Bruxelles, 14/07/2014 (Agence Europe) - La réunion ministérielle tripartite UE/Russie/Ukraine pour discuter des effets de l'accord d'association UE/Ukraine et de son volet libre-échange sur l'économie russe, qui s'est tenue vendredi 11 juillet à Bruxelles, a abouti au lancement d'une phase de consultations qui se poursuivront cet été. La Russie devra détailler ses préoccupations d'ici le 20 juillet, avant que les experts des trois pays examinent, d'ici le 1er septembre, les problèmes russes. Une nouvelle réunion ministérielle tripartite entre le commissaire au Commerce, Karel De Gucht, le ministre russe du Développement économique, Alexei Ulyukayev, et le chef de la diplomatie ukrainienne, Pavlo Klimkin, est prévue pour le 12 septembre à Bruxelles.
Sur la base des travaux préparatoires à leur réunion, MM. De Gucht, Ulyukayev et Klimkin ont convenu vendredi que « la libéralisation du commerce dans l'accord de libre-échange entre l'UE et l'Ukraine modifiera les conditions du commerce et de l'investissement sur le marché ukrainien », selon leur déclaration conjointe. « Alors que les nouveaux arrangements commerciaux visent à produire des effets économiques positifs pour toutes les parties concernées, leur mise en oeuvre pourrait entraîner des risques économiques potentiels entre la Russie et l'Ukraine, y compris pour les opérateurs économiques », expliquent-ils. « Pour faire face à tout risque potentiel et pour créer des conditions favorables pour les relations commerciales et économiques », l'UE, la Russie et l'Ukraine ont convenu de lancer un « mécanisme de consultations », qui se concentrera sur les règlements techniques, les normes, les procédures douanières, les procédures d'évaluation de conformité et les mesures sanitaires et phytosanitaires découlant de la mise en oeuvre de l'accord de libre-échange entre l'UE et l'Ukraine signé le 27 juin dernier. La Russie fera circuler une liste de préoccupations et de risques potentiels précis d'ici le 20 juillet.
Sur la base de cette liste, des consultations bilatérales seront menées au niveau des experts pour trouver des solutions possibles à ces préoccupations et ces risques potentiels ; les experts clarifieront lesquels d'entre eux pourraient être réglés bilatéralement et dans quels cas l'implication de l'UE serait nécessaire. Dans ce cas, les experts de l'UE rejoindront le processus bilatéral. Les experts essaieront de trouver des solutions pour chacune des préoccupations et chacun des risques possibles et ils identifieront les questions qui nécessiteront d'être discutées à un niveau supérieur. Dans le cadre de ce travail, les experts devront aussi préciser l'urgence des problèmes particuliers, en tenant compte des délais prévus dans l'accord UE/Ukraine. Les experts devront produire un rapport préliminaire d'ici le 1er septembre en vue d'une nouvelle réunion ministérielle le 12 septembre, précise encore la déclaration de MM. De Gucht, Ulyukayev et Klimkin.
« Toutes les parties se sont engagées à mener de bonne foi ce processus », conclut la déclaration des trois participants à cette réunion tripartite, fruit d'une décision conjointe du président de la Commission, José Manuel Barroso, et des présidents russe, Vladimir Poutine, et ukrainien, Petro Porochenko, d'étendre les consultations bilatérales sur les effets économiques possibles pour la Russie de l'accord UE/Ukraine.
S'exprimant lors d'une conférence de presse séparée, M. Ulyukayev a réaffirmé le souhait de la Russie que cet accord, qui scelle le rapprochement entre l'UE et l'Ukraine sur fond de crise diplomatique entre Moscou et Kiev, ne soit pas appliqué en l'état. « Je crains que mes collègues ne saisissent pas pleinement l'ampleur du problème auquel nous serons confrontés. Cet accord comporte des zones à risque pour la Russie. Nous insistons sur le fait que, tant que ces zones à risque ne sont pas écartées, l'accord d'association entre l'Ukraine et l'UE ne devrait pas entrer en vigueur », a insisté le ministre russe.
L'accord de libre-échange UE/Ukraine vise en particulier à supprimer la grande partie des droits de douane entre les deux économies - libéralisation tarifaire pour 82,3% des produits agricoles ukrainiens, préférences pour 83,4% des exportations ukrainiennes de produits agricoles transformés et suppression des tarifs sur 94,7% des produits industriels ukrainiens.
La Russie redoute une arrivée sur son marché, via l'Ukraine, de produits fabriqués dans l'UE, au détriment de sa production nationale et considère que l'Ukraine ne peut pas bénéficier de conditions commerciales privilégiées avec elle et avec l'UE à la fois. La dégradation des relations entre l'Ukraine et la Russie ces dernières années s'est traduite par une baisse importante de leurs échanges bilatéraux. La Russie et l'UE représentent chacune près de 25% des échanges commerciaux de l'Ukraine. La Russie est un débouché très important notamment pour les industries lourdes (métallurgie, chimie, aéronautique et défense) de l'est russophone de l'Ukraine, actuellement en proie à une insurrection. (EH)