Bruxelles, 20/11/2014 (Agence Europe) - Le groupe social-démocrate au Parlement européen a proposé, jeudi 20 novembre, la mise sur pied d'un instrument européen d'investissement (IEI) capable de mobiliser 400 milliards d'euros à partir d'un apport d'argent public de 100 milliards.
Le plan d'investissement que la Commission européenne présentera « la semaine prochaine » au PE constitue « la principale conquête du groupe S&D » lors de négociations sur la mise en place de la Commission 'Juncker', a déclaré son président, l'Italien Gianni Pittella. Comme le groupe ADLE la veille (EUROPE 11200), les sociaux-démocrates ont anticipé cette présentation en dévoilant des idées « ambitieuses » pour peser dans le débat public d'ici au Conseil européen de décembre.
Capitalisé à hauteur de 100 milliards d'euros par les États membres, l'instrument envisagé serait en mesure de lever 300 milliards d'euros sur les marchés et d'attirer 100 milliards d'argent privé (effet de levier x1,25). S'ajouterait à l'IEI un mécanisme de garanties de 75 milliards d'euros octroyées par le Mécanisme européen de stabilité, le fonds de sauvetage de l'eurozone, permettant d'attirer 150 milliards d'investissements privés supplémentaires (effet de levier x2). En outre, la mobilisation de 38 milliards d'euros de revenus et de dividendes générés par la BEI servirait à attirer 114 milliards d'euros d'investissements privés additionnels dans le but de financer des projets plus risqués (effet de levier x4). Le plan d'investissement générerait ainsi une capacité d'investissement totale de 800 milliards.
M. Pittella a estimé que les fonds publics mobilisés par le biais du plan envisagé bénéficieraient de la « flexibilité » maximale prévue dans le Pacte de stabilité et de croissance et ne seraient pas comptabilisés dans le calcul du déficit public. Reprenant une idée chère à la Présidence italienne du Conseil, il a aussi plaidé pour que les cofinancements nationaux de projets soutenus par les fonds structurels jouissent du même traitement.
Contrairement aux rumeurs entourant le plan 'Juncker', « nous avons été prudents sur l'effet de levier » que pourrait générer notre initiative « pour être crédibles », a indiqué la Portugaise Maria João Rodrigues. Selon elle, les liquidités existent mais le manque de confiance est actuellement tel qu'il faut nécessairement démarrer par des investissements publics qui joueront un rôle de déclencheur.
Lors de son audition au PE, le commissaire alors candidat aux Affaires économiques et financières, le socialiste français Pierre Moscovici, avait plaidé pour la mobilisation de l'argent public lorsque c'est nécessaire et d'autant d'argent privé que possible. Une formule reprise à son compte par le commissaire chargé de l'Investissement, Jyrki Katainen, qui pilote la préparation du plan 'Juncker' (EUROPE 11168).
Quelle que soit la nature politique des propositions avancées, la question de la nature des projets à financer est relativement consensuelle. La Belge Kathleen Van Brempt a souligné l'importance de « cibler » les investissements vers « la croissance durable » pour financer la transition énergétique (nouvelles infrastructures, efficacité énergétique) et « l'intelligence » (recherche/innovation, formation). (MB)