Bruxelles, 05/02/2015 (Agence Europe) - Pour la 1ère fois depuis 2007, la croissance économique devrait être au rendez-vous en 2015 dans chaque pays de l'Union européenne, selon les prévisions économiques d'hiver qu'a publiées la Commission européenne jeudi 5 février.
La situation économique est « un peu meilleure aujourd'hui » par rapport à novembre 2014, a déclaré le commissaire aux Affaires économiques et financières, Pierre Moscovici. Parmi les raisons ayant incité la Commission à un optimisme accru, il a cité la décision de la BCE de lancer à partir de mars un vaste programme de rachat de titres publics et privés ('QE' à l'européenne) (EUROPE 11236), la chute plus prononcée des prix du pétrole, la dépréciation de l'euro vis-à-vis du dollar et le plan européen d'investissement qui verra le jour en 2015. Notant des différences notables entre les États membres, il a prôné la poursuite du triptyque responsabilité budgétaire/réformes/investissement.
À politique inchangée, la croissance moyenne dans la zone euro devrait atteindre 1,3% du PIB en 2015 et 1,9% du PIB en 2015 (1,1% et 1,7% selon les prévisions de novembre 2014). Au niveau de l'UE, elle devrait s'élever à 1,7% en 2015 et 2,1% (1,5% et 2,0%). La hausse du PIB sera la plus forte en Irlande (3,5%), à Malte (3,3%), en Pologne (3,2%) et en Lituanie (3,0%) et la plus faible en Croatie (0,2%), à Chypre (0,4%), en Italie (0,6%) ainsi qu'en Autriche et en Finlande (0,8% chacune).
La croissance retrouvée demeure toutefois « insuffisante » pour infléchir substantiellement la courbe du chômage, a admis le commissaire. La part de la population active sans emploi diminuera « modérément » (11,2% en 2015 contre 11,6% en 2014 dans l'UE19 ; 9,8% en 2014 contre 10,2% en 2015 dans l'UE28) mais elle restera « bien au-dessus de son niveau d'avant-crise », a-t-il indiqué. Dans l'eurozone, le chômage sera le plus élevé en Grèce (25% en 2015 contre 26,6% en 2014), en Espagne (22,5% contre 24,3%) et à Chypre (10,2% contre 11,0%). Il sera le plus faible en Allemagne (4,9% en 2015 contre 5,0% en 2014), en Autriche (5,2% contre 5,0%) et aux Pays-Bas (6,6% contre 6,9%).
En 2015, l'inflation devrait demeurer négative (-0,1%) dans la zone euro et à peine positive dans l'UE (0,2%) pour remonter progressivement en 2016 (1,3% dans l'UE19, 1,4% dans l'UE28). M. Moscovici n'a cependant employé le terme de déflation. L'inflation devrait être négative dans sept États membres: Espagne (-1,0%), Bulgarie (-0,5%), Grèce, Italie, Slovénie, Danemark (-0,3% chacun), la Pologne (-0,2%).
En matière budgétaire, la Commission s'est félicitée que les politiques menées aient un impact « globalement neutre ». Le déficit moyen de la zone euro passerait de 2,6% du PIB en 2014 à 2,2% en 2015 et à 1,9% en 2016 (respectivement 3,0%, 2,6% et 2,2% dans l'UE28). Dans l'UE19, seuls l'Espagne (4,5%), la France (4,1%) et le Portugal (3,2%) enregistreraient un déficit public supérieur au seuil de 3% du PIB, a noté le commissaire. Concernant la dette publique, l'institution européenne espère - une fois de plus - que le pic sera atteint lors de l'année en cours. Elle table sur une dette moyenne par rapport au PIB de 94,4% en 2015 (94,3% en 2014) dans l'eurozone et de 88,3% (88,4%) dans l'UE. Là encore, les différences nationales sont notables. Dans l'eurozone, l'endettement par rapport à la richesse produite continuera d'être le plus élevé en Grèce (170,2% en 2015 contre 176,3% en 2014), en Italie (133,0% contre 131,9%), au Portugal (124,5% contre 128,9%). Il sera le plus faible en Estonie (9,6%), au Luxembourg (24,4%) et en Lettonie (36,5%).
Début mars, la Commission statuera sur la situation budgétaire de la France, l'Italie et la Belgique à la lumière des dernières données budgétaires disponibles. Elle appliquera à ces pays sa récente interprétation de la flexibilité que contient le Pacte de stabilité et de croissance (EUROPE 11229). L'amélioration de la situation économique combinée à l'usage de la flexibilité du Pacte fait déjà dire à nombre d'observateurs que les perspectives de sanctions s'éloignent pour ces pays. Interrogé sur l'appréciation négative que la BCE a du texte sur la flexibilité du Pacte, le commissaire a estimé que celui-ci n'était « en rien contradictoire avec le Pacte » mais qu'il permettait de faire « un usage plus subtil » des règles budgétaires européennes.
Dans le cas de la France, M. Moscovici a reconnu l'existence d'un « écart » entre l'effort structurel (hors effet de la conjoncture) requis (0,5% du PIB) et annoncé (0,3%). Nous allons poursuivre les discussions autour des « réformes structurelles » à approfondir, a indiqué l'ancien ministre français des Finances. Selon la Commission, le déficit français s'est élevé à 4,3% du PIB en 2014, devrait diminuer faiblement (4,1%) en 2015 et se stabiliser à ce niveau l'année prochaine à politique inchangée. Alors que Paris doit ramener le déficit sous le seuil de 3% du PIB en 2015 dans le cadre de la procédure pour déficit excessif ouverte à son encontre, un délai supplémentaire de deux ans apparaît inéluctable à condition que les réformes promises, notamment via la Loi Macron, soient en effet appliquées (EUROPE 11225). M. Moscovici a noté « une bonne nouvelle » pour la France: revue à la hausse par rapport à novembre, la croissance sera « modeste mais plus honorable ». « Les prévisions de la Commission et du gouvernement français convergent », s'est félicité le ministre français des Finances, Michel Sapin, pour qui la France, « consciente de ses responsabilités, respectera ses engagements ».
Sur l'Italie, M. Moscovici a fait état d'un « diagnostic partagé » sur la situation économique italienne avec les autorités du pays: la dette publique est « toujours à un très haut niveau » (133,0% estimé en 2015) alors que la croissance sera « faible » (+0,6% attendu en 2015). Après une nouvelle hausse en 2014 (3,0%), le déficit italien devrait être ramené à 2,6% cette année. Conformément aux règles de flexibilité du Pacte, la Commission recommande pour 2015 un effort structurel de 0,25% du PIB. Cette baisse par rapport à l'effort normalement requis (0,5%) est due à « l'effet cyclique », a admis M. Moscovici, qui s'attend à ce que l'Italie spécifie davantage son agenda de réformes structurelles destiné à stimuler la croissance.
En Belgique, la croissance devrait atteindre 1,1% du PIB en 2015 (1,4% en 2016). Alors qu'il a dépassé 3,2% du PIB l'année dernière, le déficit public devrait être ramené sous la barre des 3% du PIB en 2015 (2,6%), alors que la dette publique sera relativement stable (106,4% et 106,8% du PIB) sur la même période. Constatant « un problème de compétitivité » en Belgique, M. Moscovici a estimé qu'« une politique budgétaire prudente (était) absolument nécessaire » pour le pays, notamment pour agir sur le désendettement. Il rencontrera, ce vendredi, le ministre belge des Finances pour faire le point de la situation. À l'annonce des prévisions économiques de la Commission pour son pays, le Premier ministre belge, Charles Michel, s'est réjoui d'une « bonne nouvelle » qui confirme que « le budget 2015 est crédible et réaliste ». (MB)