Bruxelles, 02/03/2015 (Agence Europe) - Pas question pour la Pologne, fortement dépendante du charbon, et pour ses voisins d'Europe centrale et orientale de voir anticiper la date d'entrée en vigueur de la réforme structurelle du système d'échange de quotas d'émission de l'UE (ETS) par la création d'une réserve de stabilité du marché du carbone. Martin Korolec, ministre de l'Environnement de la Pologne, l'a confirmé, lundi 2 mars à Bruxelles, énonçant par la même occasion la vision de son pays pour la proposition de réforme post-2020 attendue de la Commission cet été.
Devant un petit groupe de journalistes, il a assuré qu'il existe « une minorité de blocage » au Conseil pour s'opposer à l'application précoce de la réserve de stabilité. Le Premier ministre polonais, Mme Ewa Kopacz, avait fait de même dans un courrier adressé à la fin février au président de la Commission, Jean-Claude Juncker. « La Pologne veut en rester à 2021, conformément à la proposition initiale de la Commission. Dans les conclusions [du Conseil européen: NDLR] d'octobre, nous avons approuvé la réserve sur la base de la proposition de la Commission de janvier 2014 », a déclaré Marcin Korolec. Il s'exprimait à l'heure où les négociations en trilogue sur ce projet de législation vont être ouvertes - en principe le 10 mars prochain - après le vote de la commission de l'environnement du Parlement favorable à l'anticipation à 2018 de la date de démarrage de la réserve pour éponger 2 milliards d'excédents de quotas escomptés après 2020 et tenter de doper le prix de la tonne du carbone pour permettre à l'ETS de jouer son rôle d'incitation aux investissements dans les technologies et énergies propres. (EUROPE11262)
« Je ne connais pas une seule entreprise réclamant un prix plus élevé du carbone en Pologne », a ironisé le ministre. Plus sérieusement, les arguments qu'il a mis en avant sont les suivants: - l'UE s'est fixé pour objectif une réduction de ses émissions de CO2 de 20% à l'horizon 2020 (par rapport à 1990), « or une application précoce de la réserve signifie qu'on aura un objectif de réduction plus élevé jusqu'à 2020 » ; - ce n'est pas un projet qui fait l'objet d'un accord ; - cela ne fait pas partie des négociations internationales ; - le fonds de modernisation des centrales à charbon débutera en 2020 et pas plus tôt ; - l'ETS est « une taxe difficile et imprévisible qui crée de l'incertitude pour les investisseurs du secteur électrique ».
Pour la réforme de l'ETS après 2020, la Pologne est favorable à une allocation dynamique des quotas fondée sur les émissions réellement produites et non pas sur les émissions historiques renvoyant au niveau d'émissions produites deux ans plus tôt sans contrôle ex-post, « C'est plus juste », a estimé M. Korocolec. Quant à la décarbonisation de l'économie à l'horizon 2050, ce n'est tout simplement « pas réaliste, pas faisable », a-t-il estimé. (Aminata Niang).