Bruxelles, 10/06/2015 (Agence Europe) - L'UE doit garantir un meilleure équilibre dans la chaîne d'approvisionnement, introduire de meilleurs outils contre les perturbations sur le marché et aider les agriculteurs à trouver de nouveaux débouchés pour leurs produits: c'est ce que prône la commission de l'agriculture du Parlement européen en adoptant, lundi 8 juin à Strasbourg, un rapport d'initiative (non législatif) sur le secteur du lait et des produits laitiers.
« La fin des quotas laitiers fait partie d'un changement à long terme vers une politique plus orientée vers le marché. Le secteur a dû faire face à de nouveaux défis. À l'échelle mondiale, il existe à l'heure actuelle peu d'appétit pour nos exportations vers la Chine et on ne voit pas la fin de l'embargo russe » sur les produits agricoles de l'UE, a commenté le rapporteur, James Nicholson (CRE, britannique). Il a rappelé que le plus grand défi pour les producteurs européens réside dans la volatilité des prix. Le vote de son rapport en plénière aura lieu en juillet.
La forte volatilité des prix et les crises récurrentes rendent difficiles les investissements et l'installation de nouveaux producteurs. Les députés estiment que les capacités de la Commission européenne à réagir rapidement et efficacement en cas de crise semblent limitées. Les mesures existantes du 'filet de sécurité' (intervention publique et aide au stockage privé) ne sont pas suffisantes et doivent être mises à jour pour permettre de relever les défis actuels dans le secteur du lait, disent les membres de la commission agriculture du PE. Les députés invitent donc la Commission à utiliser de nouvelles mesures de marché « ciblées » pour résoudre la crise qui résulte de la tendance actuelle à une baisse des prix, d'une réduction de la demande mondiale, de la volatilité des prix et des effets de l'embargo russe sur les produits alimentaires de l'UE. L'UE devrait développer des instruments de crise plus efficaces et réalistes et, éventuellement, utiliser des instruments de gestion des risques afin d'accroître la compétitivité du secteur. Le secteur laitier devrait aussi, selon les députés, profiter de nouveaux outils d'assurance lorsque le marché est fort afin d'enrayer la volatilité des prix du lait et assurer un revenu adéquat aux producteurs laitiers.
Lutter contre les pratiques déloyales. Les députés réclament aussi des mécanismes permettant de protéger efficacement les agriculteurs contre les abus dans le secteur du commerce de détail et appellent la Commission à présenter, dès que possible, une proposition visant à faire disparaître les pratiques commerciales déloyales.
Un meilleur suivi de marché. Pour lutter contre les déséquilibres et les crises, la Commission doit surveiller de plus près le fonctionnement du marché et proposer des idées pour mieux atténuer les risques connexes, estiment les députés. Ils saluent la création de l'observatoire du marché du lait, mais demandent à la Commission de veiller à ce que cet organisme soit en mesure de fournir des données précises en temps réel, d'envoyer plus rapidement et plus souvent des avertissements de crise et de faire des recommandations sur les mesures nécessaires. Les députés invitent également la Commission à suivre de près l'évolution de la production et d'évaluer l'impact économique de la fin des quotas sur les exploitations produisant du lait.
'Paquet lait'. Les députés jugent décevants les résultats obtenus jusqu'alors dans la mise en oeuvre (par les pays de l'UE) des mesures du 'paquet lait' (négocié en 2012). Ils préconisent: - des règles plus strictes en matière de reconnaissance des organisations de producteurs (OP) pour accroître le pouvoir des producteurs laitiers dans la négociation de contrats ; - de mieux expliquer aux agriculteurs les avantages des OP dans la lutte contre les déséquilibres dans la chaîne d'approvisionnement: - des incitations supplémentaires pour encourager les agriculteurs à adhérer à une OP ou à en créer de nouvelles: - d'étendre à tout le secteur et à tous les États membres les contrats obligatoires en matière de livraison de lait. La Commission est invitée à réaliser une étude sur les moyens d'assurer une utilisation optimale des outils mis à disposition des États membres.
Régions défavorisées. La production de lait doit être maintenue dans toute l'UE, y compris dans les régions défavorisées, montagneuses, insulaires et ultrapériphériques, insistent les députés. À cette fin, ils réclament: - un soutien à la mise en place et au fonctionnement des OP qui soit plus conforme à la réalité sur le terrain: - davantage de fonds et un mécanisme de transition pour aider les agriculteurs dans les régions ultrapériphériques à s'adapter au nouveau contexte de la fin des quotas.
Nouveaux marchés. La demande mondiale en lait devrait croître de 2% par an ; il faut donc que l'UE tire le meilleur parti des possibilités de trouver de nouveaux marchés. L'observatoire du marché du lait, devrait donc, selon les députés, offrir des informations précises sur le développement des marchés internationaux afin d'identifier les tendances et de saisir les possibilités à l'export. En outre, la Commission est invitée à s'engager davantage dans l'ouverture de nouveaux marchés dans les pays tiers pour les producteurs de lait de l'UE et à supprimer les barrières commerciales. Les députés demandent enfin à la Commission de protéger les indications géographiques de l'UE lors des négociations des accords commerciaux bilatéraux. (Lionel Changeur)