Strasbourg, 11/05/2016 (Agence Europe) - La Commission européenne a annoncé, mercredi 11 mai, sa décision d'interdire le projet de Hutchison de racheter O2, la filiale britannique du groupe espagnol de télécommunications Telefónica.
« Cette transaction aurait créé un nouveau leader sur le marché », a expliqué la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager. Selon l'enquête approfondie de la Commission, l'entité née de la concentration n'aurait plus eu à subir la concurrence que de deux opérateurs de réseau mobile, Everything Everywhere (EE) et Vodafone. La part de marché de l'entité née de la concentration aurait été supérieure à 40% et aurait, selon la Commission, eu un intérêt bien moindre à concurrencer Vodafone et EE.
« Nous craignions fortement que les consommateurs aient moins de choix pour trouver une offre mobile répondant à leurs besoins et doivent payer plus cher que si l'opération n'avait pas lieu. Le rachat aurait également entravé l'innovation et le développement de l'infrastructure de réseau au Royaume-Uni, ce qui est très préoccupant, en particulier sur des marchés qui évoluent rapidement », selon Mme Vestager. Elle a expliqué que la transaction aurait changé fondamentalement la dynamique concurrentielle en matière d'infrastructure de réseau. À ce jour, un réseau est partagé par Three et EE et l'autre par Vodafone et O2. L'entité résultant du rachat « aurait eu une vue d'ensemble des plans de réseau des deux concurrents restants. Cela n'aurait pas été un état sain de concurrence, ni pour les concurrents, ni pour les consommateurs », a argumenté la commissaire.
La Commission a également conclu que l'opération projetée aurait réduit le nombre d'opérateurs de réseau mobile virtuel désireux d'héberger des opérateurs virtuels. Les opérateurs de réseau mobile virtuel ont besoin d'avoir accès à l'infrastructure pour fournir des services mobiles aux consommateurs. Ce nombre réduit aurait placé les opérateurs de réseau mobile virtuel dans une position moins confortable pour obtenir des conditions d'accès de gros favorables.
L'institution européenne n'a pas accepté les engagements proposés par les parties. « Dans ce cas, un remède efficace aurait été, par exemple, la création d'un quatrième opérateur de réseau mobile pour remplacer soit Three ou O2 dans un des accords de partage des réseaux et il y avait des entreprises intéressées à investir sur cette base », a expliqué la commissaire. Mais Hutchison n'était pas disposé à accepter une telle offre ou ni aucun remède de la même efficacité.
Mme Vestager s'est ensuite portée en faux contre des positions exprimées précédemment par la chancelière allemande, Angela Merkel, et Jean-Claude Juncker, alors qu'il était candidat aux élections européennes en tant que tête de liste du Parti populaire européen. Mme Merkel avait estimé en 2014 qu'un équilibre devrait être trouvé entre puissance sur le marché et concurrence « pour que les entreprises européennes puissent marquer des points au niveau international ». M. Juncker avait déclaré qu'il faudrait repenser l'application des règles européennes de concurrence pour le marché numérique (EUROPE 11076). « On entend souvent que la consolidation des sociétés télécoms en Europe est nécessaire pour assurer que les opérateurs de réseaux soient rentables et pour leur permettre d'investir dans les réseaux. Je n'ai pas vu de preuves convaincantes à l'appui. Et le marché britannique de la téléphonie mobile montre le contraire », a tranché la commissaire. (Elodie Lamer)