À une très large majorité (588 voix pour, 23 contre, 66 abstentions), le Parlement européen s'est prononcé, mardi 19 février à Strasbourg, en faveur de la réutilisation des eaux urbaines résiduaires pour l'irrigation agricole, dès lors que ces eaux sont sûres, pour économiser la ressource et remédier à la pénurie hydrique.
Il a largement suivi la position du rapporteur, Simona Bonafé (S&D italienne) sur la proposition de règlement établissant : - des normes minimales de qualité pour l'eau recyclée ; - des obligations de production, de distribution et de stockage pour les opérateurs ; - des mesures de gestion des risques pour une réutilisation sûre de l'eau (EUROPE 12177).
Les députés ont rejeté l'amendement de la commission parlementaire qui aurait rendu les opérateurs d'installation de récupération de l'eau responsables de toute éventuelle contamination de la ressource.
A, en revanche, été adopté un amendement du groupe ELDD demandant qu'un an après l'entrée en vigueur du règlement, la Commission adopte des actes délégués pour intégrer dans le texte une méthode de mesure de la présence de microplastiques dans les eaux de récupération qui puisse faire l'objet de prescriptions supplémentaires.
Le texte prévoit que l'eau récupérée et traitée soit utilisée pour irriguer les cultures vivrières, les cultures alimentaires transformées et les cultures non vivrières. La Commission devra évaluer dans un délai de cinq ans si l'eau recyclée peut servir à d'autres usages.
Les députés estiment qu'entretemps, les États membres peuvent autoriser l'utilisation de l'eau recyclée à d'autres fins à condition que la santé humaine, les animaux et l'environnement soient dûment protégés.
D'après Simona Bonafè, la sécurité de l'approvisionnement en eau en Europe est préoccupante pour au moins 50 % de la population et, si la directive-cadre sur l'eau mentionne la bonne gestion de la ressource hydrique, il manque jusqu'ici des règles claires.
« Nous pourrions réutiliser 6,6 milliards de m3 d'eau d'ici à 2025, contre 1,1 milliard par an actuellement », a-t-elle rappelé.
La plupart des députés ont estimé que ce règlement apportera une solution concrète à la rareté de l'eau, phénomène qu'accentue le changement climatique. Maria Lidia Senra Rodríguez (GUE/NGL, espagnole) a déploré que le traitement soit aux mains d'opérateurs privés alors que, selon elle, « une activité aussi critique doit être aux mains des autorités publiques ». Peter Liese (PPE, allemand) aurait préféré une directive. (Aminata Niang)