L'UE restait dans l'expectative à l'heure où nous mettions sous presse, jeudi 8 mars, alors qu'était attendue la promulgation par le président américain, Donald Trump, de droits de douane contre les importations d'acier et d'aluminium aux États-Unis et que M. Trump avait semblé, en début de journée, faire preuve de flexibilité à l'égard des « vrais amis » des États-Unis, sans les nommer.
« Nous devons protéger et bâtir nos industries de l'acier et de l'aluminium tout en faisant preuve d'une grande souplesse et d'une grande coopération envers ceux qui sont de vrais amis et qui nous traitent équitablement, tant sur le plan commercial que militaire », avait déclaré M. Trump, sur son compte Twitter, avant une réunion avec les responsables du secteur en début d'après-midi à Washington.
La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, avait indiqué, mercredi, qu'il pourrait y avoir des « dérogations » aux droits de douane de 25 % sur les importations d'acier et de 10 % sur celles d'aluminium, promis par M. Trump et motivés pour des raisons de sécurité nationale au titre de la 'section 232' du Trade expansion Act de 1962 (EUROPE 11973).
Ce, pour le Canada, premier fournisseur d'acier aux États-Unis, et le Mexique, tous deux partenaires des États-Unis dans le traité de libre-échange d'Amérique du Nord (ALENA), en cours de renégociation, ainsi que « pour d'autres pays potentiellement », avait laissé entendre Mme Sanders.
Selon le quotidien Washington Post, citant de hauts responsables de l'administration américaine, le Canada et le Mexique pourraient bénéficier d'une dérogation de ces taxes pendant un mois, qui pourrait être prolongée en cas de progrès dans la renégociation de l'ALENA.
Mercredi, le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin avait dit que des « dérogations » étaient envisagées et que l'administration américaine « négociait des arrangements (deals) » au cas par cas. Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, avait, pour sa part, assuré que la décision des taxes était « mûrement réfléchie » et que Washington ne cherchait pas une guerre commerciale.
Au Congrès américain, inquiets quant aux conséquences pour les entreprises américaines des taxes envisagées, une centaine d'élus républicains à la Chambre des représentants ont appelé M. Trump à ne pas imposer des taxes uniformes, mais « plus ciblées ». M. Trump avait aussi été appelé à la modération dans sa politique commerciale par son conseiller, Gary Cohn, qui a annoncé sa démission mardi.
Du côté européen, le vice-président de la Commission européenne chargé du pôle économique, Jyrki Katainen, a averti, jeudi, que les guerres commerciales « n'avaient aucun vainqueur », rappelant que « les États-Unis avaient perdu des centaines de milliers d'emplois » lorsque le président George W. Bush avait imposé des taxes sur les importations d'acier en 2002.
Mercredi, la commissaire au Commerce, Cecilia Malmström, a détaillé les trois actions envisagées par l'UE en réponse aux taxes américaines, incluant des mesures de rééquilibrage - terme feutré pour parler de mesures de représailles - sous la forme de droits de douane contre des produits américains - pour un tiers des produits sidérurgiques, un tiers des produits agricoles et un tiers d'autres produits - pour un montant de 2,8 milliards d'euros, l’équivalent de la part du marché européen de l’acier et l’aluminium touché par les restrictions américaines (EUROPE 11976).
Jeudi, la Commission espérait un dialogue franc avec la partie américaine sur ses mesures envisagées contre d'éventuelles taxes américaines, lors de la venue à Bruxelles du représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, samedi 10 mars, dans le cadre de rencontres tripartites avec Mme Malmström et le ministre japonais de l'Économie, Hiroshige Sekō, engagées en marge de la conférence ministérielle OMC de Buenos Aires, en décembre 2017 (EUROPE 11924).
De son côté, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a souligné jeudi les risques du « protectionnisme croissant » pour la croissance en zone euro (voir autre nouvelle).
Mercredi, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, avait estimé qu'une guerre commerciale serait « redoutable » pour la croissance mondiale.
En visite à Bruxelles, jeudi, la directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva, a, pour sa part, conseillé aux États-Unis « d'avoir une approche soigneusement calibrée par rapport aux conséquences pour le commerce mondial ». (Emmanuel Hagry)