Bruxelles, 03/12/2015 (Agence Europe) - Un paquet « Économie circulaire » enfin sur la table. Le Parlement européen s'en est réjoui, mercredi 2 décembre, tout en réservant un accueil circonspect au plan d'action et aux propositions législatives que leur ont présentés les vice-présidents de la Commission européenne, Frans Timmermans et Jyrki Katainen, lors de la séance plénière à Bruxelles (EUROPE 11444).
Dans l'ensemble, la satisfaction exprimée a surtout porté sur le respect, par la Commission, de la date de présentation de ce paquet, qui était attendu de pied ferme avant la fin de l'année, après le retrait, un an plus tôt, des propositions de la Commission précédente. Sur le contenu, le Parlement se réserve d'examiner plus avant les propositions pour se prononcer. Mais les députés ont d'ores et déjà estimé - contrairement à M. Timmermans - que le nouveau paquet ne tenait pas la promesse d'être « plus ambitieux » et qu'il y manquait notamment un objectif de prévention des déchets, d'efficacité des ressources de réduction de la pollution marine.
C'est surtout l'abaissement des objectifs de recyclage des déchets qui a été vilipendé. Et pour cause, dans sa résolution de juillet 2015 (EUROPE 11355), le Parlement avait demandé la révision à la hausse de ces objectifs, avec le recyclage et la préparation en vue du réemploi d'au moins 70% des déchets solides municipaux et 80% des déchets d'emballages d'ici à 2030, des limites strictes à l'incinération des déchets recyclables et biodégradables d'ici à 2020, et la mise en oeuvre progressive d'une interdiction de mise en décharge d'ici à 2030. Tous ces objectifs devaient être contraignants.
Le groupe du PPE est celui qui s'est montré le moins critique, estimant que le plan d'action constituait un bon point de départ et qu'il était « temps de se mettre à travailler », selon Peter Liese (PPE, allemand). Antonio Tajani (PPE, italien) voit dans l'utilisation plus intelligente des ressources « une chance énorme pour la compétitivité des entreprises de l'UE, un pas en avant pour la stratégie de réindustrialisation de l'UE ».
Jugeant que le retrait des propositions initiales était « une erreur », Gerben-Jan Gerbrandy (ADLE néerlandais) a imploré la Commission d'aller plus loin, assurant que son groupe allait « se battre avec le Conseil ». Josu Juaristi Abaunz (GUE/NGL, espagnol) a déploré le « manque de précision » de la Commission « sur les mesures et la mise en oeuvre pour entraîner le changement systémique requis. Soyez plus ambitieux dans la prévention et le tri sélectif ! », a-t-il lancé. « Nous avons perdu un an et demi », a regretté Davor Skrlec (Verts/ALE, croate) en pointant « les lacunes concernant l'efficacité des ressources, le semestre européen, la réduction de la pollution marine et la réduction du gaspillage alimentaire ». Il a reproché à la Commission de s'être contentée d'une « reformulation de la directive déchets » et, pour le reste, de « plans d'actions sans mesures concrètes et sans garanties de mise en oeuvre ».
« Dire que les déchets deviennent de l'énergie c'est bien, mais notre économie n'a pas besoin de l'incinération », a-t-il ajouté. Et Hans Olaf Henkel (CRE, allemand) de renchérir en soulignant que l'incinération des PVC, prônée par certains, est « tout à fait contraire à l'économie circulaire ». À l'heure où la COP 21 est en cours, Gilles Pargneaux (S&D, français) a insisté sur les apports potentiels de ce paquet en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi de la dépendance de l'UE aux matières premières importées. Piernicola Pedicini (ELDD, italien) a déploré l'absence d'objectifs contraignants pour le recyclage des déchets municipaux et des emballages, et l'absence d'obligation de lutter contre le gaspillage alimentaire. (Aminata Niang)