Bruxelles, 11/03/2016 (Agence Europe) - Le Parlement européen appelle la Commission européenne à garantir que les 200 millions d'euros prévus pour financer la coopération au développement avec l'Érythrée jusqu'en 2020 au titre du 11ème FED bénéficient exclusivement à la population et non au régime autocratique affichant « le pire record » de violations des droits de l'homme.
Cette aide devrait être conditionnée à la fin des violations des droits de l'homme et à une réorientation de la politique énergétique du pays pour rendre l'énergie accessible à tous, ont estimé les députés européens dans une résolution au vitriol adoptée en session plénière, jeudi 10 mars à Strasbourg.
S'ils sont si virulents, c'est que la commission du développement du Parlement s'était opposée en son temps à l'approbation du programme indicatif national de l'Érythrée (qui définit le cadre de cette coopération) et n'accepte pas que la Commission et les États membres, siégeant au sein du comité FED, soient passés outre cette opposition (EUROPE 11477).
Le PE exprime ses vives préoccupations pour « la situation déplorable des droits de l'homme et l'absence totale d'État de droit et de liberté des médias en Érythrée » et souligne qu'il faut donner la priorité à la lutte contre le déficit de justice, à la gouvernance démocratique et à la restauration de l'État de droit en mettant fin à un régime autoritaire fondé sur la crainte de détentions arbitraires, de la torture et d'autres violations des droits de l'homme dont certaines peuvent constituer des crimes contre l'humanité.
Il appelle à la libération immédiate et inconditionnelle de tous les objecteurs de conscience et les prisonniers politiques parmi lesquels onze députés et membres éminents du Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ), détenus depuis le 18 septembre 2011 en l'absence de chefs d'inculpation, de jugement et sans possibilité de voir un avocat, dix journalistes indépendants détenus illégalement depuis le 23 septembre 2001, dont Dawit Isaak, un ressortissant suédois et seul prisonnier d'opinion européen, et le patriarche Abune Antonios qui demeure au secret, assigné à résidence depuis janvier 2006.
Les députés soulignent en outre que la situation en Érythrée « affecte directement l'Europe » par le nombre de réfugiés. Selon le Haut-Commissariat aux réfugiés de l'ONU, 5 000 Érythréens quittent leur pays chaque mois. En 2015, 69% des demandes d'asile d'Érythréens ont abouti à l'octroi du statut de réfugié dans l'UE. (Aminata Niang)