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Bulletin Quotidien Europe N° 11247
ÉCONOMIE - FINANCES / (ae) grÈce

Y. Varoufakis espère un accord transitoire avant un contrat à long terme

Bruxelles, 05/02/2015 (Agence Europe) - Le nouveau ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, a demandé, jeudi 5 février, à son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, « un programme de transition jusqu'à fin mai », pour mener des négociations en vue d'un « nouveau contrat entre l'Europe, la Grèce, le FMI et la BCE ». La Grèce souhaite utiliser ce temps pour présenter des propositions et une feuille de route à ses partenaires, selon M. Varoufakis.

Ces propos interviennent au lendemain de la décision de la BCE de ne plus prendre les titres grecs comme garanties pour les prêts aux banques du pays, les privant ainsi d'un canal important de financement. Cette dérogation avait été accordée par la BCE en 2010, à la condition que la Grèce soit sous programme. « C'est à l'Eurogroupe et à nous, politiciens, de décider de quel genre de programme », a dit M. Varoufakis, interrogé sur ce point. Il a évoqué un « contrat à long terme qui permettra à la BCE de faire son travail d'assurer la stabilité » dans l'eurozone.

De son côté, le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a estimé le même jour devant le parlement national qu'on ne pouvait faire de chantage à la Grèce. La Commission, par la voix de Pierre Moscovici, a pris note jeudi de la décision de la BCE, mais a également noté que les banques grecques continuaient à être financées. Selon un article du quotidien allemand Die Welt, la BCE serait prête à accorder jusqu'à 60 milliards d'euros de liquidités aux banques grecques (les 'ELA').

« Nous sommes tombés d'accord sur le fait que nous n'étions pas d'accord », a dit Wolfgang Schäuble, après sa rencontre avec M. Varoufakis. Il s'est dit « sceptique face à certaines des mesures annoncées par la Grèce, certaines qui, je pense, ne vont pas dans la direction que nous voudrions voir », a-t-il ajouté. Après sa première réunion de ministres, le gouvernement grec a annoncé l'arrêt des privatisations, l'augmentation du salaire minimum et l'annulation du licenciement de fonctionnaires. M. Schäuble a dit à M. Varoufakis qu'il devait parler aux trois institutions (de la 'troïka') comme le prévoient les traités, alors que M. Varoufakis a dit ne pas vouloir revoir en Grèce le trio d'experts BCE-Commission-FMI.

Croissance prévue de 2,5% en 2015

Il est normal qu'après des élections un nouveau gouvernement doive être entendu, « il peut y avoir des changements de politiques, sinon pourquoi voterions-nous dans l'UE ? », a dit M. Moscovici, ajoutant que les précédents gouvernements grecs avaient pris des engagements « au nom de l'État lui-même » et qu'il fallait s'y tenir. La Commission prévoit, pour la Grèce, une croissance de 2,5% de PIB en 2015 et de 3,6% en 2016, et une dette de 170,2% cette année puis de 159,2% l'année prochaine, avec l'hypothèse d'un maintien des réformes, « mais ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de marge de manoeuvre pour le gouvernement », a dit M. Moscovici. M. Varoufakis a expliqué qu'entre 60% et 70% des mesures du programme actuel étaient des mesures que son gouvernement voulait prendre, mais que le programme ne s'attaquait pas suffisamment à la corruption et au clientélisme. Il réclame également un changement de philosophie macroéconomique, pour ne pas continuer l'erreur commise de mettre les prêts avant la réforme de l'économie.

Notant que le gouvernement grec avait déjà rejeté en bloc une nouvelle extension du plan d'aide de l'eurozone, le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, a dit qu'il devait y avoir des « conditions attachées au soutien », soulignant que lorsqu'une mesure est supprimée, elle doit être remplacée par une autre.

« Une question difficile est de savoir comment la Grèce peut avoir accès aux marchés sans un plan d'aide », a dit Wolfgang Schäuble, ajoutant qu'il n'y avait pas d'accord sur ce point à ce stade. Il a souligné que les problèmes de la Grèce étaient nés en Grèce et pas en Europe et certainement pas en Allemagne.

Faisant de la lutte contre la corruption et la fraude fiscale son cheval de bataille, M. Varoufakis a souligné que son pays souffrait beaucoup de l'évasion fiscale à travers les prix de transfert, un problème que la Grèce ne peut régler seule. Le ministre grec a refusé l'offre de son homologue allemand de lui envoyer 500 conseillers fiscaux pour l'aider à rendre plus efficace l'administration fiscale.

« Nous nous efforcerons de faire tout ce qu'il y a en notre pouvoir pour éviter un défaut », a dit M. Varoufakis, convaincu qu'avec l'aide des partenaires, cela serait possible. M. Moscovici a jugé que l'Eurogroupe du 16 février pourrait être décisionnel. (EL)

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