De nombreux députés européens ont eu des mots très durs, mercredi 14 décembre, à l'encontre du FMI et de la Commission européenne, qui s'opposeraient au plein rétablissement des conventions collectives en Grèce, ce sujet constituant l'un des éléments qui bloquent la finalisation de la 2ème mission du 3ème plan de sauvetage grec (EUROPE 11673).
« La situation en Grèce n'est pas conforme à la Charte européenne des droits fondamentaux ni aux conventions de l'Organisation internationale du travail », a déclaré Agnes Jongerius (S&D, néerlandaise), pour qui les obligations qui incombent à la Grèce dans le cadre du 3ème plan de sauvetage ne sauraient faire du pays « un 'no man's land' juridique ». Si l'Europe demande au Bangladesh de se doter de conventions collectives performantes pour pouvoir négocier avec ce pays un accord commercial, pourquoi la Grèce ne pourrait-elle en faire autant ? - a demandé Dimitrios Papadimoulis (GUE/NGL, grec), refusant que ses compatriotes soient considérés comme « des citoyens de seconde zone ». Au nom du groupe Verts/ALE, le Belge Philippe Lamberts a fustigé les créanciers d'Athènes qui prônent des mesures d'« anéantissement » des conventions collectives grecques. « Qui sème la mondialisation néolibérale sème le national-populisme ! », a-t-il lancé. La socialiste française Pervenche Berès s'est dite « très choquée » que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, ait indiqué à la commission de l'emploi et des affaires sociales du PE que la Charte européenne des droits fondamentaux ne s'applique pas à la Grèce. « Il ne peut y avoir deux poids deux mesures », a-t-elle souligné, rappelant la position de l'OIT favorable au plein rétablissement des conventions collectives en Grèce.
Au nom du groupe PPE, l'Allemand Burkhard Balz a, au contraire, prôné des règles « souples » pour le marché du travail grec, propices, selon lui, à la lutte contre le chômage. « Revenir à un système centralisé en matière d'autorisation de licenciements n'est pas la solution », a-t-il considéré.
Au nom de la Commission, le commissaire à la Santé, Vytenis Andriukaitis, a rappelé que la Grèce et ses créanciers avaient mis sur pied un groupe d'experts chargés de travailler sur la réforme du travail en Grèce. Il a plaidé pour une réforme qui trouve le point d'équilibre « entre souplesse et protection ». Il convient de défendre les droits des travailleurs et l'autonomie des partenaires sociaux dans les négociations des conventions collectives, a-t-il indiqué, tout en notant que le groupe d'experts était divisé sur la question des conventions collectives. La Commission européenne n'a pas encore tiré de conclusions finales sur la base du rapport des experts. (Mathieu Bion)