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Bulletin Quotidien Europe N° 11097
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Europe, Russie, États-Unis: évolutions parfois divergentes et incertitudes

Positions qui divergent. L'Union européenne et les États-Unis donnent souvent l'impression de se comporter, à l'égard de la Russie, de façon changeante selon les sujets. Les Européens sont politiquement fermes, mais ouverts aux arrangements et aux compromis lorsque des aspects économiques sont en jeu, comme en France avec la fabrication de navires de guerre pour Moscou, ou en Allemagne pour le maintien des échanges commerciaux. Les Américains, autoritaires et rigides à propos de leurs relations économiques avec la Russie (qui, de toute manière, sont inexistantes), sauvegardent avec soin la coopération avec Moscou dans le domaine spatial: elle existe, mais on évite d'en parler.

Ukraine, État membre de l'UE ? Il faut s'efforcer de comprendre les raisons des différentes positions et des intérêts en jeu, d'autant plus que ceux de l'Europe ne sont pas toujours uniformes, ni évidents. L'Ukraine est l'enjeu le plus évident des divergences entre l'UE et la Russie. La légitimité du nouveau président ukrainien élu, Petro Porochenko, n'est pas en cause ; mais ceci n'implique pas que l'UE doive approuver toutes ses positions et demandes. L'ambassadeur ukrainien auprès de l'UE, Kostiantyn Yeliseiev, a estimé lors d'une conférence à Bruxelles (EUROPE 11093) que son pays doit avoir la perspective de devenir membre de l'UE, le plus tôt étant le mieux, en soulignant: « Nous avons besoin de la perspective de l'adhésion, nouvelle lumière au but du tunnel ». Une affirmation qui a suscité la réaction du chef de la délégation de l'UE à Kiev, Jan Tombinski, pour qui l'adhésion « n'est pas à l'agenda: il y a très souvent des débats sur des mauvaises questions, posées au mauvais moment ». Et il a expliqué: « Si l'Ukraine n'était pas en mesure de mettre en œuvre ce qu'il y a dans l'accord d'association, les autres questions ne se poseraient même pas, ce serait absurde. »

Ce qui signifie évidemment que Kiev doit d'abord prouver qu'elle remplit les conditions des liens avec Bruxelles déjà prévus, avant d'aller plus loin. Le souci prioritaire de l'UE concerne le redressement budgétaire de l'Ukraine (pour lequel, d'ailleurs, des financements significatifs sont prévus), ainsi que la clarté sur les richesses accumulées par les hommes d'affaires ukrainiens, accusés parfois d'abus et d'enrichissement douteux. M. Porochenko a aussi réclamé le retour de la Crimée à son pays, alors que plusieurs personnalités politiques européennes estiment que cette opération russe est à considérer comme acquise et acceptée.

A propos de la présidence de la Commission européenne. Un dossier qui soulève perplexités et incertitudes concerne la désignation, par le Conseil européen (chefs d'État ou de gouvernement des Vingt-huit), du futur président de la Commission européenne, nomination à transmettre au Parlement européen, qui doit ensuite la confirmer.

C'est une innovation colossale: pour la première fois, le président de la Commission européenne dépend d'un vote populaire. Mais cet exercice, introduit pour renforcer le caractère démocratique de l'institution, qui est souvent définie comme étant le 'pouvoir exécutif de l'UE', est devenu une querelle fondée sur des préoccupations nationales, avec des implications considérables. Si M. Juncker devenait président de la Commission, le Royaume-Uni perdrait la faculté d'attendre quelques années avant de se prononcer sur sa participation future à l'UE: il devrait décider tout de suite. Alors que le président américain a fait savoir qu'il souhaite que Londres reste dans l'UE, en déclarant: « Il est difficile pour moi d'imaginer que le projet européen puisse se réaliser sans le R.-U. ; et comment imaginer que ce soit positif pour Londres de rester exclu de décisions qui ont un impact énorme sur sa vie politique et économique ? ». C'est évidemment une question à poser à M. Cameron.

Les lecteurs de notre bulletin connaissent les positions en présence et les suggestions formulées. Parmi ces dernières, la désignation de la directrice du FMI, Christine Lagarde, pour présider la Commission était une idée bizarre ; elle-même l'a fermement démentie. La France a alors suggéré Pierre Moscovici, son ancien ministre des Finances. La liste des noms pourrait encore s'allonger.

Une seule issue. Tout est bloqué pour le moment. Le R.-U. demeure fermement opposé à la désignation de M. Juncker et il a le soutien des Pays-Bas, de la Suède et de la Hongrie. Selon le prochain président semestriel de l'UE, l'Italien Matteo Renzi, le futur président de la Commission devrait commencer par présenter en détail son programme ; ce ne serait pas une opération difficile pour M. Juncker, on peut lui faire confiance, mais ce serait une perte de temps.

En conclusion, je ne peux que répéter que la seule solution consiste à regrouper les nominations, en désignant en même temps le président de la Commission et celui du Conseil européen, ainsi que le Haut représentant pour la politique étrangère, en tenant compte de l'équilibre hommes/femmes. Ce n'est pas simple, mais c'est la seule issue. (FR)

 

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