Pour avoir une chance de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Accord de Paris, la politique climatique de l’UE doit se fonder sur une nouvelle approche, celle du budget carbone dont dispose l’UE dans le budget carbone mondial encore disponible, si l’on veut contenir le réchauffement global moyen en deçà de 2 degrés Celsius, selon une étude publiée mercredi 28 février par le groupe des Verts/ALE au Parlement européen.
Commandée par ce groupe politique à l'Öko-Institut e.V., cette étude s'intitule 'The Vision Scenario for the European Union. 2017 Update for the EU-28'.
Elle montre que le budget carbone mondial encore disponible (c’est-à-dire la quantité de CO2 qui peut encore être émise) est de 890 gigatonnes de CO2. Pour respecter l’objectif de 2 degrés Celsius, l’UE disposerait d’un budget carbone de 61,5 gigatonnes à partir de 2015, qui constitue la base du scénario repris par les Verts/ALE. Ce budget ne serait plus que de 47,7 Gt si l'UE vise l’objectif de 1,5 degré Celsius, une fois disponible le rapport du GIEC sur les implications de cet objectif, attendu en octobre 2018.
Sur la base de l'objectif de 2 degrés C, l'étude prône une décarbonisation radicale dans tous les secteurs pour atteindre zéro émission nette à l'horizon 2050 et rester ainsi dans les limites du budget carbone de l'UE. « Nous voulions une analyse des chiffres que nous utilisons. Quand nous disons que l’UE ne fait pas assez, nous avons une solide base chiffrée pour l’affirmer. C'est la toute première analyse reposant sur l’approche du budget carbone, qui permet de savoir à combien d’émissions on a encore droit, selon que l’on vise l’objectif de 1,5 degré ou celui de 2 degrés, et de voir ce que cela signifie pour les différents secteurs », a expliqué Bas Eickhout, à un groupe de journalistes.
Pour décarboner rapidement son économie, l’UE devrait opter pour une approche de long terme, réduire ses émissions de CO2 d’au moins 55 % d’ici à 2030 et atteindre zéro émission nette à l’horizon 2050. Cela supposerait de garantir qu’au moins 40 % de sa consommation finale d’énergie soit produite à partir d’énergies renouvelables à l’horizon 2030 pour atteindre 100 % à l’horizon 2050 ; d'améliorer son efficacité énergétique d'au moins 45 % d’ici à 2030, pour atteindre le niveau d’efficacité énergétique le plus élevé possible à l’horizon 2050.
Ces chiffres sont loin des objectifs sur la table dans les négociations interinstitutionnelles qui ont débuté sur le paquet 'Énergie propre'.
« 35 % pour les renouvelables et l’efficacité énergétique c’est le minimum absolu. Nous avons une fenêtre d’opportunité pour maintenir la hausse des températures en dessous de 2 degrés Celsius », a estimé l'eurodéputé luxembourgeois, Claude Turmes. Et d'ajouter : « Jean-Claude Juncker est contre la fixation d’un objectif zéro émission nette à l’horizon 2050, car il craint un clash avec la Pologne avant la COP24 de Katowice. On laissera ça à la prochaine Commission. C’est politiquement inacceptable. Le commissaire Cañete connaît les chiffres de cette étude, il sait que nous allons perdre en crédibilité, si nous n’avançons pas sur le scénario 2050. »
Les deux députés ont en outre plaidé pour que 100 % des dépenses du futur cadre financier pluriannuel de l'UE soient respectueuses du climat et que 50 % des fonds soient réservés (earmarked) à l'action climatique.
Mardi 27 février, lors du dialogue structuré avec Maroš Šefčovič au sein de la commission de l’environnement, l'eurodéputée verte française Michèle Rivasi avait appelé le vice-président chargé de l’Énergie à faire des propositions en fonction d’un budget carbone européen. « C’est très important pour la stratégie à moyen et long terme. C’est le boulot de la Commission européenne que de procéder à l’évaluation du budget carbone européen. »
L'étude est accessible en ligne à la page : http://bit.ly/2CMGezv . (Aminata Niang)