Bruxelles, 18/11/2015 (Agence Europe) - Les États membres pourraient unir leurs forces pour accéder plus facilement aux vaccins contre la tuberculose, contre l'hépatite C ainsi qu'aux antitoxines contre la diphtérie et le botulisme. C'est ce que devrait proposer la Commission européenne lors d'une réunion conjointe du comité de pilotage de l'accord de passation conjointe de marchés, le 17 décembre prochain.
Le cadre communautaire. L'Union européenne a défini au printemps 2014 un cadre communautaire pour permettre l'achat groupé de vaccins et de médicaments. Cette initiative - soutenue par l'ensemble des États membres à l'exception de la Pologne - fait suite à la grippe H1N1 de 2009 qui avait conduit à l'achat massif de vaccins qui, en grande partie, ont fini à la poubelle. Elle permet à quatre États membres au minimum de s'unir pour réserver une capacité de production contre toutes les menaces transfrontières graves contre la santé (Décision 1082/2013/UE), à savoir les maladies transmissibles (pandémies grippales, grippes saisonnières, sida, etc.), les menaces d'origine chimique ou encore les menaces d'origine environnementale (y compris les risques liés au changement climatique). « Grâce à cet accord de passation conjointe de marchés, les États membres sont assurés, en cas de menace sanitaire transfrontalière, de disposer de vaccins et de médicaments en quantités suffisantes et à un prix correct », expliquait à l'époque la Commission.
Des initiatives jusqu'à présent limitées. Peu de résultats concrets ont jusqu'ici vu le jour. La Commission travaille actuellement sur deux volets: l'un concerne les équipements de protection individuelle (EPI) et l'autre l'accès aux vaccins.
Sur le premier point, l'institution est occupée (depuis de nombreux mois) à identifier les besoins des États membres pour faire face à un prochain virus grippal (puisqu'il est trop tard pour le virus Ebola). D'après nos informations, un appel d'offres devrait être lancé avant la fin de l'année. Cinq États membres (et peut-être un sixième) sont actuellement intéressés par cette initiative: il s'agit de la Belgique, la Croatie, Chypre, l'Italie et Malte.
Sur le second point, la Commission a écrit début septembre aux États membres pour connaître leurs besoins en termes de vaccins. Elle leur proposait de se grouper afin d'accéder plus facilement à des vaccins contre la tuberculose, contre l'hépatite C ainsi qu'aux antitoxines contre la diphtérie et le botulisme. L'idée est d'acheter une quantité minimum immédiatement et de se garder une capacité de production en payant des frais de réservation (un pourcentage) sur une base annuelle. D'après une source bien informée, le quorum (soutien de quatre États membres) devrait être atteint pour les propositions relatives à la tuberculose, à la diphtérie et au botulisme. L'hépatite pose encore question, dans la mesure où les pratiques, les besoins et les approches divergent fortement d'un État à l'autre.
Éviter les dérives d'H1N1. Avec ce nouveau mécanisme, les États signataires espèrent éviter un nouveau scandale comme celui qui avait secoué l'Europe en 2009. À l'époque, suite à l'alerte à la pandémie lancée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ils s'étaient rués sur les vaccins sans véritable recul par rapport à la situation. Des milliards d'euros seront dépensés par les États, n'ayant qu'une faible marge de manoeuvre face aux industriels et une connaissance limitée des besoins. D'aucuns leur reprocheront d'avoir surestimé le danger - une seule injection s'avérant suffisante (et pas deux, comme envisagé initialement) et le nombre de victimes étant moins élevé que prévu (2 900 victimes dans l'UE/EEE, selon les chiffres compilés par les autorités nationales) - et de n'avoir pas suffisamment étudié les effets secondaires, le sérum étant suspecté d'avoir entraîné des cas de narcolepsies.
La réunion du 17 décembre devrait d'ailleurs également porter sur des questions plus politiques, telles que le recours en urgence à des vaccins n'ayant pas encore obtenu d'autorisation de mise sur le marché ou encore les effets indésirables. (Sophie Petitjean)