Bruxelles, 14/07/2014 (Agence Europe) - Lors du Paris Air Forum, vendredi 11 juillet, EUROPE a sondé les attentes des aéroports vis-à-vis du législateur européen. Augustin de Romanet, à la tête des aéroports de Paris (Charles de Gaule, Orly et Roissy), livre ses préoccupations à propos de l'autorisation des liquides, gels et aérosols en cabine, de l'assistance en escale et de la concurrence venue de la péninsule arabique.
Agence Europe: Comment faire face au manque de capacité que l'on craint dans les aéroports dans les prochaines décennies. Est-ce que l'intervention du législateur européen, par le biais du paquet aéroportuaire, est judicieuse ?
Augustin de Romanet: Objectivement, je n'ai pas de soucis particuliers avec la réglementation européenne, sous réserve de l'issue des débats puisque deux des trois textes sont encore en discussion (NDLR: assistance en escale, créneaux de décollage et d'atterrissage, nuisances sonores - déjà adopté). Sur l'assistance en escale par exemple, l'UE a pris une initiative intéressante pour encourager la concurrence. J'y suis favorable, et elle est d'ailleurs pratiquée dans les aéroports parisiens, pour permettre le meilleur rapport qualité-prix pour les compagnies. En général, tout ce qui baisse le coût pour les compagnies est bon pour les aéroports car cela permet le développement du trafic, et donc de nos recettes. De plus, le texte sur l'assistance en escale est utile dans la mesure où il propose de mettre en place des minima de qualité de service pour les prestataires, ce qui permet de maîtriser la qualité des prestations tout en mettant en place une concurrence. Sur la question des créneaux, à Paris nous sommes assez privilégiés car n'avons pas de congestion chronique et le nombre de mouvements stagne malgré des avions plus gros et de meilleurs taux de remplissage. Je suis donc moins sensible à cette problématique, et prudent sur le marché secondaire.
Les liquides, gels et aérosols (LAGs) seront progressivement autorisés à nouveau en cabine. Les aéroports européens sont-ils prêts ?
La première phase a été mise en place en début d'année et la Commission souhaiterait entamer une deuxième phase début 2015 pour les liquides transparents dans des contenants transparents. Nous n'y sommes pas favorables car cela ne prend pas en compte la réalité du terrain: toute modification signifie, concrètement, des machines ou des logiciels à changer, des agents à former, des passagers à sensibiliser, ce qui est à la fois cher et compliqué. Par ailleurs, nous considérons que nous n'avons pas encore assez d'expérience sur la première phase, après seulement quelques mois. Nous sommes volontaires pour aller vers la libéralisation totale des LAGs aussitôt qu'on le pourra pour le confort de passagers; mais il faut que les fabricants de scanners soient prêts techniquement et qu'il y en ait suffisamment de manière à pouvoir les mettre en concurrence en Europe et avoir des coûts acceptables.
Les premiers hubs mondiaux ne sont plus forcément en Europe comme il y a dix ans (Paris, Londres, Amsterdam), mais au Moyen-Orient. Comment inverser la tendance, si c'est encore possible ?
La tendance est inversable dès lors qu'on porte une très grande attention à la qualité des services dans nos aéroports. Au fond, ce qui différencie un hub d'un autre, c'est la qualité de l'accueil, le plaisir qu'on a de rester dans l'aéroport et accessoirement le plaisir qu'on a pour aller faire du tourisme aux alentours. De ce point de vue, nous avons des atouts car si vous voyagez d'Amérique latine vers la Russie ou vers l'Asie et que vous transitez par le hub de Paris, vous pouvez aller faire du tourisme et y gagner un enrichissement personnel ; si vous allez dans un hub du Moyen-Orient, la principale chose que vous puissiez faire c'est du shopping. Mais pour profiter de ces atouts et préserver ses hubs, l'Europe doit faire un effort pour mieux intégrer l'aéroport dans la ville et en faciliter l'accès. Nous nous battons pour cela à Paris, pour créer une ligne de train express vers l'aéroport de Charles de Gaulle, et si j'avais un rêve à formuler, ce serait que l'Europe nous y aide grâce aux règlements sur le RTE-T et sur le Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe. D'une manière plus générale, l'UE doit mieux comprendre que le développement des aéroports est un outil puissant pour la croissance économique, tout simplement parce que le tourisme prend dans le monde une place de plus en plus importante par rapport à celle de la construction automobile, de la chimie ou de la sidérurgie. Il faut donc des réglementations favorables aux aéroports et laisser à un mix privé/public le soin de développer des modèles qui soient suffisamment incitatifs pour que la part régulée des services aéronautiques soit la plus productive possible et qu'en même temps les aéroports soient incités à développer d'autres sources de revenus et notamment les commerces.