Les leaders européens se réunissent à vingt-sept, mercredi 17 octobre à Bruxelles, pour un dîner au cours duquel ils se pencheront sur l’état d’avancement des négociations avec Londres, après une présentation du négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier.
Toutefois, les Vingt-sept ne devraient pas être en mesure d’acter un accord avec Londres. Il faudra « plus de temps » pour parvenir à boucler l'accord sur le retrait britannique et, en particulier, sur la question de la frontière entre l’Irlande et l'Irlande du Nord, a indiqué Michel Barnier, mardi 16 octobre à Luxembourg.
« Nous allons prendre le temps calmement et sérieusement, dans les prochaines semaines, pour trouver cet accord », a-t-il déclaré à son arrivée à la session du Conseil 'Affaires générales' consacrée au Brexit (format 'article 50').
Mercredi soir, le Premier ministre britannique, Mme Theresa May, s'adressera à ses homologues en amont de l’ouverture du sommet comme l’y a conviée le président du Conseil européen, Donald Tusk.
Auparavant, plusieurs réunions bilatérales devraient se tenir entre certains dirigeants et Mme May ou entre Mme May et le président Tusk.
Sans percée attendue sur l’accord de retrait, les Vingt-sept devraient « se concentrer sur la procédure » et évoquer la possible tenue d'un sommet extraordinaire en novembre, a dit un diplomate. Toutefois, « ce sommet n’est pas acquis », a-t-il averti, et les Vingt-sept devront dire ce qu’ils veulent faire de cette réunion, qui pourrait avoir lieu les 17 et 18 novembre.
Dans sa lettre d’invitation envoyée aux Vingt-sept lundi soir, M. Tusk souffle le chaud et le froid. D'après lui, le scénario d'un Brexit sans accord étant « plus probable que jamais », il faut en renforcer les préparatifs au sein de l'UE. Dans le même temps, le président du Conseil européen estime qu’un accord « semble toujours impossible, jusqu’à ce qu’il ne soit conclu ».
Mardi, M. Tusk a en tout cas réitéré que le nœud de l’accord continuait de résider dans la question irlandaise et celle du filet de sécurité ('backstop') destiné à éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et l'Irlande.
Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz, lors du sommet social tripartite, a semblé dire qu’un accord était à portée de main avec Mme May. « Se pose ensuite la question du soutien au Parlement britannique », a-t-il noté.
« Il faudra dans tous les cas qu’il n’y ait pas de frontière physique en Irlande », a rappelé un autre diplomate d'un grand État membre mardi matin. « Une solution serait de rester dans une Union douanière pendant un certain temps ; certains Britanniques demandent que ce soit très limité dans le temps », a-t-il ajouté.
C'est justement ce que refuse la partie européenne qui veut s’assurer, avant tout, d’avoir un filet de sécurité contraignant dans l’accord de retrait britannique.
La discussion « n’aboutira sans doute pas d’ici mercredi soir », a confié ce diplomate, qui reste toutefois confiant.
Pour l’UE, s’il est possible de discuter d'un arrangement douanier spécial pour le Royaume-Uni, il faut impérativement ce filet de sécurité pour l’Irlande.
Pour le premier diplomate cité plus haut, il reste encore du temps et, donc, toujours une possibilité pour le mois de novembre. Mais, depuis le sommet de Salzbourg - épisode traumatique pour Theresa May, assaillie de critiques une fois rentrée à Londres (EUROPE 12100 et 12101), « on a avancé » et on a « compris que ce ne serait pas facile d’avoir un accord », a-t-il averti.
L’un des messages de mercredi soir pourrait donc être le suivant : réaffirmer la confiance totale accordée à M. Barnier qui négocie un accord au nom de l'UE conformément au mandat qui lui a été octroyé, et intensifier les travaux de préparation au scénario d'une sortie sans accord. (Solenn Paulic avec Mathieu Solal)