Bruxelles, 08/05/2014 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) annoncera, en juin, de nouvelles mesures pour lutter contre le faible niveau actuel d'inflation dans la zone euro, lorsqu'elle disposera de données actualisées. La nature de ces mesures demeure inconnue à ce stade.
Il existe « un consensus » au sein du Conseil des gouverneurs pour ne pas se satisfaire du faible niveau actuel d'inflation et pour ne pas être résigné face à cette situation, a déclaré le président de la BCE, Mario Draghi, jeudi 8 mai à Bruxelles. À ce titre, « la BCE se sent à l'aise pour agir en juin », a-t-il ajouté, dans un langage rarement aussi explicite. D'ici à juin, l'Institut monétaire aura à sa disposition de nouvelles données qui lui permettront d'arrêter le type de mesure monétaire le plus approprié.
L'ancien gouverneur de la Banca d'Italia a avancé plusieurs arguments justifiant une telle annonce. Même si la reprise économique se confirme, elle demeure modeste et s'étend à un rythme lent. Figurent parmi les 'risques baissiers' pesant sur la croissance une diminution possible de la consommation, notamment hors de l'UE, les risques géopolitiques liés à la crise ukrainienne ainsi que le taux de change élevé de la monnaie unique qui constitue, à lui seul, une source de profonde inquiétude.
En avril, l'inflation dans l'eurozone a atteint 0,7%, en légère hausse par rapport à mars (0,5%). La mission de la BCE consiste à maintenir la hausse des prix en dessous, mais proche de 2%. L'institut de Francfort s'attend à ce que l'inflation demeure faible, avant de repartir graduellement à la hausse en 2015 pour se rapprocher de son objectif uniquement fin 2016. Dans un contexte de faible croissance et de taux de change élevé de l'euro, il réitère sa position unanime selon laquelle il utilisera des moyens « mêmes non conventionnels » pour affronter « les risques d'une période trop prolongée de faible inflation ».
Quelles mesures pourrait adopter la BCE le mois prochain ? Le Conseil des gouverneurs a tenu une discussion « sur tous les instruments » possibles à court et moyen termes, a indiqué M. Draghi. La BCE pourrait d'abord agir sur ses taux directeurs qu'elle a d'ailleurs laissé inchangés, jeudi. Est notamment évoquée la possibilité d'introduire des taux d'intérêt négatifs pour les dépôts que les banques effectuent à son guichet. D'autres options concernent l'injection massive - ciblée ou non - de liquidités ou le lancement d'un programme de rachat de titres privés et/ou publics sur les marchés. Ce 'quantitative easing' à l'européenne, qui engagerait la BCE sur la durée, pourrait demander plus de temps pour être lancé.
Les bourses européennes étaient en hausse et la valeur de l'euro en baisse par rapport au dollar après l'annonce de la BCE, jeudi après-midi.
Ukraine. Le président de l'institut monétaire a évoqué les tensions géopolitiques en Ukraine. L'afflux de capitaux en Europe, provenant notamment des frontières orientales de l'UE, contribue à accroître la valeur de l'euro, a reconnu M. Draghi. Il n'a pas vu de problèmes particuliers à ce qu'une partie de ces capitaux échouent à Chypre, même s'il ne dispose pas de données sur cette question. Un groupe spécifique a été constitué au sein du Comité européen du risque systémique et par plusieurs banques centrales nationales, pour suivre l'impact de la crise ukrainienne sur l'économie de la zone euro.
Interrogé sur l'importance d'aller voter aux élections européennes du 25 mai, M. Draghi s'est prononcé contre la tentation du repli national, voire nationaliste. La crise que nous avons traversée n'aurait pas été aussi sévère si nous avions eu plus d'intégration en Europe, a-t-il estimé. Il n'a pas répondu à une question lui demandant s'il était favorable à la création d'un poste de président permanent de l'Eurogroupe, alors que le ministre néerlandais Jeroen Dijsselbloem, l'actuel chef de file des ministres des Finances de la zone euro, a assisté à la réunion du Conseil des gouverneurs (voir autre nouvelle). (MB)