire commercial de la Chine, qui est le second partenaire commercial de l'UE.
Sur le plan multilatéral tout d’abord, les deux parties discuteront des questions de la gouvernance mondiale. Les réformes de l’ONU et de l’OMC, l’avancement des travaux du G20 et la mise en œuvre de l'Accord de Paris sur le changement climatique devraient être parmi les autres priorités mondiales abordées.
Les Européens espèrent voir les Chinois s’impliquer activement en vue de réformer une OMC de plus en plus obsolète face à l'évolution du commerce mondial. Ils souhaiteraient aborder surtout le problème des subventions industrielles et, plus largement, la question des pays n'ayant pas d'économie de marché, dans le cadre du groupe de travail conjoint.
L’UE appelle aussi Pékin à accepter d'étendre le mandat du Forum mondial sur l’acier - où est discuté le problème des surcapacités d’acier - qui arrive bientôt à terme.
L'UE pour une relation bilatérale plus équilibrée
Sur le plan bilatéral ensuite, les dirigeants européens appelleront leurs homologues chinois à renforcer la coopération bilatérale, afin de rééquilibrer la relation économique.
La Chine tire en effet largement parti de l’ouverture du marché européen pour investir dans ses infrastructures, elle compte pour autant parmi les économies les moins ouvertes aux investissements directs étrangers. Les Européens appelleront donc la Chine à œuvrer pour plus de réciprocité, y compris en garantissant un traitement juste et non discriminatoire à l’égard des opérateurs économiques européens. Pour ce faire, l’UE souhaiterait que soient accélérés les pourparlers sur un accord global sur les investissements.
Les Européens voudraient par ailleurs finaliser cette année l’accord sur les indications géographiques, qui est prêt déjà depuis l'année dernière, mais sur lequel la Chine a fait marche arrière.
Ce sera aussi l'occasion pour l'UE d'appeler la Chine à lui laisser jouer un rôle actif dans ses projets dans le cadre de la Nouvelle route de la soie.
Recherche d'un engagement commun pour le climat et l'environnement
Le sujet climatique est également inscrit à l’ordre du jour provisoire, pour être abordé parmi les défis communs à relever sur la scène internationale, en vue de reconfirmer l’engagement conjoint à agir pour mettre en œuvre l’Accord de Paris. « La Chine est un partenaire important dans le contexte multilatéral et elle contribue à 27 % des émissions mondiales », rappelait, vendredi un haut fonctionnaire européen. « Nous espérons que le sujet sera maintenu à l’ordre du jour définitif, mais, vu le nombre de points à discuter, la discussion sera nécessairement générale », a précisé une autre source.
La volonté de s’engager sur des actions concrètes avait été exprimée lors de la réunion exceptionnelle à Paris entre le président Xi Jinping, ses partenaires allemand, français et le président de la Commission européenne, le 26 mars (EUROPE 12222/24).
La coopération sino-européenne en matière d’environnement, d’économie circulaire, de biodiversité et d’économie bleue figure aussi dans le projet d’agenda (EUROPE 12226/18).
Droits de l'homme et État de droit, des sujets clivants
Seront également abordées des questions de droits de l'homme et de l'État de droit. Comme à l'occasion du dialogue à haut niveau sur les droits de l'homme qui s'est tenu tout début avril, les Européens pourraient rappeler l'universalité des droits de l'homme et mettre l'accent, notamment, sur le droit des minorités.
Dossiers internationaux, cybersécurité et connexions Asie/Europe, influence en Afrique et développement
Enfin, les dirigeants s'entretiendront des questions de politique étrangère ainsi que des éléments de sécurité - la situation dans la péninsule coréenne, l’Afghanistan, la crise du Venezuela (voir autre nouvelle), l'accord sur le nucléaire iranien, mais aussi de leur coopération en termes de maintien de la paix en Afrique.
En marge du sommet, un dialogue sur l’énergie aura lieu au niveau technique, entre experts chinois et le commissaire Miguel Arias Cañete, « notamment sur les technologies et la préparation des stratégies de long terme pour la neutralité carbone », selon un expert européen.
Les dirigeants européens et chinois aborderont les questions de développement durable et de cybersécurité, notamment la sécurité des réseaux 5G.
Les deux parties devraient aussi se mettre d'accord sur des termes de référence pour une étude conjointe sur les options plus durables pour la nouvelle connexion ferroviaire entre la Chine et l'Europe.
Le sommet sera également l'occasion de discuter de leurs différentes initiatives pour mieux connecter l'Europe et l'Asie, notamment dans le cadre de la plateforme de connectivité UE-Chine.
L'unité européenne à l'épreuve
L’unité européenne continue également à être testée dans sa relation avec Pékin.
Le sommet précède de quelques jours d’autres rencontres entre la Chine et des États membres de l’UE, le 16+1/CEEC, à Dubrovnik, jeudi 11 avril.
Par ailleurs, deux États membres 'fondateurs' de l'UE, l'Italie et le Luxembourg ont également récemment signé avec la Chine, le Luxembourg signant quatre jours à peine après l’Italie un mémorandum, mais aussi des accords de coopération entre les Bourses des deux pays et d'autres institutions financières en Chine. (Hermine Donceel et Aminata Niang)