Si l'Union européenne ne défend pas ses valeurs fondamentales – l'État de droit, la lutte contre le racisme et l'homophobie, l'égalité homme/femme – en son sein, elle ne sera pas crédible pour les promouvoir au niveau international, a estimé le Premier ministre suédois, Stefan Löfven, mercredi 3 avril.
« Nous devons garder à l'esprit nos valeurs premières. À quoi sert l'intégration européenne, si ce n'est pour promouvoir nos valeurs ? », a déclaré M. Löfven lors d'un débat sur l'avenir de l'UE, au Parlement européen à Bruxelles.
« L'UE est un compromis, l'un des compromis ayant obtenu les meilleurs résultats. Mais on ne peut pas faire de compromis en matière de respect de la dignité humaine », a-t-il ajouté, appelant à « combattre les forces extrémistes que nient ces valeurs ».
Selon lui, dans un monde où le multilatéralisme est mis à mal, où les liens transatlantiques sont remis en question et où la Chine propose un modèle de développement alternatif à la démocratie, c'est en défendant ses propres valeurs que l'Union permettra à ses citoyens, surtout ses jeunes, de continuer à « rêver » à un monde meilleur.
État de droit. Le Premier ministre suédois a insisté sur l'importance du respect de l'État de droit en en faisant une condition à l'octroi des fonds européens lors du cadre financier pluriannuel 2021-2027, celui-ci ne devant pas être augmenté, mais recentré sur les priorités politiques clés. Il a soutenu la proposition belge de mettre sur pied un mécanisme d'examen du respect de l'État de droit (EUROPE 12014/1).
Le gouvernement suédois entend également demander au Parlement national de participer à la coopération renforcée ayant instauré le Parquet européen (EUROPE 12228/11).
Sur les questions économiques, M. Löfven a souhaité un approfondissement du marché unique, notamment dans le secteur numérique, en faisant attention de ne pas mettre les travailleurs en concurrence. Il a cité en exemple la réussite de la société Spotify, même si, comme le lui a rappelé Guy Verhofstadt (ADLE, belge), cette licorne a déplacé son siège à New York pour croître.
Sur le plan commercial, le social-démocrate suédois a aussi estimé que l'Union ne devrait pas se recroqueviller sur elle-même, mais plutôt être à l'avant-garde dans le domaine des nouvelles technologies.
Climat. « Fier » de l'action entreprise par sa compatriote Greta Thunberg, M. Löfven a estimé qu'il revenait aux dirigeants actuels, et non à la génération suivante, de trouver une solution à la crise climatique.
La Suède entend être à l'avant-garde en la matière, a-t-il indiqué, rappelant que son pays se fixe l'horizon « 2045 » pour que son économie soit neutre en carbone. Et d'après lui, au niveau de l'UE, l'échéance doit être « au plus tard 2050 ».
Migration. Enfin, rappelant que la Suède avait fait face en 2015 à un afflux massif de migrants, le Premier ministre suédois a estimé que la migration « chaotique » minait la confiance des sociétés.
Il a plaidé pour « une responsabilité partagée » de la gestion du phénomène migratoire et identifié trois volets d'action : - le contrôle des frontières extérieures de l'UE, via l'Agence européenne des garde-côtes et des garde-frontières, pour garantir la sécurité et « sauver des vies » ; - « une distribution équitable » des migrants dont les demandes d'asile doivent être examinées ; - une coopération étroite avec les pays tiers d'origine et de transit.
« C'est une tâche immense qui est devant nous. Mais si nous échouons à trouver une solution, l'accord de Schengen sera affaibli et, partant, toute l'UE », a-t-il estimé.
Lors du débat, plusieurs intervenants ont loué la recherche perpétuelle du compromis en Suède, caractérisé par l'adverbe 'lagom'. (Mathieu Bion)