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Bulletin Quotidien Europe N° 11977
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CARTE BLANCHE / Carte blanche

Quelle Europe après 2020 ? La vision de Karl-Heinz Lambertz, président du Comité des régions

À l’heure où les ministres de l’UE se rencontrent à Sofia pour parler de l'avenir financier de l'Union européenne (UE), nous devons garder à l’esprit que l’accord sur le prochain budget de l’UE après 2020, tâche longue, complexe et ardue s’il en est, n’est pas seulement une question d’argent, mais aussi, très clairement, d’avenir de l’Europe.

Tous ceux qui se réuniront dans la capitale bulgare auront leurs pensées tournées vers le 2 mai, date à laquelle la Commission européenne présentera sa proposition pour le budget de l’UE pour la période 2021-2027, la décision finale étant attendue en 2019.

Sous des apparences d’exercice technocratique, ce processus de négociations reviendra en réalité à définir les priorités, les valeurs et le niveau d’ambition que nous sommes prêts à accorder à l’Europe. Si nous voulons une Union européenne économiquement compétitive, résistante aux crises futures, et respectant ses engagements internationaux, en matière de climat, par exemple, il est clair que nous devons y consacrer des moyens supplémentaires. Si nous voulons lutter contre l’euroscepticisme, être plus efficaces, plus visibles et moins centralisateurs, il est impensable que nous réduisions son principal outil d’investissement et de développement régional, à savoir la politique de cohésion. Cela reviendrait à opérer un retour en arrière insensé et irait à l'encontre de l’ambition partout affichée de construire un avenir plus solide pour tous les Européens.

Nous savons tous que les États membres de l’UE veulent agir plus de concert, afin de créer une défense commune, de contrôler les frontières extérieures, d'assurer la sécurité et de mieux gérer les migrations. Toutefois, en tant que maires, présidents de région et élus locaux, nous savons également que l’Europe doit se rapprocher des citoyens. Elle doit continuer à créer de l’emploi, à réduire la pollution, à diminuer la consommation d’énergie et à améliorer la gestion des déchets. Les citoyens veulent que leur mobilité, les services de santé et les politiques sociales s’améliorent et que le changement climatique soit évité. Répondre à ces attentes est un défi, surtout si l’on tient compte du déficit qu’induira la sortie du Royaume-Uni de l’Union.

Les élus locaux et régionaux s'évertuent à faire entendre la voix des communautés locales, dans le cadre d’une négociation qui risque de perdre de vue ces attentes fondamentales. Récemment, la Commission européenne a mis sur la table plusieurs options, dont deux impliquent une diminution de l’enveloppe financière en faveur de la politique de cohésion. Les Fonds structurels de l’UE, qui atténuent les disparités régionales et contribuent à la création d’une Europe plus compétitive, inclusive et durable, pourraient être coupés de près d’un tiers et limités aux pays ou régions en retard de développement.

Pourtant, l’année dernière encore, un rapport de la Commission européenne a clairement mis en évidence que ces fonds ont non seulement permis d'amortir l’impact des mesures d’austérité, mais ont aussi permis de soutenir un investissement vital pour bon nombre de régions et de villes. La Commission admet que chaque euro dépensé au titre de la politique de cohésion en rapporte 2,7. Mais il ne s’agit pas seulement d’un retour sur investissement : un quart des fonds de cohésion est consacré à l’action climatique et, depuis 2014, 16,5 milliards d’euros ont été utilisés pour des projets d’inclusion sociale dont ont bénéficié 1,2 million de personnes vulnérables, y compris des migrants. Et surtout, il s'agit là de la seule politique de l’UE qui rassemble autour d'une même table les acteurs européens, nationaux, locaux et régionaux, pour élaborer et mettre en œuvre des stratégies de croissance fondées sur des valeurs communes. C’est le meilleur moyen de montrer que l’Europe est axée sur la coopération et ne peut se construire que localement, avec nos communautés. Pour le dire autrement : la politique de cohésion concrétise l’Europe au niveau local.

C’est la raison pour laquelle le Comité européen des régions, avec les principales associations européennes de régions, de villes et de collectivités locales, a lancé l’Alliance pour la cohésion (#CohesionAlliance). Ce mouvement vise à interpeller les décideurs européens et les convaincre de protéger la politique de cohésion afin qu'elle continue de représenter un tiers du prochain budget de l’UE et de bénéficier à toutes les régions, qu’elles soient riches ou moins riches. Cette politique doit aussi être plus simple, plus efficace et plus souple pour pouvoir répondre aux défis du XXIe siècle. Il s’agit d’un investissement dans nos communautés qui, en quelque sorte, réduit la distance entre Bruxelles et la vie quotidienne des Européens. Elle est l’arme la plus puissante qui soit pour lutter contre la fragmentation, le protectionnisme et le nationalisme. Fondamentalement, elle permet d'impliquer chaque communauté dans la construction d’une entité plus grande, mais appartenant à chacun d’entre nous.

Le moment est décisif : voulons-nous une Europe basée sur les principes de solidarité et de cohésion, créatrice d’emplois et durable, ou une Europe que les citoyens entendent, mais ne voient pas dans leur vie quotidienne ? Il est grandement temps que l’on arrête de marteler qu’il faut « faire plus avec moins », car ce n’est tout simplement pas une option viable. Mais nous pouvons faire plus et mieux avec ce que l’on a. Une Europe ambitieuse a besoin de ressources ambitieuses, raison pour laquelle le prochain budget de l’Union devrait passer à 1,3 % du revenu national brut de l’UE-27. C’est l’avenir de l’Europe, notre avenir, qui est en jeu.

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