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Bulletin Quotidien Europe N° 11230
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ACTION EXTÉRIEURE / (ae) russie

Gazprom intraitable avec la Commission

Bruxelles, 14/01/2015 (Agence Europe) - Le gazier russe Gazprom a joué la fermeté, lors de la rencontre entre son PDG, Alexei Miller, et le commissaire européen en charge de l'Union de l'énergie, Maros Sefcovic, mercredi 14 janvier à Moscou, tant sur la question de l'approvisionnement de l'UE en gaz russe transitant par l'Ukraine, que sur l'annulation définitive du projet de gazoduc sous la mer Noire, South Stream.

Risques de perturbation du transit ukrainien. M. Miller a, d'une part, prévenu M. Sefcovic du risque de perturbations, cet hiver, des livraisons de gaz destiné à l'UE et transitant par l'Ukraine, en dépit du 'paquet hivernal 2014/2015' conclu sous la médiation de l'UE, le 30 octobre, pour apurer la dette contractée par le gazier public ukrainien Naftogaz à l'égard de Gazprom et pour rétablir les fournitures de gaz russe à l'Ukraine. Et ce en raison du stockage insuffisant réalisé par l'Ukraine l'an dernier. « Les risques concernant le transit par l'Ukraine cet hiver persistent. En raison de ses difficultés financières, l'Ukraine n'a pas pu acheter les volumes de gaz nécessaires en novembre et décembre de l'an dernier et les réserves de gaz dans les stockages souterrains ont nettement diminué », a expliqué M. Miller.

Près de la moitié du gaz russe consommé dans l'UE (15% de la consommation totale) transite par l'Ukraine et les différends commerciaux gaziers à répétition entre la Russie et l'Ukraine ont résulté, en 2006 et 2009, en d'importantes perturbations des livraisons de gaz russe destiné à l'UE. Pour maintenir la fluidité du transit, l'Ukraine dispose de centres de stockages souterrains, mais ceux-ci ont été insuffisamment remplis après la suspension des fournitures de Gazprom à l'Ukraine en juin dernier, suite au non-paiement par Kiev de son immense dette gazière. Au terme d'âpres tractations, la Russie et l'Ukraine ont conclu un accord gazier provisoire qui expirera fin mars, reposant sur le paiement par Naftogaz d'une partie de sa dette (3,1 milliards $) à l'égard de Gazprom, qui réclamait un total d'arriérés de 5,3 milliards $ et a accepté de recourir au tribunal d'arbitrage de Stockholm pour les 2,2 milliards $ restants. Gazprom s'est, quant à elle, engagée à livrer du gaz à l'Ukraine jusqu'en mars 2015 à un prix inférieur à celui que le gazier russe avait rehaussé après le changement de régime à Kiev, Naftogaz s'engageant à payer ces livraisons à l'avance mois par mois.

South Stream définitivement enterré. Gazprom a, d'autre part, confirmé à M. Sefcovic l'annulation du projet de gazoduc South Stream, invitant désormais l'UE à s'approvisionner par ses propres moyens à travers la Turquie, avec laquelle la Russie va bâtir un nouveau gazoduc reliant les deux pays sous la mer Noire. « Le gazoduc Turkish Stream constitue le seul itinéraire par lequel seront livrés les 63 milliards de m3 de gaz russe qui transitent actuellement par l'Ukraine. Il n'y a pas d'autre possibilité », a averti M. Miller.

Après des mois de tensions entre l'UE et la Russie, à la lumière de la crise dans l'est de l'Ukraine, le président russe, Vladimir Poutine, avait annoncé, lors d'une visite à Ankara le 1er décembre 2014, l'abandon de South Stream, en justifiant ce renoncement par le refus de la Bulgarie d'autoriser la construction du projet sur son territoire en raison de sa non-conformité à l'égard de la législation de l'UE. Piloté par Gazprom avec la participation d'énergéticiens européens, South Stream prévoyait de relier la Russie à la Bulgarie sous la mer Noire, en contournant l'Ukraine, pour acheminer 63 milliards de m3 de gaz par an vers l'UE via une branche sud vers l'Italie en passant par la Grèce et une branche nord vers l'Autriche, la Croatie et la Slovénie, en passant par la Serbie et la Hongrie. À la place, la Russie entend établir une nouvelle voie d'approvisionnement vers la Turquie, qu'elle approvisionne déjà via la mer Noire par le gazoduc Blue Stream, et faire de la Turquie un important centre de transit pour le gaz russe.

« Nos partenaires européens sont informés et, maintenant, leur tâche est de créer les infrastructures gazières nécessaires à partir de la frontière gréco-turque. Ils n'ont que quelques années pour le faire. C'est très, très court », a insisté M. Miller, estimant que les travaux devaient commencer « tout de suite ». « Dans le cas inverse, ces volumes de gaz iront vers d'autres pays », a-t-il averti. (EH)

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