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Bulletin Quotidien Europe N° 11265
Sommaire Publication complète Par article 38 / 38
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1083

*** ANTONIO VARSORI, MONICA POETTINGER (sous la dir. de): Economic Crisis and New Nationalisms. German Political Economy as Perceived by European Partners. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 84. 2014, 181 p., 41,70 €. ISBN 978-2-87574-193-6.

La crise que l'Union européenne - et, plus encore, la zone euro - endure depuis les diverses retombées de la crise des subprime a eu pour conséquence collatérale de montrer que l'Europe reste à construire dans les esprits. Dans certains esprits, en tout cas. Les difficultés ont montré que sous le vernis européen subsistaient des visions nationales, voire régionales, et que celles-ci, sous le feu de la passion nationaliste toujours présente comme bouée de sauvetage dans les États membres, pouvaient libérer des énergies potentiellement fratricides. Comme si soixante années d'intégration européenne pacifique et volontairement consentie ne pesaient rien dans un monde - et dans une Europe communautaire… - où l'homme, et son État-nation, resterait condamné à être un loup pour l'homme, et son État-nation…

Prolongeant une conférence organisée à Florence voici un peu plus de trois sous les auspices de la Fondation Cesifin Alberto Predieri, ce livre a l'immense mérite d'aller au-delà des anathèmes nationaux divers que la crise ne cesse de sécréter pour en comprendre les fondements précis et, partant, l'éventuelle pertinence. Pour en juger, c'est la manière dont la presse de qualité - le Frankfurter Allgemeine Zeitung pour l'Allemagne, le Corriere della Sera et La Repubblica pour l'Italie - a parlé de la crise au cours de la période 2008-2013 qui se voit placée sous le microscope d'économistes, d'historiens de la pensée économique et de politologues de ces deux pays. Leurs six contributions ont tout particulièrement pour objectif, explique Monika Poettinger (Universités Bocconi et de Florence) dans son introduction, de montrer « comment le passé historique et l'influence permanente d'économistes décédés depuis longtemps déterminent encore l'interprétation des faits économiques actuels », les populistes du moment en faisant leur miel par le biais de lectures tronquées. Et de noter, pêle-mêle, que Marx reste l'économiste le plus cité dans les journaux pris en considération au point de donner à penser que nous vivons dans un « monde marxiste » ; que l'ordolibéralisme n'a droit de citer que dans la patrie d'Angela Merkel alors que cette philosophie prônant l'intervention de l'État dans l'économie a tout pour plaire à un journal de gauche tel que La Repubblica ; que les théories économiques sont souvent détournées à des fins politiques et idéologiques par les économistes contemporains, ce qui explique notamment bien des jugements portés sur la monnaie unique et sur sa viabilité…

Au-delà du vernis des ressentiments réciproques et des accusations étalés dans les médias, les auteurs réunis dans ce livre font en définitive apparaître plus de similarités que de divergences dans les interprétations allemandes et italiennes de la crise des dernières années. C'est rassurant et fort bien ainsi. Il n'en demeure pas moins que c'est bien sa gestion intergouvernementale qui est le ferment essentiel des populismes renaissants.

Michel Theys

*** GEORGE KASSIMATIS: Le régime inhumain des prêts à la Grèce. L'expérience grecque d'un problème européen aux dimensions mondiales. Éditions Livanis (98 Solonos, GR-10680 Athènes. Tél.: (30-210) 3661200 - fax: 3617791 - Courriel: webmaster@livanis.gr - Internet: http://www.livanis.gr ). Collection « Politique - Économie ». 2015, 328 p., 18,88 €. ISBN 978-960-14-2919-9.

Constitutionnaliste respecté, George Kassimatis fait, dans cet ouvrage, le procès de la manipulation dont le peuple grec est, selon lui, la victime. Une manipulation qui se manifeste sous la forme d'une violence psychologique continue qui entraîne la peur et plante au coeur des Grecs un implacable sentiment de culpabilité, celle-ci étant à la fois personnelle et collective. Manipulation monstre aussi, accuse ce professeur à l'Université d'Athènes, de médias qui, tous, s'emploient à dissimuler les conséquences sociales réelles du régime inhumain imposé à la Grèce, lequel va jusqu'à ébranler les fondements mêmes de la démocratie, par exemple la justice ou le syndicalisme. Pour l'auteur, la Grèce n'est toutefois pas la seule à être manipulée: c'est l'idée même de progrès de l'Europe qui est mise à mal actuellement, à travers une manipulation en Grèce qui n'épargne le pouvoir politique ni dans le domaine de la politique étrangère, ni dans celui de la politique économique et de l'économie en général. C'est, en quelque sorte, l'apothéose de la « politique de la corruption » conçue pour manipuler les dirigeants politiques, les hommes d'affaires importants, les scientifiques et les célébrités en général. Pour les Grecs, tout est-il dès lors perdu ? Non, il reste à ceux-ci, selon l'auteur, suffisamment de ressources pour redresser la barre.

(AKa)

*** NADIA VALAVANI: L'enlèvement de la Grèce. La dette et les privatisations - Une chronique parlementaire. Éditions Livanis (voir coordonnées supra). Collection « Politique ». 2015, 296 p., 15,55 €. ISBN 978-960-14-2916-8.

Le mythe grec antique explique que Zeus, frappé par l'amour, s'est transformé en taureau tranquille mais puissant pour séduire et enlever la princesse phénicienne Europe. La Grèce connaît depuis cinq ans une mutation étrange de ce mythe primordial, elle qui est elle-même victime d'un « accaparement » par l'Europe contemporaine et ses forces « alliées ». Seulement, cet « enlèvement » n'a pas l'érotisme ou le charme du mythe. Pour l'économiste Nadia Valavani, ministre adjointe de l'Économie dans le gouvernement grec dirigé par Alexis Tsipras, cet enlèvement équivaut cette fois ni plus ni moins à un pillage systématique et au démantèlement du pays, de sa souveraineté et de sa richesse publique, ce sous le prétexte d'une dette sans fond. Il est, en somme, un… holocauste social pour la grande majorité de ses habitants. Ce livre est voulu comme une chronique parlementaire de ce pillage perpétré au nom de la doctrine néolibérale. D'après l'auteure, seule une reprise du contrôle de la richesse publique et son utilisation efficace en tenant compte avant tout des intérêts du peuple permettront d'assurer la survie à long terme de la société et du pays.

(AKa)

*** VASSILIS VAMVAKAS: La raison de la crise. La polarisation, la violence, la réflexion sur la politique et la culture populaire. Éditions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256146 - fax: 0256148 - Courriel: http://www.epikentro.gr ). 2014, 304 p., 18 €. ISBN 978-960-458533-5.

La crise actuelle a été associée au mémorandum avant même que celui-ci soit mis en oeuvre, avant même que les réformes imposées ou les coupes douloureuses des salaires et des retraites ne deviennent réalité. La discussion sur la « drogue », sur son dosage toxique ou thérapeutique a détourné très largement l'attention sur la « maladie » elle-même. D'après Vassilis Vamvakas, professeur de sociologie et de communication à l'École de journalisme et des médias de l'Université Aristote de Thessalonique, très peu d'analyses et d'interprétations du problème ont trouvé résonance dans le discours public. Celui-ci s'est focalisé non pas sur la crise elle-même, mais surtout sur les principaux résultats du mémorandum, sur la réussite ou l'échec de ce dernier. Ce recueil d'essais ne vise pas à prendre la mesure de l'écart qui existe entre analyse systématique des raisons expliquant la crise et la réalité récente des discours publics: ces articles (auparavant publiés dans différents journaux) constituent seulement une première tentative de donner des pistes afin de comprendre les nouvelles formes de discours public. D'après l'auteur, il s'agit d'une tentative d'entamer la cartographie de domaines dans lesquels ont prospéré une polarisation intense, une violence inattendue et des propos haineux. C'est aussi une réflexion sur les causes et les conséquences de la crise, principalement pendant la période 2012-2013.

(AKa)

*** TOBIAS LOSCHER: Präventive Aufsicht der Europäischen Union über den Bundeshaushalt. Peter Lang (1 Moosstrasse, P. O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Finanz- und Steuerrecht in Deutschland und Europa". 2014, 291 p., 66,95 €. ISBN 978-3-631-65450-7.

Un des objectifs des discussions portant sur la réforme de l'Union économique et monétaire est de renforcer les règles communes et de conférer au niveau européen les moyens de contrôler et, le cas échéant, de sanctionner afin d'éviter préventivement l'apparition d'un déficit budgétaire chez les États membres. La thèse de Thomas Loscher met toutefois en évidence quelles sont les limites à une telle réforme aussi bien en droit européen qu'en droit constitutionnel allemand. Il souligne notamment que ce dernier ne permet pas de transférer de pouvoirs essentiels en matière budgétaire au niveau européen. D'après l'auteur, seule une limitation plus poussée du pouvoir de décision du Parlement de prendre des mesures occasionnant de l'endettement répond aux normes du droit constitutionnel allemand.

(GLe)

*** L'Europe en formation. Revue d'études sur la construction européenne et le fédéralisme - Journal of Studies on European Integration and Federalism. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.eu - Internet: http://www.europeenformation.eu ). 2014, n° 373, 128 p., 20 €. Abonnement: 50 €.

La dernière livraison de la revue lancée voici cinquante-cinq ans par Alexandre Marc, chantre du fédéralisme intégral, contient un dossier consacré à la montée en puissance des partis eurosceptiques et europhobes lors des élections européennes de l'année dernière. Selon l'économiste Laurent Baechler, son nouveau rédacteur en chef, ce résultat semble surtout traduire, dans le chef des citoyens européens, « un mélange de rejet des élites politiques nationales et de critique du projet européen tel qu'il est actuellement mené ». C'est donc, à ses yeux, bien moins le rejet populaire du projet européen qu'une demande pressante d'une Europe différente, tant il est vrai qu'il convient d'agir de toute urgence pour « dépasser les lacunes institutionnelles à l'origine des dysfonctionnements de la gouvernance de la zone euro, et renforcer la légitimité démocratique des institutions européennes dans leur ensemble ». A cet égard, la procédure de Spitzenkandidat introduite pour désigner le président de la Commission constitue-t-elle ? Deux chercheurs allemands apportent des réponses très prudentes à cette question, observant que la sphère des partis politiques européens continue à manquer de cohérence, ce qui s'est reflété notamment dans le soutien plus ou moins fort apporté à chacune des têtes de listes dans les États membres. Cette question fait aussi l'objet de réflexions d'Andrew Duff dans la tribune qu'il consacre au « mandat Juncker ». Pour rendre cette procédure véritablement crédible d'ici au scrutin européen de 2019, il conviendrait, selon l'ancien député européen libéral-démocrate et ancien président de l'Union européenne des fédéralistes, de « ressusciter la proposition de créer une circonscription paneuropéenne à partir de laquelle un certain nombre de députés européens serait élu à partir de listes de partis transnationales ». Dans le même esprit, le président élu devrait avoir le droit de choisir ses commissaires parmi les trois noms - dont celui d'au moins une femme - présentés par chacun des États membres, le collège devant enfin être réduit en nombre afin de ne plus ressembler au… Coreper.

(MT)

*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Janvier-février 2015, n° 404, 116 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-417-8.

L'essentiel de ce numéro d'une revue prospective française reconnue est consacré aux potentialités - et, parfois, aux dangers - des innovations technologiques et sociales qui se présentent à l'humanité pour sortir de la crise profonde dans lequel le monde est désormais englué, la France et l'Union européenne en tout premier lieu. « Ne sommes-nous pas (…) en train d'assister à une déroute des institutions publiques, a fortiori des institutions communautaires en Europe », s'interroge ainsi Hugues de Jouvenel, accusant dans son éditorial les élus et les élites qui, se comportant « en saltimbanques plus qu'en stratèges, se détournent de la fabrique du bien commun ». Dans le même esprit, Jean-François Drevet fustige la perte d'influence de la France au sein de l'Union, l'attribuant à l'erreur coupable des autorités de Paris d'avoir tenté de la conserver « en privilégiant l'intergouvernemental » et sans tenir compte de « l'importance, dans un état de droit, d'être fidèles à ses engagements », budgétaires entre autres. Et cet analyste de rappeler dans la foulée, assassin, que l'Union européenne « n'est pas fondée, comme autrefois les empires, sur un rapport de forces, mais sur un exercice en commun de la souveraineté », ce qui implique le respect des traités et des procédures. Du coup, la France porte la responsabilité d'avoir dissocié le moteur franco-allemand, seule son implication sur la scène internationale pouvant lui donner l'espoir de parvenir à le relancer à l'avenir.

(MT)

*** LIONEL ZETTER: Lobbying. The art of political persuasion. Harriman House (18 College Street, Peterfield, Hampshire GU31 4AD, Royaume-Uni. Tél.: (44-1730) 233870 - Courriel: contact@harriman-house.com - Internet: http://www.harriman-house.com ). 2014, 600 p., 38,24 £. ISBN 978-0-85719-410-7.

Dans notre monde, le lobbying comme art de la persuasion est devenu une industrie globale qui prospère partout où la démocratie est établie. On aurait pourtant tort de croire qu'il s'agit d'une invention moderne, comme le montre cet ouvrage que certains considèrent comme la « référence » dans le domaine et qui en est à sa troisième édition. Lionel Zetter s'y emploie à démystifier le monde du lobbying international en remontant aux origines de ses pratiques et en décrivant l'évolution des cadres légaux et éthiques dans lequel il évolue. L'auteur livre en même temps un guide des mécanismes employés par les différents types de lobbying, présentant les clés de planification d'une campagne d'opinion publique et de l'utilisation des médias. Il parcourt minutieusement le globe, partout où se joue l'influence des groupes de pression sur les affaires publiques. En onze chapitres, du Royaume-Uni au Japon en passant par Bruxelles et Washington, le Moyen-Orient et quelques pays du Golfe, il tente de démontrer que le lobbying s'adapte aux différentes cultures politiques.

(CDe)

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