Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a demandé à ses services de réévaluer les instruments de politique monétaire en place, et notamment le programme ‘quantitative easing’ (QE) de rachat massif de titres essentiellement publics.
« Nous avons donné mandat à nos différents comités de réévaluer les outils de politique monétaire et de travailler sur des modifications nécessaires en vue d’assurer une mise en œuvre harmonieuse du programme » 'quantitative easing', a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi. Le programme QE « fonctionne », a-t-il affirmé.
Déployé en mars 2015, le ‘quantitative easing’ a procédé au rachat de plus de 1 000 milliards d’euros de titres essentiellement publics. Sa durée a été déjà prolongée, de septembre 2016 à mars 2017, et sa couverture élargie aux titres d’entreprises privées bénéficiant d'une notation financière élevée (EUROPE 11445). Problème : la BCE pourrait avoir du mal à trouver des titres à racheter sur les marchés, notamment d’entités allemandes. Elle pourrait prolonger davantage le programme ou élargir son champ d'intervention (hausse du seuil d'intervention dans l'actionnariat d'une entité, englober de nouvelles entités, privilégier les entités de pays plus en difficulté).
Selon M. Draghi, l’évolution de la situation économique dans la zone euro n’est pas suffisamment substantielle à ce stade pour nécessiter une modification immédiate des instruments non conventionnels de politique monétaire. Néanmoins, l'ancien président de la Banca d'Italia a ajouté que la BCE se tenait prête à faire usage de tous les instruments à sa disposition pour respecter son mandat, à savoir un retour de l’inflation à un niveau proche, mais inférieur à 2% à moyen terme.
Les prévisions de croissance légèrement revues à la baisse
L’Institut monétaire a revu légèrement à la baisse ses prévisions de croissance pour la zone euro par rapport à juin. La croissance du PIB continuera à un rythme modéré : 1,7% en 2016 et 1,6% en 2017 et 2018. Selon M. Draghi, le 3ème trimestre 2016 sera globalement identique au trimestre précédent, qui a enregistré une croissance de 0,3% dans l’Eurozone.
Concernant l’inflation, les prévisions de l’institution européenne demeurent globalement inchangées. La hausse des prix sur base annuelle commencera à croître à nouveau à la fin 2016 et s’accélérera ensuite pour atteindre 1,2% en 2017 et 1,6% en 2018.
Pour illustrer son affirmation selon laquelle la politique de la BCE fonctionne, M. Draghi a souligné l'excellente transmission de cette politique aux entités non financières, à travers notamment des taux d'emprunt très faibles pour les entreprises et les ménages. « La fragmentation est terminée », a-t-il insisté à propos des différences des taux d'emprunt auxquels les entreprises étaient confrontées au plus fort de la crise de la dette souveraine selon le pays de la zone euro où elles étaient établies.
Prônant la poursuite des réformes structurelles, M. Draghi a également vu d'un bon œil la prolongation du plan 'Juncker' d'investissement au-delà de 2018.
Enfin, la BCE a maintenu inchangés, jeudi, les taux d’intérêt des opérations principales de refinancement (0,00%), de la facilité de prêt marginal (0,25%) et de la facilité de dépôt (-0,40%). Ces taux resteront bas pour une période prolongée aussi longtemps que nécessaire. (Mathieu Bion)