Après la France, c'est maintenant au tour de la Commission européenne de dévoiler sa stratégie pour stimuler l'intelligence artificielle (IA). Elle a publié, mercredi 25 avril, une communication identifiant les principaux chantiers à mener à l'échelon européen ainsi qu'un document de travail sur la responsabilité des technologies numériques émergentes.
La communication - relativement bien accueillie par les parties prenantes (le secteur technologique, ITI, les syndicats de travailleurs, CES, les employeurs privés, BusinessEurope, et les experts-comptables ACCA) - vise à accroître les investissements publics et privés dans l'IA, préparer l'UE aux changements socio-économiques et à établir un cadre éthique et juridique approprié.
Objectif : 20 milliards d'euros d'ici 2020
En ce qui concerne les investissements, d'abord, la Commission reconnait un véritable retard par rapport à la Chine ou aux États-Unis. Partant, elle s'engage à investir 1,5 milliard d'euros d'ici 2020 dans le cadre du programme Horizon 2020 et espère que les investissements publics et privés en matière de recherche et d'innovation atteindront un total de 20 milliards d'euros dans 2 ans. Elle s'engage également à mobiliser le fonds européen pour les investissements stratégiques en vue d'attirer les investissements privés pour un montant équivalant à 500 millions d'euros d'ici 2020.
Pour ce qui concerne les changements socio-économiques, la Commission prévoit, entre autres, de publier un rapport d'experts sur les impacts de l'IA sur les marchés de l'emploi ou encore de mettre en place des systèmes de (re)formation pour les profils professionnels qui seront touchés par l'IA.
Responsabilité et sécurité : des questions ouvertes
En ce qui concerne les questions les plus sensibles enfin, la Commission annonce la publication, fin 2018, de lignes directrices en matière d'éthique. Rédigées par la future alliance (multipartite) pour l'intelligence artificielle, elles aborderont des questions telles que l'avenir du travail, l'équité, la sécurité, l'inclusion sociale, la transparence algorithmique et, plus largement, l'impact sur les droits fondamentaux, notamment la vie privée, la dignité, la protection des consommateurs et la non-discrimination.
En matière de responsabilité, la Commission s'engage à publier des orientations interprétatives sur la directive relative à la responsabilité du fait des produits (85/374), afin de garantir la clarté juridique en cas de produits défectueux. Ces orientations s'appuieront sur le document de travail publié le même jour sur la responsabilité liée aux nouvelles technologies numériques, qui pose notamment les questions de la responsabilité du tuteur, du dommage évité, du type de dégât, de la charge de la preuve, etc.
En réponse aux questions des journalistes, la commissaire à l'Industrie, Elżbieta Bieńkowska, a insisté sur le fait que les robots ne seront jamais traités comme des humains. « Notre approche est centrée sur l'homme aux commandes », a surenchéri la commissaire à l'Économie numérique, Mariya Gabriel. Des réponses qui n'ont toutefois pas rassuré le lobby des consommateurs, le BEUC, qui aurait souhaité des actions plus concrètes en matière de responsabilité et de sécurité.
À noter aussi que, dans les semaines à venir, la Commission publiera une communication sur l'avenir de la mobilité connectée et automatisée en Europe et une communication sur les ambitions futures en matière de recherche et d'innovation pour l'Europe. La communication peut être consultée à la page : https://bit.ly/2HM2hgh . (Sophie Petitjean)