Bruxelles, 18/06/2014 (Agence Europe) - Avec en toile de fond la crise ukrainienne et les risques pour la sécurité de l'approvisionnement de l'UE, la question du caractère à donner à un objectif en matière d'efficacité énergétique pour l'UE à l'horizon 2030 suscite un vif débat entre les Vingt-huit.
L'Allemagne milite pour un objectif d'économies d'énergie obligatoire à l'horizon 2030. « Nous n'avons vraiment pas réussi à prendre en compte l'importance de l'efficacité énergétique. Si nous parlons de réduction de la dépendance à l'égard des importations, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas profiter de l'un des outils disponibles pour y parvenir: les économies d'énergie », a insisté le ministre allemand de l'Économie, Sigmar Gabriel, lors du Conseil Énergie du 13 juin dernier, exhortant les Vingt-huit à opter pour un objectif contraignant pour l'efficacité énergétique au sein du cadre pour les politiques énergétique et climatique à l'horizon 2030. Vendredi dernier à Luxembourg, le ministre danois de l'Énergie, Helveg Petersen, de même que le commissaire Günther Oettinger, ont eux aussi plaidé pour un objectif contraignant.
Sur la base du projet mis sur la table en janvier par la Commission (EUROPE 11002), l'UE réfléchit toujours au caractère à donner à un objectif d'efficacité énergétique au sein du cadre 'Énergie/Climat' 2030, qui prévoit un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% par rapport à 1990 et un objectif d'énergies renouvelables d'au moins 27% de la consommation d'énergie primaire. Si l'efficacité énergétique est définie comme élément clé de ce cadre, qui doit être finalisé pour octobre, la Commission veut attendre la révision, cet été, de la directive 'efficacité énergétique' de 2012 avant de faire une proposition. L'UE s'est déjà dotée d'un objectif d'efficacité énergétique de 20% à l'horizon 2020, mais il n'est que volontaire. Pour atteindre un objectif contraignant, les États membres de l'UE devront réviser les normes de construction des bâtiments, l'isolation, les réseaux de chauffage, l'éclairage et les réseaux électriques.
L'essentiel du débat se concentre sur des modèles d'estimation du pourcentage des importations de gaz, pourcentage qui pourrait être réduit avec un niveau plus élevé d'efficacité énergétique. D'après un projet de document sur les évaluations de la Commission, cité par le Financial Times du 17 juin, un objectif d'efficacité énergétique accrue de 25% d'ici 2030 pourrait réduire les importations de gaz de l'UE de 9%, tandis qu'un objectif de 35% les diminuerait d'un tiers. L'Allemagne et le Danemark militent pour un objectif d'économies d'énergie « robuste », qui exigerait des États membres de l'UE d'économiser de 30% à 35% de carburant en 2030 par rapport à 2007, selon le quotidien britannique. L'efficacité énergétique étant considérée comme le moyen le plus rentable de réduire les émissions de gaz à effet de serre, Berlin en a fait un élément clé de sa sortie de l'énergie nucléaire. L'Allemagne veut se doter d'un parc immobilier quasi neutre en carbone d'ici 2050 et mise sur de fortes réductions de la consommation d'énergie dans les transports.
Si de nombreux États membres n'étaient pas très favorables à un objectif d'efficacité énergétique lors d'un premier examen du cadre 2030 au Conseil européen de printemps, la crise ukrainienne et les craintes d'une perturbation de l'approvisionnement en gaz russe ont changé la donne. Mais l'opposition à un objectif contraignant reste forte. Les pays d'Europe de l'Est craignent que des objectifs 2030 trop ambitieux engendrent des coûts disproportionnés, car ils nécessiteront une refonte des systèmes inefficaces de chauffage central de l'ère soviétique qui dominent en zone urbaine. Favorable à un objectif ambitieux pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le Royaume-Uni rejette pour sa part un objectif d'efficacité énergétique distinct, plaidant pour la liberté de choix des capitales quant à la manière de réduire leurs émissions.
Des craintes sont par ailleurs avancées, au niveau des experts de l'administration européenne, qu'un objectif d'efficacité énergétique contraignant fausse le système d'échange de quotas d'émissions. Un compromis en discussion prévoit la création d'un objectif obligatoire pour l'ensemble de l'UE plutôt que des objectifs contraignants spécifiques pour chaque État membre. Tandis que les discussions reposent sur un objectif de 30% à 35%, certains États membres préfèrent un objectif plus bas, à 27%. (EH)