Bruxelles, 14/02/2014 (Agence Europe) - Intervenant à l'occasion d'un point presse avec le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a réagi aux annonces faites mercredi 12 février par le gouvernement suisse selon lesquelles un projet de loi sr l'immigration serait prêt d'ici à la fin de l'année et a menacé Berne de se voir priver de tout accès au marché intérieur. « C'est vrai que je suis un ami de la Suisse, j'y ai vécu beaucoup de temps, c'est un pays que j'admire et que j'aime beaucoup. Ceci dit, en tant que président de la Commission, je dois, bien sûr, défendre l'intérêt général européen. Et la vérité c'est que nous offrons à la Suisse une situation exceptionnelle », a-t-il affirmé. « La Suisse a un accès sans restrictions à notre marché intérieur. Les Suisses peuvent s'établir partout en Europe. Il y a environ 430 000 Suisses dans l'UE, qui vivent et travaillent ici. Alors, ce n'est pas juste que l'Europe offre à la Suisse ces conditions et, qu'après, la Suisse n'offre pas les mêmes conditions. Il y a un accord international entre la Suisse et l'UE qui doit être respecté », a poursuivi le président.
« C'est la Suisse qui doit maintenant venir avec des solutions. C'est pourquoi ce n'est pas à moi, ni à la Commission, de présenter des solutions. C'est une situation qu'on trouve maintenant, où la Suisse pourra être en difficulté de respecter l'accord qu'elle a signé avec l'UE. Et l'accord de la liberté de circulation est vraiment une part essentielle de l'accord du marché intérieur ».
Et pour M. Barroso les choses sont assez claires: « Il ne faut pas avoir d'illusions. Nous n'allons pas négocier les principes de la liberté de la circulation des personnes. Ça c'est un élément intégral, on ne peut pas le négocier. Nous ne sommes pas prêts a reficeler le paquet, faire un bricolage rapide. Le Conseil fédéral doit prendre maintenant une décision et après on pourra, bien sûr, en discuter, mais dans le respect de principes qui sont essentiels ».
Pour José Manuel Barroso, cette décision « pose des problèmes, et des problèmes sérieux », a-t-il encore admis.
Comme prévu, le Comité des représentants permanents des États membres (Coreper) a ajourné, jeudi 13 février à Bruxelles, l'adoption du mandat sur l'accord cadre institutionnel entre l'UE et la Suisse. La Commission européenne avait elle, malgré les incertitudes, appelé à adopter tout de même ce mandat. Le report du mandat n'est toutefois pas un report sine die, commente une source du Conseil et le Coreper pourrait à nouveau rapidement se saisir de la question. Des contacts avec les autorités suisses doivent avoir lieu la semaine prochaine.
Du côté du PE, les députés PPE Michel Dantin (France), Lara Comi (Italie), Othmar Karas (Autriche) et Andreas Schwab (Allemagne) ont adressé une lettre à Catherine Ashton insistant sur les lourdes conséquences de la votation pour les travailleurs frontaliers de la Suisse. « Le référendum suisse, voté à une courte majorité, est symptomatique d'une émotion forte autour des sujets d'immigration, mais ses conséquences pourraient être dramatiques pour les citoyens suisses comme pour les citoyens de l'Union européenne, en particulier ceux venant de pays limitrophes comme la France », a écrit Michel Dantin dans un communiqué.
« Les citoyens français travaillant en Suisse participent à l'économie du pays qui souffre d'un manque de travailleurs qualifiés: voilà tout l'intérêt de la libre circulation des travailleurs, pilier de l'accord entre l'Union européenne et la Suisse », a expliqué l'eurodéputé. « J'appelle Madame Ashton et les représentants de chacune des institutions européennes, à tout mettre en oeuvre pour préserver l'espace économique européen ». (SP)