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Bulletin Quotidien Europe N° 11230
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) jai

Le coordinateur anti-terrorisme craint de nouveaux attentats

Bruxelles, 14/01/2015 (Agence Europe) - Le coordinateur européen pour la lutte contre le terrorisme, Gilles de Kerchove, a mis en garde, mardi 13 janvier, contre le risque de nouveaux attentats et les dangers de la radicalisation dans les prisons.

« La menace de nouveaux attentats reste sérieuse », a-t-il dit à l'AFP. « Daesh (l'État islamique) veut agir et l'a annoncé. Al-Qaïda est fort dégradé mais veut rester dans la course et se rappeler à notre bon souvenir. Et il y a le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, qui recherche des Européens avec des passeports valides qui pourraient entrer facilement chez nous ou prendre l'avion », a expliqué M. De Kerchove. « Il n'y a pas une solution miracle. C'est en jouant sur la palette de la prévention, de la détection, de la répression et la dimension internationale qu'on va essayer d'éviter le plus possible que cela se répète. Mais l'empêcher, non. On ne l'empêchera pas à 100% ».

« On n'empêchera pas un nouvel attentat (...) Mais on peut essayer d'empêcher le plus possible que cela se produise, sans entrer dans une société totalitaire », a-t-il déclaré, affirmant également que « les prisons sont un incubateur de radicalisation massive ». Cette mise en garde intervient alors que le Premier ministre français, Manuel Valls, a annoncé la mise en place de quartiers isolés pour les djihadistes en prison, l'isolement de ces individus devant être testé dans certaines prisons.

« Il faut harmoniser les dispositifs pénaux, mais de grâce, n'envoyons pas tous ceux qui reviennent de Syrie en prison. Ils vont encore être plus radicaux et ils vont inspirer d'autres », a souligné M. de Kerchove. Il a souligné que les Français Mohammed Merah, auteur d'une série d'assassinats en mars 2012 à Toulouse (France), Mehdi Nemmouche, inculpé pour l'assassinat de quatre personnes au musée juif de Bruxelles en mai 2014, et Amedy Coulibaly, un des trois auteurs des attentats de Paris, « se sont radicalisés en prison ».

Le directeur d'Europol, pour sa part, a estimé que « nous parlons de quelque 3 000 à 5 000 citoyens de l'UE » ayant quitté l'Europe pour aller combattre auprès de mouvements radicaux islamistes, a dit Rob Wainwright à Londres, devant la commission des affaires intérieures du parlement britannique. « Clairement, nous avons affaire à un grand nombre, principalement de jeunes hommes, qui ont le potentiel de revenir et le potentiel, ou l'intention et la capacité, de mener des attaques comme celles de Paris la semaine dernière », a-t-il expliqué. « C'est certainement la menace terroriste la plus sérieuse à laquelle l'Europe doit faire face depuis le 11 septembre », a-t-il mis en garde. Selon lui, Europol a déjà rassemblé les noms de 2 500 suspects auprès des services des différents pays de l'UE.

Selon Gilles de Kerchove et les données en sa possession, près de 3 000 Européens se sont enrôlés dans les groupes djihadistes en Syrie ou en Irak et 30% sont revenus dans l'UE.

Madrid durcit les mesures contre le terrorisme. Le gouvernement conservateur espagnol et l'opposition socialiste ont convenu, le 13 janvier, de durcir les mesures contre le terrorisme djihadiste, après les attentats de Paris, a indiqué le ministre espagnol de l'Intérieur, Jorge Fernandez Díaz, selon l'AFP. « Nous sommes convenus de présenter ensemble une proposition de loi organique, dans l'urgence, avec la claire volonté d'ouverture aux autres groupes parlementaires », a déclaré le ministre. Les socialistes veulent « améliorer la lutte contre le terrorisme djihadiste, améliorer la sécurité, sans perdre une once de liberté », a insisté leur porte-parole parlementaire, Antonio Hernando. Ces amendements prévoient de possibles peines de prison pour les individus qui se rendent dans un territoire « contrôlé par un groupe terroriste », s'ils appartiennent à ce groupe ou s'ils ont exprimé la volonté de « collaborer » avec une telle organisation. Sont également prévues des peines de prison spécifiques pour tout individu qui tente d'apprendre, y compris sur Internet, le maniement des armes et des explosifs en relation avec un groupe terroriste. Les enquêteurs n'auraient alors pas besoin de prouver l'intention de commettre un attentat. Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernández Díaz, a répété son soutien à la création d'un fichier compilant les données des passagers aériens (PNR). Les socialistes y sont également favorables, sous réserve de mesures pour respecter les libertés.

Une réunion de haut niveau se tiendra vendredi 16 janvier à Bruxelles, pour préparer le Conseil informel des ministres de l'Intérieur de l'UE, fin janvier à Riga. L'amélioration des échanges d'informations entre services de renseignement ainsi que l'amélioration des analyses devraient notamment être discutées par les ministres, tout comme le projet de PNR européen ou le renforcement des contrôles de djihadistes aux frontières externes de l'UE.

Mercredi à Strasbourg, le Premier ministre letton, Mme Straujuma, a indiqué qu'une « attention particulière » devait être portée « à la stratégie de sécurité intérieure. Il faut garantir l'échange adéquat d'informations entre les services. Nous accordons de l'importance au débat sur le PNR ». (SP avec CG)

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