L'éloignement de la crise financière en Europe a ralenti considérablement les travaux destinés à parachever l'union bancaire en zone euro en mettant sur pied un système européen de garantie des dépôts bancaires (EDIS). Faute de pression exercée sur les dirigeants politiques, il est peu probable que ces travaux soient achevés d'ici aux élections européennes.
Les dirigeants politiques, qu'ils soient eurodéputés ou ministres, n'ont pas le courage d'expliquer aux citoyens que certains problèmes ne trouvent pas de solution efficace au niveau des États, a affirmé Olivier Guersent, directeur général aux Services financiers de la Commission européenne, lundi 15 octobre, lors de la conférence annuelle du Conseil de résolution unique (SRB).
D'après lui, seule « une crise suffisamment sérieuse pour leur faire peur, mais pas au point de nous tuer tous » donnerait un nouvel élan au processus législatif. « Le problème avec les crises, c'est qu'elles sont difficiles à calibrer », a-t-il ironisé.
L'eurodéputée Danuta Hübner (PPE, polonaise) a regretté que les pistes avancées par la Commission en octobre 2017 pour stimuler l'élaboration du système EDIS (EUROPE 11881) aient eu si peu d'écho auprès du législateur européen.
Plusieurs raisons expliquent la lenteur des travaux au Parlement européen : - la priorité attribuée à la réduction des risques financiers tels que les créances bancaires douteuses (NPL) avant toute décision sur le partage des risques ; - la perception que les dépôts sont garantis en premier lieu par de l'argent public.
« Je ne suis pas optimiste à l'idée d'une fin des travaux au PE avant les élections européennes », a dit la députée.
« Chacun doit balayer devant sa porte », a rétorqué M. Guersent, critiquant le Parlement européen et les États membres pour n'être même pas en mesure de marquer un accord sur la première phase prévue pour le système EDIS « qui ne prévoit même plus de mutualisation » des risques.
L'ancien chef de cabinet de l'ex-commissaire aux Services financiers, Michel Barnier, a aussi souligné qu'un accord avait été scellé en décembre 2013 sur la création - au plus tard en 2024 et sans condition - d'un filet de sécurité ('backstop') pour le Fonds de résolution unique, le bras financier du volet 'résolution' de l'union bancaire.
« Ceux qui essaient d'empiler des conditions avant de démarrer les travaux devraient mieux y réfléchir », a-t-il estimé. (Mathieu Bion)