Bruxelles, 18/12/2013 (Agence Europe) - Au grand regret de l'opposition pro-européenne dans le pays, comme des Vingt-huit, l'Ukraine se rapproche de la Russie via des accords bilatéraux en sa faveur.
Le président Viktor Ianoukovitch et le président russe, Vladimir Poutine, ont, comme ils l'avaient laissé entendre, signé, le 17 décembre à Moscou, un accord destiné à lever les obstacles commerciaux entre les deux pays pour 2013 et 2014. Ils ont aussi signé un accord de prêt de la Russie à l'Ukraine en 2014, à hauteur de 15 milliards de dollars pour aider cette dernière à surmonter ses difficultés économiques. Kiev veut en effet une assistance financière pour couvrir l'an prochain un besoin de financement extérieur de 17 milliards de dollars. Pour ce faire, Moscou investira 15 milliards de dollars US dans des titres du gouvernement ukrainien.
En outre, la Russie réduira d'un tiers le prix du gaz qu'elle livre à l'Ukraine: actuellement facturé à 400 dollars (291 euros) les 1 000 m3, il passera à 268,5 dollars (195,5 euros) dès janvier prochain. Le rabais sur le tarif du gaz naturel était un enjeu crucial pour l'Ukraine, par où transite 80% du gaz russe destiné au marché européen, et dont le fleuron économique est une industrie très énergivore (métallurgie, engrais). Mais aussi pour la Russie, dont le géant gazier public Gazprom aimerait contrôler le système de gazoducs ukrainien et prendre possession des réservoirs de gaz ukrainiens, qui servent de capacités de stockage pour l'UE. Deux différends gaziers entre la Russie et l'Ukraine, lors des hivers 2006 et 2009, ont déjà conduit à des interruptions de l'approvisionnement en gaz russe de l'UE. Gazprom fournit plus de 25% du gaz consommé en Europe.
Mardi, le président Poutine a fait savoir que le prêt russe n'était « lié à aucune condition, ni à une hausse, ni à une baisse, ni au gel des avantages sociaux, des retraites, des bourses ou des dépenses », une allusion aux conditions imposées par le FMI pour l'octroi d'un prêt à l'Ukraine. La question de l'adhésion de l'Ukraine à l'union douanière entre le Belarus, le Kazakhstan et la Russie, n'a, en outre, pas été discutée.
L'UE, qui a dû encaisser la soudaine volte-face des autorités ukrainiennes à la veille du sommet de Vilnius, où la signature d'un accord d'association incluant une zone de libre-échange devait, fin novembre, sceller son rapprochement économique avec l'Ukraine, vogue désormais entre espoir et perplexité. Mais elle n'abandonnera pas l'opposition pro-européenne fortement mobilisée dans le pays.
Interrogé par la presse sur ce dossier, le 18 décembre, le ministre lituanien des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, a répété aux autorités de Kiev que la porte ouvrant la voie à un rapprochement économique avec l'UE restait ouverte, malgré des réserves subsistantes concernant la compatibilité des accords passés avec Moscou au regard du processus d'association avec les Vingt-huit. « La partie ukrainienne m'a indiqué que ces accords ne sont pas contradictoires avec le processus d'association. Les prêts sont donnés sans condition, sans garantie. Mais pour moi, la solution n'est pas réglée. L'Ukraine doit mener à bien des réformes et son plan de modernisation. Temporairement, ses problèmes peuvent être réglés, mais ce n'est pas la solution. Mais nos propositions restent valables et nos conditions également. C'est à l'Ukraine de décider, nous restons ouverts et engagés. Nous respectons cet esprit pro-européen qui est très populaire, très visible en Ukraine. Il n'y a jamais eu de manifestations d'une telle ampleur dans d'autres États », a commenté M. Linkevicius. (EH)