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Bulletin Quotidien Europe N° 11121
Sommaire Publication complète Par article 42 / 42
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 1057

*** ALESSANDRA SILVEIRA, MARIANA CANOTILHO, PEDRO MADEIRA FROUFE (sous la dir. de): Citizenship and Solidarity in the European Union. From the Charter of Fundamental Rights to the Crisis, the State of the Art. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterla ,g.com). Collection "Euroclio", n° 77. 2013, 489 p., 62,10 €. ISBN 978-2-87574-109-7.

Voici un livre majeur ! Par les questions qu'il aborde. Par les réponses qui y sont apportées, à mille lieues du politiquement convenu. Par le caractère novateur de certains des angles d'analyse et des idées qui façonnent les vingt-neuf contributions le composant. Il en résulte un ouvrage scientifique - il est le fruit d'une conférence internationale organisée en mai 2012 à la Faculté de droit de l'Université de Minho, au Portugal - qui, outre de faire naturellement réfléchir, invite à la rébellion, à la révolte, à sortir des divers conformismes qui menacent actuellement de conduire le projet européen à sa perte. Et les démocraties européennes avec lui.

Les questions d'abord, formulées par Mariana Canotilho à l'entame de son introduction à l'ouvrage. Des questions dérangeantes, lourdes de sens, accusatrices aussi: « Que deviennent, dans le contexte de la crise économique et sociale la plus profonde des dernières décennies, les promesses de respect pour les droits inviolables et inaliénables de la personne humaine, la liberté, la démocratie et l'égalité proclamées dans le préambule du Traité sur l'Union européenne ? Comment l'Union entend-elle montrer son attachement aux droits sociaux fondamentaux en ce temps de marché du travail toujours plus précaire, de brouillage des frontières entre l'emploi et l'auto-emploi et d'exigences de déréglementation du marché du travail ? » Est-ce là seulement la récrimination d'un syndicaliste ? Non, ces questions émanent d'un professeur de droit public à l'Université de Coimbra qui est aussi désormais conseiller juridique du président de la Cour constitutionnelle portugaise et qui ose encore cette autre question - laquelle ne manquera pas d'être jugée incongrue et déplacée dans bon nombre de cénacles gouvernementaux: « Comment est-il possible d'obtenir le renforcement et la convergence des économies européennes et de promouvoir le progrès économique et social alors que tout ce qu'on entend des dirigeants politiques européens, ce sont des propositions de programmes d'austérité qui semblent ne pas fonctionner ? ».

Poser le problème de la sorte amènera sans doute certains esprits chagrins à y déceler le chant d'une cigale auquel les fourmis du nord ne peuvent prêter l'oreille. Qu'ils se rassurent - ou, plutôt, s'inquiètent: ce livre n'est pas le fait de seuls ressortissants du sud du continent - en attestent des patronymes tels que, entre autres, Jonathan Tomkin, Elaine Dewhurst, Katarzyna Gromek Broc, Bruno de Witte, Tamara Hervey ou Leonard F. M. Besselink… - et il témoigne beaucoup moins d'une envie de dénoncer ou de se plaindre que de tracer des pistes en vue de pouvoir remettre le projet européen sur de bons rails. Avant l'embardée fatale ! Car c'est bien une sorte de diagnostic médical qui est posé par les auteurs à travers les cinq parties de l'ouvrage. Dans la première, ce sont les maux qui affectent la démocratie et la citoyenneté dans l'Union européenne et ses États membres qui sont analysés. Dans la deuxième, des maux affectant la santé économique et sociale de plus en plus de citoyens européens sont à leur tour observés à la lumière de l'impératif de compétitivité et des modèles de développement qui en découlent. Viennent ensuite des contributions s'intéressant à différentes questions liées au constitutionnalisme à plusieurs niveaux et à la quête d'une identité politique européenne, la quatrième partie étant, elle, consacrée aux thèmes de l'égalité et de la solidarité - « les promesses les plus oubliées du processus d'intégration » par les temps qui courent, observe Mariana Canotilho - tandis que la dernière l'est aux questions de la culture et de la diversité, soit deux composantes essentielles du projet européen bien compris.

Qui dit diagnostics dit aussi prescriptions. Celles qui s'égrènent dans l'ouvrage jusqu'aux conclusions que tirent Mariana Canotilho et ses deux complices (Alessandra Silveira et Pedro Madeira Froufe sont des professeurs de droit européen à l'Université de Minho) sont sans détours. A titre d'exemple, il semble inévitable, dans le contexte de la crise endurée par la zone euro, d'avoir à renforcer les composantes fédératives du projet européen et de donner corps, pour asseoir enfin sa légitimité, à un espace public européen qui « n'existe pas parce que les États membres n'en ont jamais voulu ». Et les trois coordinateurs d'enfoncer le clou: « Le discours sur le déficit démocratique européen est devenu très confortable car il permet aux élites politiques nationales de s'exempter de toute responsabilité dans le sort réservé à l'Union européenne ». Voilà qui méritait d'être dit ! Mais là n'est pas l'essentiel. L'idée la plus novatrice réside dans le constat que la jurisprudence de la Cour de justice et la Charte européenne des droits fondamentaux donnent progressivement naissance à une « citoyenneté de droits », c'est-à-dire à une citoyenneté qui donne des droits autres que ceux liés à la mobilité économique initiale, mais bien, désormais, les droits fondamentaux les plus élevés. Et peu importe que ces droits les plus élevés soient de nature européenne ou reconnus par tel ou tel État membre seulement: sur la base de l'article 53 de la Charte, tout citoyens européen serait en droit de l'invoquer à son profit. La citoyenneté ainsi comprise sera-t-elle, dès lors, l'avenir de l'Union et d'un projet européen réhabilité et revivifié ?

Michel Theys

*** WINTON HIGGINS, GEOFF DOW: Politics Against Pessimism. Social democratic possibilities since Ernst Wigforss. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). 2013, 477 p., 99 €. ISBN 978-3-0343-1445-9.

Enseignant la science politique et l'économie politique dans des universités australiennes, les auteurs de ce livre n'aiment pas le capitalisme, un système socio-économique qui fonde ses succès sur la « dislocation économique, l'insécurité sociale » et, pour certains, sur des « privations tangibles ». Ils ne sont évidemment guère plus tendres envers le néo-libéralisme qui domine le monde occidental depuis le milieu des années 70 et a conduit au déclassement, dans un certain nombre de pays, des idées - et, partant, des partis - de la gauche démocratique. A leurs yeux, suite à la crise majeure des dernières années, le plein emploi, l'équité sociale, la démocratie économique et de nouvelles institutions politiques capables de dompter à nouveau le capitalisme pourraient pourtant refleurir si ce dessinait une mobilisation politique réformiste radicale s'inspirant de celle portée par Ernst Wigforss et la social-démocratie en Suède au cours du siècle dernier. Figure de proue du parti social-démocrate suédois pendant la première moitié du vingtième siècle, Ernst Wigforss a légué, selon Winton Higgins - qui a notamment étudié à l'Université de Stockholm - et Geoff Dow, des idées théoriques et programmatiques qui, pour peu qu'elles soient revisitées et adaptées au contexte actuel, pourraient redonner des couleurs et du crédit à la gauche.

(MT)

*** HEATHER CONNOLLY, LEFTERIS KRETSOS AND CRAIG PHELAN (sous la dir. de): Radical unions in Europe and the future of collective interest representation. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Trade Unions », vol. 20. 2014, 258 p., 59,90 €. ISBN 978-2-84387-412-3.

La crise économique actuelle, ses mesures d'austérité et des stratégies patronales visant à augmenter la flexibilité du marché de l'emploi ne font qu'encourager la dérégulation du capitalisme en Europe. Dans ce contexte économique, cet ouvrage collectif vise à répondre à une question bien précise: le syndicalisme radical, l'action politique et l'activisme local présentent-ils des opportunités pour le renouveau syndical et la représentation de l'intérêt collectif ? A travers l'analyse de neuf contextes nationaux différents, les auteurs tentent d'évaluer à quel point nous sommes témoins de l'émergence d'un syndicalisme politique radical comme modèle alternatif au syndicalisme en Europe, modèle centré sur la lutte des classes, sur l'engagement dans un mouvement social au-delà du lieu de travail et sur des stratégies politisées de gauche. Les auteurs se basent sur une définition large du syndicalisme radical, y incluant des organisations pouvant être considérées comme telles tant par leur idéologie que par leur identité politique mais également du fait de leur activité organisationnelle ou mobilisatrice. Les différents articles de cet ouvrage mettent ainsi en évidence que la contribution des syndicats européens à un combat plus général contre le néolibéralisme et ses nouvelles politiques reste limitée. Il n'empêche que l'engouement protestataire qui a suivi la crise économique signale un nouveau départ pour un syndicalisme qui semblait presque éteint. Craig Phelan, professeur à l'Université Kingston de Londres conclut ainsi: « Le syndicalisme a été l'avant-garde de la démocratie participative et de la justice sociale en Europe durant deux siècles, et il a été la voix dominante pour une distribution plus équitable des richesses. La montée des protestations syndicales en Europe depuis 2009 révèle que cette tradition reste vivante ».

(SD)

*** HERMANN KOTTHOFF, MICHAEL WHITTALL: Paths to transnational solidarity. Identity-building processes in European works councils. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Trade Unions", vol. 24. 2014,275 p., 57,80 €. ISBN 978-2-84387-412-3.

À l'heure où les systèmes nationaux de relations sociales peinent à s'adapter à la nature mobile et globale du capital, la mise en place de comités d'entreprise européens a suscité, au cours de ces deux dernières années, l'intérêt de nombreux praticiens et chercheurs des relations sociales. Les comités d'entreprise européens, placés au coeur d'un paysage social émergent, offrent aux employés des multinationales de l'Espace économique européen l'opportunité de participer à la régulation de leurs conditions de travail. Dans cet ouvrage, les auteurs - tous deux professeurs et chercheurs des relations sociales - étudient les mécanismes par lesquels un comité d'entreprise européen devient capable de se positionner en tant qu'acteur des relations sociales, ou, pour reprendre l'expression des auteurs « de quelle manière des personnes étrangères l'une à l'autre peuvent s'unir en une équipe coopérative capable de faire preuve de support mutuel et de prendre part à la tâche commune européenne de représentation des intérêts au niveau des entreprises ». Pour fonder leur analyse, les auteurs s'appuient sur l'étude empirique de cinq comités d'entreprise européens considérés comme représentant les meilleures pratiques. Par la suite, ils explorent et analysent les conditions nécessaires à la mise en place d'un comportement solidaire transnational par le biais de différents cas concrets. Les résultats de cette recherche ont été discutés, en 2012, avec les différents comités d'entreprises européens.

(SD)

*** MAXIMILIAN FEDERHOFER: Europäisches Tarfirecht ? Zum Verhältnis von Grundfreiheiten und Grundrechten im Hinblick auf nationale Sachverhalte mit Tarifbezug. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Schriften zum Recht der Arbeit". 2013, 241 p., 54,95 €. ISBN 978-3-631-64415-7.

Bien que l'Union européenne ne soit pas habilitée à édicter des règlements touchant au droit de grève et à la liberté syndicale, les accords interprofessionnels conclus à l'échelle nationale doivent toutefois se conformer aux libertés fondamentales ancrées dans le droit européen. Ainsi l'auteur met-il en évidence que l'article 28 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union pose la première pierre d'un droit européen des négociations collectives en imposant certaines exigences au droit national - comblant par là même certaines lacunes observables, dans cette branche du droit, en matière de protection des libertés. Ne perdant jamais de vue la nécessité de préserver l'équilibre entre droits et libertés fondamentales et tenant compte des principes posés par la Convention européenne des droits de l'homme en la matière, l'auteur dessine les contours d'un droit européen des conventions collectives de travail permettant de concilier les différents intérêts contradictoires en présence.

(GLe)

*** JULIA STRASSER: Die Haftung bei Lohnwucher im Arbeitsrecht der USA. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Schriften zum Arbeitsrecht und Wirtschaftsrecht". 2014, 227 p., 59,95 €. ISBN 978-3-631-65000-4.

La thèse de Julia Strasser aborde la problématique de l'usure salariale - ou du salaire trop bas - survenant notamment à la fin d'une chaîne de sous-traitance. Après avoir présenté la législation américaine visant à éviter l'usure salariale - c'est-à-dire la Loi sur les normes du travail équitable de 1938 - ainsi que la jurisprudence qui en résulte, l'auteure se penche sur la situation en Europe afin d'offrir une analyse comparative de la problématique. Julia Strasser s'appuie pour ce faire sur le Livre vert de l'Union publié en 2006 et qui, à l'heure de la soutenance de cette thèse, devait encore se voir matérialisé par une directive. L'auteure étaye également son argumentation à partir des législations française - en abordant la Loi relative à la sous-traitance de 1975 - et allemande, tout en soulignant les lacunes de cette dernière.

(GLe)

*** JOSE PORFIRIO MIRANDA DE LA PARRA: Rationalität und Demokratie. Herausgegeben vom Centro de Estudios Filosóficos José Porfirio Miranda. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Europäisches Denken in deutscher Philosophie". 2013, 209 p., 35,95 €. ISBN 978-3-631-64333-4.

À l'appui d'une réflexion richement documentée, le philisophe Jose Porfirio Miranda de la Parra débute cet ouvrage par un examen approfondi des concepts fondamentaux de la philosophie et de l'éthique qu'il utilisera ensuite dans sa démonstration: la rationalité, la vérité et la justice. Tout au long de l'ouvrage - qui reprend ses thèses les plus importantes - l'auteur ouvre un débat avec différents sociologues (Habermas, Luhmann, Rawls) et philosophes (Adorno, Hegel, Rousseau) afin d'appuyer son raisonnement de manière - parfois violemment - critique. La lutte contre le relativisme et la recherche de la vérité constituent le fil conducteur de cet ouvrage qui s'appuye sur une méthode basée sur des définitions et des preuves. Par son analyse, l'auteur nous conduit à une réflexion critique de concepts clefs de la démocratie - la volonté générale et le vote majoritaire - et à un questionnement des rapports qu'entretiennent science et société.

(GLe)

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