Bruxelles, 14/02/2014 (Agence Europe) - La Tunisie recevra de l'UE un appui macroéconomique de l'UE de l'ordre de 300 millions d'euros. Le chiffre n'est pas encore officiellement annoncé. Le montant indique qu'une rallonge de 50 millions d'euros est consentie, en plus des 250 millions envisagés de longue date. La particularité de cette aide macroéconomique sera accordée sous forme de prêt. La Tunisie n'étant pas, pour l'UE, « assez pauvre » pour mériter un don.
L'annonce a été faite lors d'une audition, jeudi 13 février, au Parlement européen, à l'invitation de la délégation pour la coopération avec le Maghreb à laquelle participait le président de l'ANC (Assemblée nationale constituante) tunisienne, Mustapha Ben Jaafar, accompagné de sept députés dont un de l'opposition. Un débat y a été mené, bien souvent entre Tunisiens et devant une assistance d'eurodéputés clairsemée.
Après les discours de bienvenue, venant notamment d'Elkmar Brok, (PPE, allemand), président de la commission des affaires étrangères du PE, le représentant du Service européen pour l'action extérieure (SEAE), Bernard Savage, chef d'Unité pour le Maghreb, a dressé un état des relations euro-tunisiennes et réaffirmé le plein appui à ce pays désormais proposé comme modèle de démocratisation pour la région. « Le socle de nos appuis sera l'accord d'association » et, à ce titre, des pourparlers en cours visent à en approfondir le contenu, notamment sur le commerce, l'économique et le social, l'amélioration de l'environnement des affaires, et aussi pour assurer l'intégration de ce pays dans le marché intérieur communautaire à travers un alignement sur les normes européennes, sans oublier l'objectif d'ouvrir le marché des services. Un Conseil d'association sera convoqué en avril, a annoncé M. Savage. Bientôt, les deux parties adopteront, a-t-il ajouté, une « matrice » qui fixera des objectifs concrets à la coopération et seront ensuite ouverts « des chantiers » devant faire de la Tunisie un « partenaire privilégié » notamment par la mise au point d'un « accord de mobilité » (allègement des obstacles à l'entrée au territoire européen pour une catégorie de la population tunisienne). Un autre axe sera la sécurité et une coopération dans ce domaine est à l'étude, a précisé le représentant du SEAE.
Lors des débats, parmi les cinq eurodéputés, Carmen Romero et Ines Ayala, toutes deux socialistes espagnoles, ont regretté l'absence de femmes députées dans la délégation tunisienne. Elles ont aussi abordé divers aspects liés au texte de la Constitution récemment adoptée et aux débats législatifs en cours pour une nouvelle loi électorale. Les débats entre Tunisiens présents ont montré que les jeux ne sont pas encore faits. Pour sa part, l'UE, Parlement et SEAE, ont affirmé leur pleine disposition à soutenir le processus électoral et à envoyer une mission d'observation. Malika BenArab-Attou (Verts/ALE, française) a, pour sa part, regretté que la Constitution tunisienne fige l'usage des langues à l'arabe, négligeant la langue et la culture berbères (amazigh). Un député tunisien a appelé l'UE à soutenir avec plus de détermination la récupération des avoirs financiers spoliés par le président déchu et ses proches. Le président de l'ANC, Mustapha Ben Jaafar, a remercié le Parlement européen pour le soutien apporté aux démocrates tunisiennes avant la « révolution » comme après et il a affirmé que « si la volonté politique existe l'UE peut faire plus » pour la Tunisie.
Une déclaration commune a été publiée en fin de journée. On s'y est félicité de « l''adoption de la nouvelle Constitution, fruit d'un consensus laborieux émergé des forces vives de la société, de la place primordiale accordée aux droits fondamentaux, à l'égalité homme-femme, et à la liberté de religion et de conscience » La déclaration forme par ailleurs le voeu que la nouvelle Constitution « serve de cadre solide pour accompagner la Tunisie dans sa transition démocratique ».
Prenant bonne note de l'octroi promis d'un prêt de 300 millions d'euros, les parlementaires souhaitent que ces montants soient affectés au développement des régions délaissées. Enfin, ils « considèrent opportune la création d'une Commission parlementaire mixte (CPM) afin de mieux structurer la coopération et se proposent d'examiner les modalités de son fonctionnement ». Le président de l'ANC a aussi cité dans ses conclusions, au terme de l'audition, la Palestine, estimant que l'Europe « ne fait pas assez ». M. Ben Jaafar a été reçu mercredi en fin de journée par le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. (FB)