Strasbourg, 10/06/2015 (Agence Europe) - Le Parlement européen a appelé, mercredi 10 juin, l'Union européenne à réévaluer de « manière critique ses relations avec la Russie ». Pour cela, elle doit notamment élaborer « dans les plus brefs délais, un plan d'intervention d'urgence non coercitif, afin de contrer la politique d'agression et de division que mène la Russie », mais aussi une « stratégie globale concernant l'avenir de ses relations avec la Russie et avec ses partenaires d'Europe de l'Est ».
À travers la résolution de Gabrielius Landsbergis (PPE, lituanien), que le Parlement a adopté à une large majorité (494 pour, 135 contre et 69 abstentions), les députés considèrent qu'« à ce stade », et « compte tenu de ses actes en Crimée et dans l'est de l'Ukraine », la Russie ne peut plus être « traitée ou considérée » comme un « partenaire stratégique ». Ils rappellent qu'un véritable partenariat doit se fonder sur une confiance mutuelle et sur le respect du droit international.
En raison de la participation directe ou indirecte de la Russie au conflit en Ukraine, de l'annexion de la Crimée, de la violation de l'intégrité territoriale de la Géorgie et des mesures de coercition économique ou de déstabilisation politique prises par le Kremlin contre ses voisins, l'UE ne peut pas envisager de reprendre le cours normal de ses relations avec la Russie, considèrent les députés. Ils estiment que « les relations entre l'UE et la Russie doivent désormais reposer sur le respect du droit international et sur un dialogue, dans le cadre duquel l'UE serait prête à reprendre et relancer la coopération avec les autorités russes dans un certain nombre de domaines spécifiques présentant un intérêt commun ». La reprise de la coopération est cependant soumise à des conditions. Ainsi, Moscou doit respecter l'intégrité territoriale et la souveraineté ukrainienne, « Crimée comprise », appliquer « intégralement » les accords de Minsk et mettre un terme aux activités militaires menées « à des fins de déstabilisation aux frontières » des États membres de l'UE.
Le PE considère qu'il est ainsi nécessaire que l'Union spécifie très clairement ses attentes à l'égard de la Russie. L'UE devrait aussi, selon les députés, préciser les mesures qu'elle prendra après le 31 décembre 2015 si la Russie manquait à ses engagements, ou même avant cette échéance « en cas de développements majeurs sur le terrain », tout en montrant que la coopération peut être rétablie si Moscou honore ses engagements.
Le PE estime aussi que Commission devrait agir en allouant « sans délai des fonds suffisants à des projets concrets visant à contrecarrer la propagande russe au sein et en dehors de l'Union et à fournir une information objective au grand public dans les pays du Partenariat oriental ».
S'inquiétant également du soutien et du financement par la Russie de « partis radicaux et extrémistes » dans les États membres, les députés souhaitent que la Commission propose une législation « assurant la pleine transparence du financement politique et le financement des partis politiques dans l'UE (…), en particulier les parties prenantes économiques ou politiques en dehors de l'UE ».
La « mesure arbitraire » qui interdit « l'accès au territoire russe à des figures politiques et à des fonctionnaires de l'UE » est condamnée, et aux députés d'insister sur le fait que ces personnes devraient être informées des motifs pour lesquels ils se voient interdire l'accès au territoire russe et devraient avoir le droit de faire appel devant une juridiction indépendante.
En même temps, les députés estiment que la reprise de la coopération semble inévitable à l'avenir. Cela est « souhaitable pour le bien des deux parties, en particulier au vu des relations existantes en matière de politiques, de commerce, de transports et d'énergie, des contacts interpersonnels (…) des questions de coopération transfrontalière, de changement climatique, d'environnement et de coopération sectorielle ». Pour eux, il importe aussi de se préoccuper des défis et intérêts communs sur la scène mondiale. Le PE rappelle finalement la « nécessité de promouvoir autant que possible les contacts interpersonnels et de maintenir (…) un dialogue et une coopération forts entre les étudiants et les chercheurs de l'Union et de Russie, entre les sociétés civiles et entre les autorités locales ». (Camille-Cerise Gessant)