Fin d'une époque. Les transformations en cours aux États-Unis se répercutent profondément sur les relations euro-américaines. Sans devoir nécessairement disposer d'informations exclusives ou rares, mais en regroupant simplement celles qui sont à disposition de tous, en les considérant comme un ensemble, on arrive à la constatation d'un éloignement progressif et radical entre Washington et l'Europe. La fraternité euro-américaine a été longtemps une réalité globale: ethnique, linguistique, culturelle, et logiquement aussi politique. Elle s'est progressivement affaiblie et maintenant elle est en train de se dissoudre. Ce n'est pas tellement l'Europe qui change, mais ce sont les États-Unis qui se transforment. Des formes d'alliance, de coopération et d'amitié subsistent et subsisteront, mais sous d'autres formes et avec une signification nouvelle.
Évolution «asiatique». Ces remarques ne représentent pas une critique, mais une constatation. Dans certaines régions américaines, l'homme blanc est remplacé progressivement par des populations d'origine surtout asiatique, dont l'installation est une réussite. À Lincoln, capitale du Nebraska, les immigrés originaires du Vietnam gèrent désormais tout, y compris la police locale. C'est un exemple modeste d'une évolution très vaste ; le U.S. Census Bureau confirme que l'immigration provient désormais surtout d'Asie et une enquête a corroboré que les immigrés asiatiques ont dépasse ceux originaires du continent américain, Mexique inclus.
« Babies clandestins ». Une démarche récente du président Obama a mis en relief une autre évolution: il a demandé au Congrès la somme respectable de 4 milliards de dollars pour faire face à l'avalanche de babies clandestins qui traversent seuls la frontière méridionale des États-Unis. L'objectif de ce financement est noble, digne des meilleures traditions américaines: il est destiné pour moitié à renforcer les contrôles à la frontière et à organiser le rapatriement de ces jeunes clandestins, mais l'autre moitié vise à améliorer l'assistance à ces enfants, à contrôler s'ils ont droit au statut de réfugié et qu'ils aient des raisons valables pour rester. La générosité des États-Unis vise à aider ces enfants et elle est donc louable et positive. Mais c'est un exemple supplémentaire de la réduction progressive de la population d'origine européenne.
Incertitudes présidentielles significatives L'objectif du président Obama d'éloigner son pays des conflits armés dans le monde et de réduire progressivement la présence de ses forces armées dans d'autres continents est sous les yeux de tous. Mais l'objectif est difficile à concrétiser ; parfois la présence de ces forces semble encore nécessaire et Obama adopte des mesures partielles et changeantes, qu'il repense et révise ; il en résulte l'impression d'une certaine confusion, comme s'il n'avait pas lui-même les idées claires. En fait, les incertitudes et hésitations sont en partie explicables, lorsqu'on constate, par exemple, que des armements américains octroyés à l'Irak finissent dans les mains des rebelles de l'EILL (État islamique en Irak et au Levant).
Comment, dans ces conditions, continuer à armer les forces considérées légitimes ? Comment ne pas comprendre certaines hésitations d'Obama et des États-Unis ?
Malentendus politiques. Un émoi particulier a été provoqué par la brusque expulsion d'Allemagne du Représentant des services américains de renseignement, décision qu'Angela Merkel a adoptée après avoir appris qu'au moins un agent secret allemand collaborait avec l'ambassade américaine à Berlin. Moins visibles peut-être, d'autres dossiers ont un poids à la fois politique, militaire et financier, comme la question des avions de guerre fabriqués aux États-Unis, mais non utilisés par l'armée américaine, sans oublier le dossier confus et controversé du gaz de schiste. Cette rubrique y reviendra.
Ceci n'est pas une conclusion. En son temps, les États-Unis ont, avec la Russie, joué un rôle essentiel dans la destruction du nazisme, permettant à l'Europe de reconquérir la liberté et de s'unir. Pour ces événements historiques, la reconnaissance de l'Europe subsiste, et l'amitié aussi. Mais les États-Unis connaissent une évolution globale au sein de laquelle les relations avec l'Europe changent et il faut en tenir compte.
Je reviendrai sur d'autres aspects significatifs de cette réalité en évolution.
(FR)