Bruxelles, 10/06/2015 (Agence Europe) - Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l'Homme (REMDH) « se félicite » que l'UE ait relayé, lors de la session du Conseil d'association UE/Algérie, jeudi 4 juin, ses inquiétudes concernant des atteintes flagrantes au droit d'association et libertés syndicales dans ce pays, inquiétudes que le réseau avait exprimé dans une lettre au Conseil de l'UE bien avant cette réunion.
Dans sa lettre, le REMDH rappelait le problème des « disparitions forcées en Algérie dans les années 90» pointé du doigt par le Comité des droits de l'Homme de l'ONU, et aussi, l'adoption par le Parlement européen d'une résolution appelant les autorités algériennes à « assurer la sûreté et la sécurité des militants de la société civile et des défenseurs des droits de l'homme ainsi que leur liberté à poursuivre leurs activités pacifiques légitimes ».
Ces mises en garde n'ont toutefois pas été répercutées lors de la conférence de presse formelle ni soulevées publiquement par la Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Federica Mogherini. En fait, elles ne l'ont été que face à quelques journalistes algériens, lors d'un point de presse additionnel, complété par une dépêche de l'agence de presse officielle depuis Alger ciblant l'opinion publique algérienne. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, y affirmait le droit « souverain » de son pays et rejetait toute ingérence européenne.
Le REMDH soulignait notamment dans sa lettre que « la répression des syndicalistes autonomes s'intensifie en Algérie » et que « bien que l'état d'urgence ait été levé en 2011, les manifestations non autorisées - pacifiques - restent considérées comme des attroupements illégaux ». En particulier, des « syndicalistes et défenseurs de droits de l'Homme en Algérie font l'objet de menaces, agressions physiques et verbales, et d'un harcèlement judiciaire qui vise à entraver leurs activités (…) Ce type de harcèlement vise à dissuader les voix critiques au sein de la société civile dans un contexte où les manifestations ayant pour but d'attirer l'attention des autorités locales autour de différentes revendications d'ordre économique, social et environnemental se multiplient. Neuf militants du droit au travail sont détenus dans la prison de la ville de Laghouat ».
Le réseau signale par ailleurs les tracasseries subies par les quelque 100 000 associations du pays, indiquant qu'aux « dispositions très restrictives » de la nouvelle loi sur les associations (...) s'ajoutent « les pratiques abusives de l'administration ». Et de relever à ce propos qu' « à ce jour, la Ligue algérienne des droits de l'Homme (LADDH), le Rassemblement Action Jeunesse (RAJ) et la section algérienne d'Amnesty International, qui ont soumis leur dossier de mise en conformité n'ont toujours pas obtenu de récépissé certifiant leur existence légale. L'absence d'un récépissé les expose potentiellement à des problèmes d'ordre administratif et financier »
S'il a « salué » l'adoption, le 5 mars dernier, d'une nouvelle loi en amendement du code pénal en lien avec les droits des femmes, le REMDH « relève qu'une disposition autorise la survivante d'actes de violence domestique à pardonner l'auteur des faits. Les femmes risquent, dès lors, davantage d'être victimes de violence ou de menaces pour retirer leur plainte ».
Autre fait inquiétant, le sort réservé aux migrants transitant par l'Algérie: « le manque de cadre adéquat pour accueillir ces personnes et garantir le respect de leurs droits devient de plus en plus problématique ». Le réseau souligne « les difficultés rencontrées par les communautés migrantes et réfugiées confinent ces personnes dans des situations de précarité et d'exclusions, ce qui favorise l'émergence d'un climat politique défavorable, voire xénophobe, à leur encontre. La multiplication d'actes de violence raciste est d'autant plus préoccupante qu'elle bénéficie d'une impunité totale, dénoncée par les organisations de la société civile membres du REMDH en Algérie ». (Fathi B'Chir)