Bruxelles, 02/03/2015 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté un ton rassembleur, lundi 2 mars, malgré la demande du Portugal et de l'Espagne d'un commentaire de sa part sur les accusations proférées pendant le week-end à leur encontre par le Premier ministre grec, Alexis Tsipras.
Ce dernier a accusé, devant le comité central de Syriza, ces deux pays d'avoir, « pour des raisons politiques évidentes, cherché à faire dérailler la négociation » au sein de l'Eurogroupe. Il a ajouté que ces États ne souhaitaient pas que l'exemple grec ait une influence sur d'autres pays, « surtout dans la perspective des élections en Espagne ». L'allié espagnol de Syriza, Podemos, est en plein essor, selon les sondages.
« Ce qui compte maintenant, au-delà de quelques déclarations publiques, est que la Grèce mette en oeuvre ses réformes rapidement », a dit Mina Andreeva, porte-parole de la Commission européenne. Elle a confirmé que la Commission avait reçu les plaintes des autorités portugaises et espagnoles pendant le week-end, y compris une demande de leur part d'un commentaire de la Commission sur les déclarations de M. Tsipras. Mme Andreeva a rappelé le rôle de la Commission européenne de médiation entre les parties.
Le porte-parole du ministère allemand des Finances, Martin Jäger, a, quant à lui, déclaré lundi que les déclarations de M. Tsipras étaient « une faute très inhabituelle selon les critères européens, cela ne se fait pas dans l'Eurogroupe ». Le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a également réagi publiquement pendant le week-end en déclarant ne pas être responsable « de la frustration qu'a créée la gauche radicale grecque en leur promettant ce qu'elle savait qu'elle ne pourrait pas tenir, comme cela vient d'être démontré ».
Lundi, sur la radio RFI, le commissaire en charge des Affaires économiques, Pierre Moscovici, a estimé qu'il n'y avait pas de « trahison de M. Tsipras » envers ses électeurs et rappelé qu'il avait fallu trouver un équilibre entre le vote des électeurs grecs et la tenue des engagements pris par la Grèce. « Il ne faut pas penser que Syriza est réduit au silence », a-t-il dit, rappelant que le gouvernement allait pouvoir appliquer une partie de son programme. Il a par ailleurs raconté que le ministre lituanien des Finances avait fait remarquer à son homologue grec que la Grèce avait un salaire minimum deux fois supérieur à celui de la Lituanie et que le gouvernement grec voulait rehausser ce salaire minimum avec l'argent qu'il doit à ses partenaires. Le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a toutefois expliqué que cela concernait juste le secteur privé.
Financement grec à court terme. Le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, a déclaré dans une interview au Financial Times publiée lundi que, si la Grèce se mettait au travail tout de suite, quelque part en mars il pourrait y avoir un premier décaissement d'aide. « Mais cela requiert des progrès et pas juste des intentions », a prévenu le Néerlandais. « Je serai disponible à travailler avec des tranches, l'argent restant pourrait être scindé en parties, mais il faudrait alors des progrès à très court terme », a-t-il expliqué. « Nous ne prendrons pas la tranche si le prix est la continuation du mémorandum », a pourtant répondu le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, le même jour sur la radio Parapolitika. « Nous aurions pu l'avoir, nous aurions pu signer l'e-mail de (Gikas) Hardouvelis (son prédécesseur, NDLR) et recevoir l'argent, cependant, ce n'est pas pour cela que les Grecs ont voté ». La Grèce plaide pour que les profits que doit rétrocéder la BCE puissent être directement versés au FMI à qui le pays doit rembourser 1,5 milliard d'euros en mars. « C'est de l'argent que l'on nous doit, c'est notre argent », payé en trop, a dit M. Varoufakis la semaine dernière. Or, l'Eurogroupe considère que, même la rétrocession de ces profits doit être conditionnée à la mise en oeuvre de réformes. La Commission, par la voix de sa porte-parole, Annika Breidthardt, a rappelé la déclaration de l'Eurogroupe, signée par la Grèce, où le ministre grec s'engageait à honorer ses paiements. « Dès lors que le premier paiement n'est pas effectué dans les temps, on est dans une situation que l'on appelle un défaut », a, pour sa part, mis en garde le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble.
À noter, par ailleurs, que l'extension du programme ne sera pas soumise à un vote du Parlement grec, mais tout accord qui interviendra à l'issue de ces quatre mois le sera. Le ministre espagnol des Finances, Luis de Guindos, a évoqué lundi un troisième plan d'aide à hauteur de 30 à 50 milliards d'euros. (Elodie Lamer)