Bruxelles, 11/05/2016 (Agence Europe) - Les députés européens se sont montrés divisés, lors de leur débat, mardi 10 mai dans la soirée, sur la question des démolitions de structures financés par l'UE et ses États membres par Israël en Cisjordanie. À tel point que la Haute Représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini, présente lors du débat, leur a demandé de serrer les rangs.
Un certain nombre de députés ont dénoncé les démolitions. « L'heure est venue d'empêcher ce genre d'action. Il ne s'agit pas seulement de sauver l'argent des contribuables européens, mais de sauvegarder la paix en Palestine », a expliqué Victor Bostinaru (S&D, roumain). Dénonçant l'intensification des démolitions et le silence de l'Europe, Hilde Vautmans (ADLE, belge) a souhaité que l'UE « insiste pour que le droit international soit respecté de part et d'autre ». « Plus de 500 domiciles et autres structures ont été démolis au premier trimestre 2016, c'est plus que pour tout 2015. (…) Il faut mettre un terme à ce genre d'action et à l'impunité d'Israël », a ajouté Martina Anderson (GUE, britannique).
Margrete Auken (Verte, danoise) et Rosa d'Amato (ELDD, italienne) se sont montrées plus dures, appelant à des sanctions. « Face à ces violations du droit et ces destructions, les mots ne suffisent pas (…) nous devrions agir et (…) demander des indemnisations, et arrêter les aides pour Israël dans le cadre d'Horizon 2020 », a estimé Mme Auken. « Bien que l'UE ait demandé qu'Israël protège ses projets, ils ont été démolis. (…)Il est temps que la Haute Représentante demande la réparation des destructions », a ajouté Mme d'Amato.
À l'inverse, certains députés européens ont estimé que l'UE finançait des structures illégales. Rappelant qu'Israël avait critiqué « de manière répétée » ces financements, Cristian Dan Preda (PPE, roumain) a souhaité que le Conseil réfléchisse « avant tout (…) à une nécessaire coordination avec Israël ». Cette coordination « existe déjà entre Israël et certains États membres, il serait peut être bien de l'élargir », a-t-il ajouté. « Avec le financement de projets illégaux dans la zone C, on viole les accords d'Oslo. Les actions unilatérales menées dans le principe du droit humanitaire négligent les intérêts israéliens et ne font qu'enflammer le conflit, sans parler du gaspillage d'argent. Il faut demander que soit mis un terme à toute aide illégale pour la construction de bâtiments dans la zone C », a souligné Bas Belder (CRE, néerlandais).
L'UE va continuer de financer des projets humanitaires
De son coté, la Haute Représentante a insisté sur l'aspect humanitaire des financements de l'UE. « Il y a le principe de neutralité, d'impartialité. (…) Nous n'allons pas renoncer à ce principe, il est intangible », a expliqué Mme Mogherini. « Quand il s'agit d'un projet humanitaire, il n'est pas envisageable pour nous de demander une autorisation des autorités israéliennes », a-t-elle ajouté. Selon Mme Mogherini, au premier trimestre 2016, 500 maisons et autres structures avaient été démolies et 20% des structures avaient bénéficié d'un financement européen. La Haute Représentante a précisé que l'UE discutait des destructions avec les Israéliens, entre autres, via un mécanisme spécifique, initié le 17 septembre 2015, pour six mois et prolongé pour six mois supplémentaire. « Les résultats tangibles se font attendre », a regretté la Haute Représentante. Selon elle, les États membres font pression pour un moratoire sur les démolitions et les confiscations. « Nous sommes engagés avec les États membres pour nous mettre d'accord sur un message commun, y compris sur la question de possibles restitutions ou compensations pour les actifs européens confisqués ou démolis », a-t-elle ajouté. (Camille-Cerise Gessant)