Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a mis en garde Londres lors d’un déplacement à Dublin, jeudi 8 mars, contre l’absence de progrès sur la résolution de la question irlandaise, qui pourrait conduire l’ensemble des négociations dans l’impasse.
S’exprimant aux côtés du Premier ministre irlandais, Leo Varadkar, le président du Conseil est aussi revenu sur le projet de lignes directrices publié le 7 mars, sur les futures relations, et a indiqué au chancelier de l’Échiquier, Philip Hammond, que les services financiers, même s’ils étaient inclus dans le futur accord de libre-échange (ALE), ne pourraient pas bénéficier des mêmes avantages qu’aujourd’hui. « La vie sera différente après le Brexit », a-t-il commenté.
Si l’UE peut offrir un ALE avec zéro droit de douane et pas de quotas sur les biens, « on ne peut pas offrir la même chose sur les services », a prévenu Donald Tusk, car les services ne sont pas basés sur des « tarifs douaniers », mais sur des « règles communes de supervision » et sur le respect d’une « égalité de traitement » ('level playing field'). C’est pour cette raison que l’ALE présenté mercredi ne prévoit pas « de règles détaillées sur les services financiers ».
Le président du Conseil répondait au discours prononcé mercredi 7 mars à Londres, par Philip Hammond qui avait insisté sur le fait que les services financiers devaient être inclus dans cet ALE et que cela serait aussi dans l’intérêt de l’Union européenne. Sur ce point, Donald Tusk a précisé jeudi que c’était d’abord à l’UE de définir ses propres intérêts.
Sur la question irlandaise, Leo Varadkar a, lui, souligné que sans autre solution viable avancée par les Britanniques, il faudra appliquer la solution de 'backstop' présentée par la Commission le 28 février et consistant à maintenir l’Irlande du Nord dans la zone règlementaire de l’Union douanière et du marché unique, afin de protéger la coopération Nord/Sud et d'éviter une 'frontière dure' (hard border).
Le Premier ministre irlandais a par ailleurs salué l’intention de l’UE de vouloir garder avec Londres la relation la plus étroite possible tout en assurant les mêmes règles du jeu et l’intégrité du marché unique. Leo Varadkar a aussi salué la clause d’évolution prévue dans le projet de lignes directrices qui permettrait aux Vingt-sept de modifier leur position d’ici à octobre, si Londres devait changer d’avis sur le marché unique et l’Union douanière.
Le PE a approuvé pour sa part, mercredi 7 mars, un projet de résolution sur ce futur cadre qui sera débattu en plénière la semaine prochaine à Strasbourg. La résolution propose « un accord d'association entre l'UE et le Royaume-Uni » qui « pourrait fournir un cadre approprié » pour la relation future. Cette relation pourrait reposer sur quatre piliers : les relations économiques et commerciales, la politique étrangère, la sécurité intérieure et la coopération thématique, par exemple sur des projets transfrontaliers en matière de recherche et d'innovation. Les députés insistent pour que cette relation comprenne un cadre de gouvernance cohérent, assorti d'un mécanisme robuste de règlement des différends.
« Tout cadre pour les relations futures devrait respecter l'intégrité du marché intérieur, l'union douanière et les quatre libertés, sans permettre une approche sectorielle. Il devrait préserver l'autonomie de décision et l'ordre juridique de l'UE, y compris le rôle de la Cour de justice de l’UE », souligne le texte. (Solenn Paulic)