Bruxelles, 14/02/2014 (Agence Europe) - Un rapport publié le 7 février stipule que le protocole actuel à l'accord de pêche entre l'UE et la Mauritanie a été partiellement efficace, mais que l'option consistant à conclure un nouvel accord est « envisageable et pertinente, si la contribution de l'UE est mieux adaptée que ce qui est prévu selon le protocole en cours.
Plusieurs accords de pêche autorisant les navires de pêche de l'UE à accéder aux zones de pêche de la Mauritanie se sont succédé depuis 1987. L'accord de partenariat actuel dans le domaine de la pêche (APP) entre l'UE et la Mauritanie est en vigueur depuis 2006. Le troisième protocole est appliqué (de manière provisoire) depuis le 16 décembre 2012 pour une durée de deux ans. Afin d'autoriser la Commission à négocier au nom de l'UE un nouveau protocole avant l'expiration du protocole actuel, une évaluation ex post et ex ante indépendante a été conduite. Ce rapport en présente les résultats.
Le secteur des pêches en Mauritanie. La Mauritanie est un des pays au monde dont les eaux sont les plus poissonneuses, en raison de la présence d'un fort 'upwelling' (remontée d'eau) et d'un large plateau continental, propices au développement de ressources halieutiques. Les captures des navires de l'UE représentent en moyenne 30 % des captures totales de petits pélagiques. La production des navires de l'UE n'est pas débarquée et commercialisée en Mauritanie. Les petits pélagiques sont transbordés dans la rade de Nouadhibou pour être acheminés vers les pays du golfe de Guinée (Nigéria, Côte d'Ivoire et Cameroun surtout) ainsi que vers la Russie et les pays voisins. Les démersaux entrent dans le circuit de distribution du marché espagnol. Environ 22 000 t de produits halieutiques en provenance de la Mauritanie entrent sur le marché européen chaque année.
Protocole en cours. Le protocole en cours est d'application provisoire depuis le 16 décembre 2012. Il a été approuvé le 8 octobre 2013 par le Parlement européen et le 15 novembre 2013 par le Conseil. Le protocole en cours se structure autour de l'accès de 9 catégories de pêche aux espèces hautement migratoires (thonidés et espèces associées), aux crustacés, aux poissons démersaux, aux petits pélagiques et aux céphalopodes (sans possibilités de pêche allouées pour le moment à cette catégorie) pour un total annuel de captures autorisé de 326 700 t pour environ 135 navires de pêche par an au maximum. La contrepartie financière de l'UE est de 70 millions d'euros. La pêcherie céphalopodière, historiquement importante, réalisait des captures de l'ordre de 25 000 t entre 1994 et 2012. Toutefois, en raison de la fragilité de l'état des stocks de poulpe et de la volonté de la Mauritanie de réserver cette pêcherie à sa flotte nationale, les parties ont décidé de ne pas renouveler les possibilités de pêche pour la catégorie de pêche ciblant les céphalopodes dans le cadre du protocole de pêche actuel.
Exploitation de moins de 50 % des possibilités de captures annuelles. Le rapport montre que le taux d'utilisation des possibilités de pêche au cours des premiers mois a été « faible à modérée », selon les catégories de pêche, tant en termes d'utilisation des licences qu'en termes de captures. Environ 150 000 t de poissons ont été capturées en 11 mois, soit une peu moins de la moitié du volume annuel de captures autorisé fixé à 326 700 t. Toutefois, les adaptations de ces conditions techniques apportées à l'occasion de plusieurs réunions de la commission mixte jusqu'à la fin septembre 2013 « pourraient améliorer l'attractivité du protocole ». Ainsi, les navires crevettiers de l'UE n'ayant pas demandé de licences depuis janvier 2013, ont finalement sollicité 13 licences pour les mois de novembre et décembre 2013. Les chalutiers congélateurs des petits pélagiques ont, au cours des 11 premiers mois d'application du protocole, capturé 42 % du volume annuel de capture autorisé (129 000 t par rapport à 285 000 t). Pour les thoniers, le taux d'utilisation est très fort puisque leur capture devrait dépasser 22 000 t à la fin de l'année.
Pour les armements de l'UE, la zone de la Mauritanie est intéressante économiquement. Tous les segments, sauf celui de la pêche fraîche de petits pélagiques, dégagent un excédent brut d'exploitation conséquent. L'APP génère ainsi globalement 1 500 emplois. Sur le plan de l'investissement public, l'APP se révèle « moins intéressant » puisque chaque euro de la compensation financière génère une création de valeur ajoutée directe de 0,80 euro à l'échelle du segment de la capture et une valeur ajoutée totale de l'ordre de 1,7 euro mais dont seulement 0,9 revient à l'UE. Chaque euro de nature publique investi par l'UE procure un chiffre d'affaires de l'ordre de 2,12 euros si le montant de la contrepartie financière est pris en compte.
Le rapport conclut que l'option d'un nouvel accord de pêche est envisageable, à condition que le nombre de possibilités de pêche soit mieux estimé pour les pêcheurs de merlu. Le volume total de référence pour les thoniers senneurs devrait être « revu à la hausse ». Ouvrir des possibilités de pêche pour le poulpe est « envisageable », si la Mauritanie considère qu'un excédent de cette ressource est disponible. (LC)