Les quatre Premiers ministres des pays du groupe de Visergrád (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) assurent leur homologue italien de leur soutien face à l'afflux continu de migrants en Méditerranée centrale. Ce soutien passe, d'après eux, par une protection accrue des frontières extérieures de l'UE et non par la relocalisation obligatoire de demandeurs d'asile déjà présents en Italie.
« Les pays de Visegrád sont prêts à contribuer, de manière significative et dans un esprit de solidarité, à tous les efforts nationaux et européens visant à alléger le fardeau que supportent les pays situés en première ligne, tels que l'Italie, par le biais de contributions financières ou autres (...) sauf par le biais d'actions et d'instruments qui renforceraient les facteurs d'incitation à la migration, spécialement dans le cadre d'un mécanisme automatique et obligatoire de relocalisation » de migrants, ont-ils écrit au Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, mercredi 19 juillet.
Les quatre dirigeants politiques listent le type de contributions qu'ils sont prêts à apporter : - la participation aux activités de l'UE destinées à mieux contrôler les frontières sud de la Libye ; - la mise sur pied de centres d'accueil et d'identification ('hotspots') de migrants en dehors de l'UE afin de distinguer les migrants dits 'économiques' et ceux pouvant prétendre à une protection de l'UE ; - la formation des gardes-côtes libyens ; - la participation à l'élaboration du code de conduite italien sur les activités des ONG en Méditerranée centrale.
Dans une déclaration spécifique sur le défi migratoire, les pays de Visegrád soulignent que la règle imposant à tous les États membres de relocaliser des réfugiés déjà présents en Grèce et en Italie ne fonctionne pas. Après deux ans d'application et à deux mois de l'expiration de cette règle, le taux de mise en œuvre par les États membres est « seulement de 13% », notent-ils. Et d'ajouter : « Dans le même temps, nous rejetons les allégations infondées selon lesquelles rejeter les relocations obligatoires reviendrait à un manque de solidarité ».
Alors que la Commission européenne analyse les réponses que lui ont transmises Varsovie, Budapest et Prague relatives à la procédure d'infraction ouverte à leur encontre pour relocalisation insuffisante de demandeurs d'asile, la Cour rendra, mercredi 26 juillet, des conclusions sur cette règle adoptée à la majorité qualifiée que la Hongrie et la Slovaquie contestent officiellement (EUROPE 11831). Le Coreper pourrait analyser ces conclusions de l'Avocat général.
Mercredi, les ambassadeurs nationaux auprès de l'UE (Coreper) ont fait le point sur la situation migratoire en Méditerranée centrale, se focalisant sur les aspects extérieurs des actions visant à soulager l'Italie.
« Plusieurs délégations ont indiqué qu'il fallait accroître les travaux avec les pays tiers et avancer notamment sur la question des retours », a indiqué une source. Dans la lignée des conclusions du dernier sommet européen, certains ont souligné l'importance d'utiliser la politique d'octroi de visas comme « levier » dans les discussions sur les retours et les accords de réadmission avec les pays tiers et de transit, a-t-elle ajouté. La Commission européenne a promis d'analyser à nouveau les besoins financiers des États membres.
Le code de conduite sur les activités des ONG en Méditerranée centrale, que l'Italie rédige avec le soutien de la Commission, a brièvement été abordé lors du Coreper et devrait l'être à nouveau la semaine prochaine (EUROPE 11830). L'Italie consultera d'ailleurs des ONG dans les jours à venir.
Au premier semestre 2017, 85 000 migrants, soit 21% de plus que sur la même période en 2016, sont arrivés en Italie, d'après les données de l'agence Frontex. Les Nigérians sont les plus nombreux, suivis par les ressortissants du Bangladesh, de la Guinée et de la Côte d'Ivoire.
La question des pactes migratoires, que l'UE essaie de négocier avec des pays d'origine de migrants, sera à l'ordre du jour du sommet européen d'octobre. (Mathieu Bion)