*** TANGUY DE WILDE D'ESTMAEL, TANGUY STRUYE DE SWIELANDE: La Chine sur la scène internationale. Vers une puissance responsable. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@pertelang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Géopolitique et résolution des conflits / Geopolitics and Conflict Resolution », n° 14. 2012, 512 p., 58,90 €. ISBN 978-2-87574-003-8
« Quand la Chine s'éveillera… », nous prédisait Alain Peyrefitte en 1978, avec la promesse d'en trembler. La Chine s'est éveillée et offre, plutôt, un tableau contrasté et, par certains aspects, paradoxal, alliant cryptocommunisme et un capitalisme aux allures parfois sauvages, mais aussi une puissance potentiellement menaçante et, en même temps, le déploiement d'un « soft power » dont le seul exemple serait celui de l'Europe communautaire, si l'on en croit les auteurs de cet ouvrage. Tous deux professeurs à l'Université catholique de Louvain où l'un, Tanguy de Wilde d'Estmael, enseigne les sciences politiques et l'autre, Tanguy Struye de Swielande, les relations internationales, ils y soulignent la « nouveauté » que représente cette curieuse puissance dans un monde lui-même en pleine mutation: « La mentalité impériale ne concevait les rapports avec les autres que sous l'angle de l'allégeance ou de la vassalité et non sur le mode du rapport égalitaire. Aujourd'hui, la Chine se projette sur la scène internationale avec, certes, un attachement farouche à la souveraineté étatique, mais en postulant ipso facto une égalité entre Etats », expliquent-ils en observant une « ascension pacifique » - malgré les annonces récentes de Pékin sur la modernisation de son armée - qui suscite l'envie de creuser le sujet, notamment en établissant le parallèle avec l'autre puissance en devenir, l'Union européenne, mais aussi avec les autres BRIC.
« Si Pékin tient un discours recyclant à bien des égards les principes de la coexistence pacifique, la réalité ne peut toutefois être éludée: la Chine est une puissance » qui rompt avec un passé où les Empereurs jugeaient « déraisonnable » d'influer sur un monde extérieur dont « l'infortune » serait d'être inférieur, en se projetant désormais au-delà de sa sphère.
L'Afrique est l'exemple parfait de l'application de cette nouvelle doctrine. Ce serait, selon les deux auteurs, la « stratégie d'une puissance émergente (…) qui n'a pas encore identifié un nouvel adversaire » et qui évite « le risque de provoquer les autres puissances du globe ». Le débat serait de savoir s'il s'agit de « retenue ou de défiance » de la part d'un pays qui pratique un jeu du « wei-ch'i » (jeu de go) qui est fait d'affrontements indirects par lequel son industrie place « subtilement ses pions sur l'échiquier international, sans que l'Occident ne s'en rende toujours compte ». Le jeu ne serait limité que par la « grande vulnérabilité » d'une économie amplement décrite dans le livre. La Chine déploierait en même temps une « infosphère » impressionnante pour peser sur le récit médiatique mondial et pour marquer son lent et patient déploiement sur la scène internationale.
Sur les relations avec l'Europe et les comparaisons avec elle, les auteurs du livre retiennent que la Chine et l'Union « ont au moins deux points communs »: « dans la dernière partie du 20e siècle, elles incarnaient, chacune à sa manière bien différente, une sorte de troisième voie dans la bipolarité ambiante ; et au 21e siècle, elles ne laissent pas d'intriguer à propos du type de puissances qu'elles développent ». Ce sont, selon eux, deux « puissances normatives » qui proposent plus leurs normes - ou leurs modèles - que leur domination, dont, de la part de l'Union européenne, un « messianisme démocratique » aux relents parfois « néocolonialistes ». Dans ce contexte, l'embargo européen sur les armes vers la Chine, encore et toujours maintenu, n'aurait aucun lien avec les évènements de Tien An Men, mais serait une simple carte à jouer…
Fathi B'Chir
*** SOTIRIS PETROPOULOS, ASTERIOS CHOULIARAS (sous la dir. de): La Chine et les autres. Les relations entre la Chine, l'Europe et le monde. Editions Papazisi (2 Nikitara, GR-10678 Athènes. Tél.: (30-210) 3822496 - fax: 3809020 - Courriel: papazisi@otenet.gr - Internet: http://www.papazisi.gr ). 2014, 404 p., 20 €. ISBN 978-960-02-2780-2.
Pour la plupart des analystes, la Chine est bien placée, avec ses dimensions géographique et démographique, son dynamisme économique et le savoir-faire de ses dirigeants politiques, pour asseoir son hégémonie au plan mondial. Bien sûr, rien n'est acquis à ce stade: il lui faut d'abord poursuivre sa croissance et, d'autre part, maintenir la stabilité politique en son sein, ce qui n'est pas garanti. Bien que beaucoup d'observateurs parlent déjà de « superpuissance montante » et de « siècle chinois », il convient donc de rester prudent. C'est d'autant plus vrai que, ainsi que le rappellent les auteurs de ce livre, les prévisions dans le domaine des sciences sociales sont toujours précaires. Quoi qu'il en soir, cet ouvrage collectif apporte des réponses à une série de questions importantes. Par exemple, pourquoi les relations de la Chine populaire avec la Grèce devraient-elles être considérées dans le contexte plus large des relations entre la Chine, l'Europe et les États-Unis ? Comment les dirigeants de Washington tentent-t-il de parvenir à un équilibre entre la Chine comme partenaire économique et comme concurrent géopolitique ? Avec, en fin de compte, cette question cruciale: est-il possible d'empêcher un géant économique de se comporter comme une superpuissance ? Les analyses détaillées qui sont offertes dans les treize chapitres du livre, œuvres de chercheurs ayant opéré sous la direction de deux professeurs à l'Université d'Athènes, permettent de disposer d'une image plus précise de l'importance de la Chine et, partant, de mieux saisir les enjeux internationaux complexes du temps présent.
(AKa)
*** TADEUSZ BUKSINSKI (sous la dir. de): Identities and Modernizations. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Dia-Logos / Studies in Philosophy and Social Science ». 2013, 312 p., 57,95 €. ISBN 978-3-631-64497-3.
Comment poursuivre la modernisation tout en préservant l'identité collective ? Cette question a été le moteur d'un colloque organisé par l'Université Adam Mickiewicz à Poznañ, en Pologne, sur le thème « Identités et modernisations ». Observant les similitudes propres aux processus de modernisation de la Chine et de l'Europe centrale et occidentale, des théoriciens et chercheurs venus de ces mêmes régions s'accordent à conclure que si « nulle modernisation de l'économie, de la technologie ou de la science n'est possible sans une modernisation préalable de l'identité collective (c'est-à-dire de la culture, de la tradition, de la religion et de la spiritualité en général) », il n'en demeure pas moins qu'une « modernisation effective à long terme ne peut être atteinte au mépris de la tradition, de la culture et de la religion ». En effet, si la modernisation socialiste qui a pris place tant en Europe centrale qu'en Chine au XXème siècle a apporté croissance et industrialisation, le processus de développement a toutefois été atteint au prix d'une réelle destruction des identités culturelles traditionnelles et est resté ainsi limité dans le temps. Une fois la version totalitaire du modèle politique socialiste démantelée, chacune de ces régions s'est à nouveau retournée vers un modèle en phase avec son identité culturelle traditionnelle. Questionnant la nature du processus de modification des identités culturelles, les auteurs de cet ouvrage s'accordent à rejeter tant la théorie des modernités multiples qu'une vision uniforme du développement de la modernisation. Ils dégagent ainsi l'idée d'une théorie de la modernisation « dispersée », « compliquée » ou encore « harmonieuse ». Une théorie qui décrit un processus à plusieurs niveaux et ainsi les interactions mutuelles entre culture, technologie, économie et politique. Le recueil se décline en trois parties. Après une réflexion consacrée à la modernisation et aux identités en Europe centrale et occidentale, les auteurs se penchent sur la question de la modernité en Chine. L'étude se termine sur une analyse de l'universalisme des modèles de modernisation et du particularisme des identités.
(SD)
*** EKAVI ATHANASSOPOULOU: Alliés mais pas amis. États-Unis / Turquie, 1979-2000. Éditions Epikentro (9 Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256146 - fax: 0254148 - Internet: books@epikentro.gr). 2013, 280 p., 19 €. ISBN 978-960458342-3.
Au cours de la dernière décennie, les relations américano-turques sont entrées dans une phase d'inflexion significative. Ankara a cherché à imposer, à la surprise et au grand dam des dirigeants américains, un ton nouveau dans le dialogue avec Washington, réclamant essentiellement que la Turquie soit considérée par les États-Unis comme un partenaire sur un même pied d'égalité. Cette évolution de la position turque et la réaction américaine qui en a résulté trouvent leurs explications en remontant aux modifications de la relation stratégique entre les États-Unis et la Turquie qui ont été enregistrées au cours des années 80 et 90. Enseignant les relations internationales au département de science politique et d'administration publique de l'Université d'Athènes, Ekavi Athanassopoulou offre, dans cet ouvrage, un point de vue différent sur l'évolution de ces relations bilatérales et éclaire certains aspects restés dans l'ombre jusqu'à présent.
(AKa)
*** QUENTIN MICHEL, SYLVAIN PAILE, MARYNA TSUKANOVA, ANDREA VISKI: Controlling the Trade of Dual-Use Goods. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Non-proliferation and Security ». 2013, 122 p., 38,50 €. ISBN 978-2-87574-077-9.
Si le souci de limiter l'utilisation et la prolifération des armes de destruction massive émerge dès les premiers récits de guerre, cette ambition acquiert une importance grandissante à travers l'évolution de nos sociétés. L'avènement de nouvelles technologies, tant chimiques que bactériologiques, radiologiques ou encore nucléaires, a décuplé le potentiel des armes de destruction massive. En outre, la mondialisation facilite la prolifération de telles armes, ainsi que leur utilisation par des acteurs étatiques et non-étatiques. Dans ce contexte, la communauté internationale régule le commerce de biens dits « à double usage ». Quoique généralement destinés à une utilisation pacifique, les biens à double usage peuvent potentiellement contribuer à l'élaboration d'armes de destruction massive. De ce fait, un régime complexe de contrôle à l'export encadre la circulation de ce type de biens. Ce régime doit préserver l'équilibre fragile qui lie sécurité internationale et activité économique légitime. Dans cet ouvrage en trois parties, des chercheurs de l'Université de Liège et de l'International Peace Research Institute de Stockholm décrivent et expliquent en détail le régime de contrôle à l'exportation qui s'applique aux biens à double usage. Comme nous l'indiquent les auteurs, ce régime « est pluriel car il n'y a pas une mesure indépendante de contrôle, mais plutôt une série de mesures, fonctionnant à l'unisson et destinées à adresser l'un des éléments lié à prolifération des armes nucléaires: le flot des biens pouvant potentiellement être utilisés à des fins de destruction massive ». Les auteurs répondent dans ce contexte à trois questions centrales: pourquoi contrôler, que contrôler et comment ? Une première partie vise à définir les concepts utilisés, les replaçant dans un contexte politique de prolifération nucléaire. Cette même partie passe en revue les principaux instruments juridiques et de droit souple mis en œuvre, particulièrement aux États-Unis et en Europe. Les auteurs analysent ensuite le champ d'application du régime pour finalement expliquer divers éléments liées à l'obtention de licences et d'autorisations à l'exportation.
(SD)
*** THEODORA ZIOPOULOU: Les questions de délimitation des zones maritimes et des îles et le droit international: l'approche dans la jurisprudence des tribunaux internationaux. Éditions I Sideris (116 Solonos Str., GR-10681 Athènes. Tél.: (30-210) 3833434 - fax: 3832294 - Courriel: contact@isideris.gr - Internet: http://www.isideris.gr ). 2013, 161 p., 12,78 €. ISBN 978-960-08-0618-2.
Le statut des régions insulaires est défini dans la Convention sur le droit de la mer de 1982, ainsi que les zones reconnues comme îles maritimes. Les questions abordées dans ce livre sont de savoir quelle est la pratique des États en la matière et comment les conflits relatifs à la délimitation maritime sont résolus dans les différentes juridictions internationales. D'après Theodora Ziopoulou, chercheuse à l'Institut des Relations Internationales (IDIS), la délimitation des zones maritimes est une question complexe, en particulier lorsque des îles sont dispersées entre des États voisins. Cette délimitation touche, en effet, aux questions sensibles que sont la souveraineté et les intérêts économiques, ce qui ne manque pas d'affecter de manière parfois considérable les relations entre des pays voisins. Les difficultés qu'il y a à appliquer et à interpréter les dispositions de la Convention sur le droit de la mer sont analysées dans cet ouvrage, l'auteur montrant que les États sont souvent incapables de s'entendre dans le cadre de négociations bilatérales et qu'ils doivent finalement se résoudre à porter leurs différends en justice, le plus souvent devant le Tribunal de La Haye.
(AKa)
*** KLAUS-DIETER ERTLER, MARTIN LÖSCHNIGG, YVONNE VÖLKL (sous la dir. de): Europe - Canada. Transcultural Perspectives / Perspectives transculturelles. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Canadiana", n° 14. 2013, 246 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-62943-7.
Prolongeant une conférence organisée par le Centre d'études canadiennes à l'Université de Graz en décembre 2012, les essais réunis dans ce volume s'intéressent aux évolutions sociales et culturelles observées dans un contexte transculturel au Canada et en Europe, les auteurs - qui sont au nombre de dix-huit et viennent tous du monde académique - mettant particulièrement l'accent sur l'interdépendance, l'interaction et le mélange de phénomènes culturel à travers l'Atlantique. La quête vise notamment à apporter des réponses à la question de savoir comment les Canadiens et les Européens voient leur histoire mutuelle et leur patrimoine culturel commun en ce début de nouveau millénaire. Ainsi que l'expliquent les coordinateurs de l'ouvrage dans leur introduction, l'immigration importante en provenance notamment d'Asie, d'Afrique, du Proche-Orient et d'Amérique latine ainsi que la reconnaissance officielle des Premières Nations ont fait du Canada une « mosaïque multiculturelle » qui pourrait fort bien servir de « modèle pour les cultures et les sociétés en cours de transformation du Vieux Monde ».
(PBo)