Bruxelles, 14/12/2015 (Agence Europe) - Éprouvé mais « soulagé » après deux semaines d'intenses négociations, le commissaire à l'Action pour le climat et à l'Énergie, Miguel Arias Cañete, a estimé, lundi 14 décembre, que l'Accord multilatéral de Paris marqué l'avant-veille lors de la conférence climatique onusienne COP 21, le premier du genre universel et contraignant (EUROPE 11452), constituait, certes, « juste une étape, mais une bonne étape ».
« Le travail difficile ne fait que commencer. Ce qui a été promis doit être concrétisé », a estimé le commissaire devant la presse, à Bruxelles, rappelant que « de nombreuses décisions » devront être prises d'ici à la prochaine conférence COP 22 qui aura lieu à Marrakech en novembre 2016. Louant l'attitude de la présidence française de la COP 21, qui a été capable de construire des ponts entre des intérêts divergents, il a souligné que cette négociation internationale impliquant près de 200 pays ne pouvait qu'aboutir à un compromis. « Si l'on m'avait dit, mardi dernier, que nous aurions obtenu ce résultat, j'aurais dit: 'Vous êtes fou ?' », a-t-il indiqué, soulignant que la première semaine de négociations, qui avait été lancée par les interventions de dizaines de chefs d'État ou de gouvernement, n'avait permis « aucune avancée ».
Le financement plancher de 100 milliards de dollars US, que les pays développés devront fournir aux pays du Sud à l'horizon 2020 afin d'aider ces derniers à minimiser leur empreinte écologique et à faire face aux dérèglements climatiques, figure dans la décision annexée à l'accord et non dans l'accord lui-même. Cette formule permet aux États-Unis d'éviter une ratification par le Congrès dominé par une majorité républicaine climato-sceptique. « C'est vrai, nous avons un problème majeur avec les États-Unis », mais une « flexibilité » était nécessaire pour éviter un vote au Congrès, a confirmé M. Cañete, considérant impossible qu'un pays représentant 12% des émissions mondiales de gaz à effet de serre ne soit pas à bord.
Le commissaire a rappelé que de nombreux autres volets de l'accord étaient bel et bien contraignants pour l'ensemble des parties. Il a cité notamment « les objectifs de long terme », avec une limitation de la hausse moyenne des températures nettement en dessous des 2 degrés Celsius à la fin du siècle et la poursuite des efforts pour limiter la hausse à 1,5 degré. Même chose pour l'exercice transparent d'évaluation ('stock taking') des actions entreprises en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, qui débutera en 2023 et sera ensuite effectué tous les cinq ans. Le commissaire s'est dit « convaincu » que le principe de réalité allait s'imposer: si la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud s'impliquent, les États-Unis ne pourront pas rester en dehors de cet exercice d'évaluation périodique.
M. Cañete a, par ailleurs, rappelé dans les détails la mise sur pied de la 'Coalition pour une ambition élevée' dans laquelle l'Union européenne a joué un rôle de pionnier. Limitée, outre l'UE, à une douzaine de pays qualifiés de 'progressistes' lors de sa première réunion en mai, cette coalition a été en mesure de convaincre de nombreux pays développés et en développement. Jusqu'à ce que les États-Unis, puis le Brésil, gonflent les rangs de la coalition. Selon le commissaire, l'arrivée du Brésil a « changé la donne ». « Après notre réunion (de coordination, NDLR), nous sommes arrivés ensemble en séance plénière. À partir de ce moment-là, je savais que nous obtiendrions un bon accord à Paris. Cela s'est confirmé », a souligné M. Cañete. (Mathieu Bion)