*** DÉBORAH LASSALLE: L'Europe de l'intérêt général. Academia - L'Harmattan (29 Grand' Place, B-1348 Louvain-la-Neuve. Tél.: (32-10) 452395 - fax: 454480 - Courriel: info@librairie-academia.be - Internet: http://www.editions-academia.be ). Collection "Publications de l'Institut européen de l'Université de Genève", n° 11. 2013, 317 p., 35 € (Belgique, France) ou 37 €. ISBN 978-2-8061-0043-6.
Prolongement d'une thèse de doctorat soutenue à l'Université de Genève voici un peu moins de trois ans, cet ouvrage invite à une plongée dans ce qui fait la spécificité de la Commission européenne, à savoir le fait qu'elle ait la charge d'être « le porte-voix de l'intérêt général européen », ainsi que l'avait dit le président José Manuel Barroso lors de la cérémonie de prestation de serment de sa dernière Commission devant la Cour de justice en mai 2010. Si la Commission est restée, depuis l'époque de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier au début des années 50, « l'institution centrale du processus d'intégration européenne », c'est parce qu'elle n'a cessé d'être l'institution - sans précédent dans l'histoire, de l'Europe et du monde - chargée d'assurer la promotion de l'intérêt général. Voilà qui, assurément, méritait bien une thèse de doctorat qui porte loin le regard, bien au-delà des frontières juridiques et des œillères disciplinaires - ce à quoi le Pr. Nicolas Levrat a veillé en sa qualité de directeur de thèse…
L'ouvrage est structuré en quatre parties. Dans la première, l'intérêt général est appréhendé comme concept de légitimation, notamment sous l'angle du « déficit de légitimité » du droit dérivé européen. Aussitôt après, Déborah Lassalle décrypte « l'indétermination conceptuelle de l'intérêt général européen au sein du droit européen », entre autres à la lumière de « l'outil d'intégration » que cet intérêt général devient entre les mains du juge européen. Dans la troisième partie, ce sont les modalités de « l'incarnation par la Commission de l'intérêt général européen » qui sont présentées et explorées, avant que le concept ne soit pratiquement testé à travers la politique européenne de l'environnement, qu'il s'agisse du critère de participation dans le cas de la législation chimique Reach ou du principe de subsidiarité dans le cas du marché européen du carbone.
Il va de soi qu'un travail de cette nature ne se prête pas aux résumés. Seules quelques lignes de force de ce travail peuvent donc être arbitrairement mises en exergue dans cette Bibliothèque européenne. Par exemple, Déborah Lassale argue d'emblée que « l'intérêt général européen se différencie de l'intérêt général national et de l'intérêt commun international dans son incarnation par la Commission européenne », celle-ci ayant depuis toujours à jouer un « rôle politique majeur de légitimation du droit dérivé ». Avec son « Livre blanc » sur la gouvernance européenne de 2001, la Commission s'est donnée la mission de développer un droit dérivé ancré dans les principes de primauté face aux droits nationaux et de subsidiarité lorsqu'elle le met en œuvre, ainsi que dans la solidarité. Pour l'auteur, l'assise de l'intérêt général européen consiste à assurer à la Commission les moyens d'assumer un « rôle d'interprète et de médiateur » que la Cour de Luxembourg lui reconnaît volontiers. Toutefois, le traité de Lisbonne est venu apporter « son comptant d'incertitudes dans le monopole de l'intérêt général européen réservé à la Commission » en ce que l'irrésistible montée en puissance du Conseil européen « modifie fortement la donne de la gouvernance » et fait émerger des concurrents de la Commission en la personne, en particulier, du président stable du Conseil européen. Toutefois, s'agit-il bien d'une révolution ? Peut-être pas car la Commission, contrairement à Herman Van Rompuy et à celui ou celle qui lui succédera, continue à imposer d'importantes « ressources pour imposer sa vision au sein du Conseil européen et auprès des États membres », elle qui gagne en outre, grâce au traité de Lisbonne, une « certaine maîtrise de l'agenda du Conseil européen ».
Entre-temps aussi, la crise économique et financière est venue révéler la difficulté, pour le Conseil européen, de toujours « formuler de l'intérêt commun européen ». De la sorte, n'a-t-il pas été, paradoxalement, la plus belle preuve du caractère indispensable d'une Commission médiatrice car indépendante ? Michel Theys
*** ANTONIS ELLINAS, EZRA SULEIMAN: La Commission européenne et l'autonomie bureaucratique. Les protecteurs de l'Europe. Editions Epikentro (9 rue Kamvounion, GR-54621 Thessalonique. Tél.: (30-231) 0256146 - fax: 0256148 - Courriel: books@epikentro.gr - Internet: http://www.epikentro.gr ). 2013, 296 p., 19 €. ISBN 978-960458427-7.
Ce livre est le fruit d'une recherche sur la politique bureaucratique innovante qui contribue de manière originale et très significative à l'étude de l'Union européenne. Ses auteurs montrent comment l'administration de la Commission européenne - l'une des plus puissantes au monde, elle qui influence la vie de quelque 500 millions de citoyens européens… - utilise ses propres ressources pour promouvoir son autonomie. Depuis ces deux dernières décennies, l'institution « Commission » est sur la défensive, les dirigeants politiques cherchant à dompter sa puissance. Antonis Ellinas, professeur adjoint de sciences politiques à l'Université de Chypre, et Ezra Suleiman, professeur de relations internationales qui a été le fondateur et l'ancien directeur du programme sur la politique européenne et la société à l'Université de Princeton, examinent dans ces pages la lutte que mène l'administration pour maintenir son autonomie par rapport aux politiques. A travers le profil de près de deux cents hauts fonctionnaires de la Commission, ils révèlent la complexité de cette institution et procèdent à une analyse majeure de la culture cohérente de la supranationalité que les hauts fonctionnaires développent à Bruxelles, au service d'une Union pourtant constituée d'un ensemble de plus en plus disparate d'États membres. Malgré les critiques sévères de l'élite politique, ces bureaucrates parviennent ainsi, selon les auteurs, à éviter le contrôle des dirigeants politiques et à rester au cœur du jeu. Ils en seraient même les véritables « patrons », la structure à plusieurs têtes de l'autorité politique de l'Union limitant la capacité des dirigeants politiques européens nationaux de freiner l'autonomie de la Commission, leur résistance ayant seulement pour effet de saper la légitimité de l'organisation, celle-ci essuyant des attaques politiques persistantes. Les riches données de l'enquête tendent à prouver que les bureaucrates de la Commission continuent à s'imposer comme les « gardiens de l'Europe ». (AKa)
*** MICHEL CLAESSENS: Petit éloge de l'incompétence. Editions Quae (RD 10, F-78026 Versailles Cedex. Tél.: (33-1) 30833406 - fax: 30833449 - Courriel: serviceclients@quae.fr - Internet: http://www.quae.com ). 2013, 135 p., 16 €. ISBN 978-2-7592-2070-0.
Inclassable, ce petit essai est jouissif. A la fois scientifique et spécialiste de la communication, Michel Claessens fut longtemps actif au sein de la DG Recherche de la Commission avant de devenir le responsable du service de communication du programme Iter, à savoir le réacteur international et expérimental en construction en France. Un homme on ne peut plus sérieux donc, mais si sérieux même qu'il invite, dans ces pages écrites de manière limpide, à considérer l'incompétence comme une compétence comme les autres, assurant: « A côté des aptitudes et des acquis que la société doit évidemment promouvoir et développer, n'ayons pas peur de la voir en nous » puisqu'il existe des pistes intéressantes pour l'exploiter de façon… « constructive ». Aux yeux de l'auteur, les notions de compétence et d'incompétence sont aujourd'hui à redéfinir, tant il est vrai que la première peut se révéler destructrice - il en montre des exemples - et que la seconde peut s'avérer créatrice - là aussi, exemples concrets à l'appui. L'un des premiers mérite de cet essai pétri d'intelligence est de rappeler que « qui possède le savoir n'apporte pas toujours la raison » et, donc, n'a pas toujours raison… (MT)
*** JAN BÜCHEL: Fernsehen für Europa. Transnationale mediale Öffentlichkeit als kulturpolitischer Auftrag der EU. Peter Lang (1 Moosstrasse, P.O. Box 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Studien zur Kulturpolitik". 2013, 300 p., 49,95 €. ISBN 978-3-631-62904-8.
Dans ce livre, Jan Büchel part du principe que la télévision est le moyen d'information le plus influent et qu'elle doit, à ce titre, contribuer au renforcement de l'idée européenne en offrant des informations appropriées sur l'Europe. Afin de pouvoir déterminer les missions revenant à un canal de télévision européen, l'auteur traite à titre préalable les concepts d'espace public, d'identité, de culture, de communication et de multilinguisme, en soulignant le caractère indispensable de ce dernier. Il tente aussi de proposer des méthodes de communication qui soient opérationnelles à l'échelle européenne (outre le problème de la langue est également traité celui de la perception et des habitudes des téléspectateurs et de l'ensemble des défis à relever pour pouvoir toucher un vaste public européen). Vient ensuite une étude comparative de l'organisation des services publics audiovisuels dans six pays d'Europe (Allemagne, Angleterre, France, Italie, Hongrie, Lituanie), puis la genèse et l'histoire des chaînes ayant tenté de transcender les frontières nationales, leurs réussites ou leurs échecs faisant l'objet d'une analyse. A partir de là, Jan Büchel tente d'établir un degré d'européanisation de six chaînes à vocation européenne actuellement en service en prenant en compte cinq éléments quantitatifs (nombre d'acteurs institutionnels de différents pays impliqués dans le projet, nombre de langues proposées, nombre de personnes pouvant capter la chaîne, etc.) et quatre éléments qualitatifs (qualité et solidité du plan de financement à long terme, degré d'indépendance du média, etc.). Ces données sont ensuite synthétisées sous différentes formes graphiques, pour chacune des chaînes étudiées. Cette partie, qui est l'aboutissement de la thèse servant de base au livre, témoigne de rigueur et de méthode ; elle apporte un agrément esthétique, même si elle encourt parfois le risque d'un certain simplisme. D'une manière générale, le grand mérite de ce travail est d'être animé par une véritable conviction pro-européenne et de souligner les réussites de chaînes à vocation européenne, mais aussi de poser de vrais problèmes relatifs à la communication et aux médias à l'intérieur de l'Europe, de faire preuve d'un esprit critique aigu (mais constructif) sur ce qui n'a pas fonctionné et de mettre les lecteurs en garde contre des erreurs à ne pas commettre. (GLe)
*** MICHAEL FISCHER (sous la dir. de): Kunst als Marke europäischer Identität. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Subjekt und Kulturalität". 2013, 278 p., 56,95 €. ISBN 978-3-631-62948-2.
Tout comme la politique et l'économie, l'art et l'héritage culturel sont des facteurs d'intégration européenne ! Cette idée centrale sert de fil conducteur à ce recueil d'articles, chacun d'eux présentant une réflexion sur l'art et soulignant en quoi celui-ci constitue un marqueur identitaire européen. Les thèmes suivants occupent dans ce recueil une place particulière: le rôle des arts théâtraux, dans lesquels certains auteurs voient notamment un vecteur des Lumières à l'échelle européenne ; la question de la communication entre les différentes cultures et civilisations, notamment étayée par un point de vue japonais ; l'apport de la culture espagnole, que ce soit par la littérature, le théâtre ou le flamenco. (GLe)
*** LAURENT DIOUF, ANNE VINCENT, ANNE-CECILE WORMS: Les arts numériques. Centre de recherche et d'information socio-politiques (Crisp, 1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Courriel: info@crisp.be - Internet: http://www.crisp.be ). Collection « Dossiers du Crisp », n° 81. 2013, 84 p., 7,50 €. ISBN 978-2-87075-121-3.
Trouvant leurs racines dans le mouvement dadaïste des années 20, les arts numériques ont contribué, en s'ouvrant aux technologies numériques et aux médias interactifs, à remettre en question les notions d'œuvre d'art, de public et d'artiste. Appliqué à l'art, le qualificatif « numérique » ne fait pas non plus l'unanimité sous toutes les latitudes. D'où l'intérêt de ce Dossier du Crisp qui, dans un premier temps, examine les définitions des arts numériques, en dresse une typologie, en décrit l'évolution et analyse leurs canaux de diffusion. Dans la seconde partie, les auteurs se penchent sur la situation qui leur est réservée dans la partie francophone de la Belgique. (PBo)
*** Futuribles. L'anticipation au service de l'action. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Janvier-février 2014, n° 398, 144 p., 22 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-411-6.
Ce numéro de Futuribles s'ouvre sur une contribution que le chercheur Pierre Moeglin (Université Paris 13) consacre à l'impact des technologies de l'information et de la communication, de la généralisation de l'Internet en particulier, sur l'enseignement supérieur. Il relativise le caractère novateur de la « multiplication des cours en ligne ouverts à un large public » tout en analysant les tenants et aboutissants des nouvelles formes d'enseignement à distance qui sont toutefois annonciatrices, selon lui, de mutations importantes dans les secteurs éducatif et culturel, avec les conséquences économiques qui en découleront. A noter aussi, entre autres, « l'émergence d'un néopopulisme européen » qu'observe et analyse Jean-François Drevet, le risque étant, pour le prochain Parlement européen, que les députés d'extrême droite ne parviennent à s'organiser en « Alliance eurosceptique européenne ». (MT)
*** Etudier ou enseigner à l'étranger 2014 - 2015. Wallonie-Bruxelles International (2 place Sainctelette, B-1080 Bruxelles. Tél.: (32-2) 4218211 - fax: 4218787 - Courriel: wbi@wbi.be - Internet: http://www.wbi.be ). 2013, 146 p..
Destinée aux jeunes francophones de Belgique, cette brochure publiée par un département de la Communauté française Wallonie-Bruxelles est de nature de donner des idées à tous les jeunes d'Europe tentés par la mobilité. Consultable sur Internet (http://www.wbi.be/etudierouenseigner ), ce guide présente différentes bourses d'études et postes d'enseignants disponibles. Outre les programmes nationaux, des informations utiles sont données sur différents programmes des institutions européennes et sur les facilités offertes par d'autres institutions internationales. (PBo)