Le Mouvement pour une Europe des Nations et des Libertés (MENL), qui rassemble les Français du Rassemblement national (RN), les Autrichiens du FPÖ, les Italiens de la Lega ou encore les Flamands du Vlaams Belang, a décidé de ne pas nommer de Spitzenkandidat pour les élections européennes de mai, malgré l’intérêt du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, pour ce titre (EUROPE 12120/24).
La décision du bureau du parti européen souverainiste, lundi 1er avril, n’est pas surprenante, puisque le parti considère que le processus du Spitzenkandidat ne sert qu’à créer un « semblant » d’élection démocratique du président de la Commission européenne.
Mais le même parti a néanmoins fait savoir, dans un communiqué, qu’il n’entendait pas pour autant s’exclure des débats européens. Des candidats seront désignés pour participer à ces débats dans l’esprit du « respect du principe de souveraineté nationale et de démocratie », a assuré le MENL.
Et il prend même le soin de préciser que « l'absence éventuelle du MENL à ces débats ne sera due qu'au refus des chaînes de télévision de mettre en scène un représentant de l'Europe des Nations et des Libertés, nuisant ainsi à l'équilibre démocratique du débat ».
27 Spitzenkandidaten
« Nous avons vingt-sept Spitzenkandidaten ! », a déclaré, mardi 2 avril à EUROPE, une source au sein du groupe Europe des Nations et des Libertés (ENL) au PE.
La décision de ne pas avoir de Spitzenkandidat n’est d’ailleurs pas si éloignée, selon elle, de celle du groupe ADLE de mettre en avant sept personnalités (EUROPE 12219/3) afin de refléter les différentes sensibilités des pays.
L’Italien Matteo Salvini reste néanmoins une figure phare. « Il portera le drapeau du nationalisme en quelque sorte », a estimé la même source.
Interrogée sur une éventuelle stratégie en vue des élections européennes de mai, cette source a expliqué qu’il n’y aura en tout cas pas de campagne politique menée par le groupe parlementaire.
Il ne faudra pas non plus s’attendre à une campagne électorale centralisée. « Nos partis considèrent les élections européennes comme 27 élections différentes, avec différentes thématiques », a-t-elle déclaré.
Bien sûr, certains sujets restent communs, comme la « souveraineté des Nations plutôt que le diktat de Bruxelles », l’immigration incontrôlée ou encore les libertés des peuples, a-t-elle poursuivi.
L’abandon par Marine Le Pen de la rhétorique d’une sortie de l’UE au profit de la « construction d’une alliance européenne des Nations » (EUROPE 12136/12) ne serait d’ailleurs pas une ligne commune. Le Parti pour la liberté (PVV) néerlandais prône, par exemple, toujours la sortie de l’UE pour son pays. Le Vlaams Belang souhaite réorganiser l’UE selon sa vision, mais, en cas d’échec, privilégiera lui aussi une sortie de l’UE. Selon cette source, le groupe ENL « travaille à changer l’UE d’une manière ou d’une autre : de l’intérieur ou en en sortant ».
Y aura-t-il des évènements paneuropéens ? Oui, car l’ENL et le MENL croient en la coopération et de multiples « rencontres » ont déjà été organisées, a-t-elle expliqué.
Vendredi 29 mars, près de 250 jeunes venus de France, d’Allemagne et de Belgique se sont rencontrés à Rome, répondant à l’appel d’Andrea Crippa, militant de la Lega Giovani – la branche jeunesse de la Lega – parmi lesquels, la tête de liste du Rassemblement National aux Européennes, le Français Jordan Bardella (EUROPE 12166/3).
Le même jour, une délégation du groupe ENL au PE a rencontré au Parlement estonien à Tallinn les députés et dirigeants du parti d’extrême droite EKRE, qui a obtenu 17,8 % aux élections législatives. « Ils entreront au Parlement européen dans deux mois : nous préparons le grand rassemblement pour l’Europe des nations ! », a déclaré le coprésident du groupe ENL, le Français Nicolas Bay, sur son compte Twitter.
Lundi 1er avril, Nicolas Bay a poursuivi sa tournée à Bucarest pour rencontrer cette fois d’autres « alliés », dont la Bulgare Polina Tsankova-Hristova, le Tchèque Jiří Kobza ou encore le Slovaque Ludovit Goga, lors de la Conférence interparlementaire sur l'avenir de l’UE.
« Nos adversaires s’inquiètent de la percée des ‘populistes’ : il n’y a pas de danger populiste, mais, au contraire, l’opportunité historique de redonner le pouvoir aux peuples d’Europe, leur rendre la maîtrise de leur destin », a-t-il déclaré en cette occasion.
Un groupe ENL élargi ?
Une « percée » effectivement confirmée par les projections du PE lui-même. Les dernières en date (EUROPE 12225/2) prévoient en effet que le groupe ENL représenterait 8,7 % des membres dans le nouveau PE, avec +21 sièges en Italie et +6 en France. Le groupe ELDD représenterait, quant à lui, 4,3 % du total avec des hausses en Allemagne (+9 sièges) et en Italie (+4 sièges) et une baisse en France (-6 députés).
Le groupe ENL, qui compte actuellement 35 députés, pourrait obtenir quasiment le double de sièges lors des prochaines élections, selon cette source. D’autant plus que, selon notre source, les projections ne prennent en compte que les partis actuels et pas les futurs partis entrant au PE.
Interrogée sur une éventuelle fusion des groupes ENL, ELDD et CRE après les élections européennes, elle n’a pas souhaité se prêter au jeu de la spéculation. Elle a néanmoins confirmé qu’il y avait des « contacts formels et informels » avec différents partis issus de plusieurs pays et ouverts à rejoindre leur groupe.
Pour notre source, il y aura inévitablement une logique de transformation des groupes au sein du PE après ces élections, notamment en raison du Brexit. Si ce dernier se concrétise, il libérera 73 sièges et signera les adieux du Ukip de Nigel Farage, qui dominait actuellement le groupe ELDD.
Si les sondages se transforment en réalité, le groupe ENL pourrait bien devenir le quatrième plus grand groupe au Parlement européen. Une ambition qui va même au-delà : « Nous voulons créer une force politique au Parlement européen et au Conseil de l’UE », a déclaré notre source. (Marion Fontana)