Bruxelles, 18/12/2013 (Agence Europe) - Parmi la pléiade des sujets que le Conseil européen du jeudi 19 et vendredi 20 décembre est finalement amené à traiter, l'Europe de la défense s'en distingue, tant par le volume des conclusions qui devraient être adoptées que par le fait qu'il faut remonter à 2008 pour apercevoir ce sujet à l'agenda d'une réunion des chefs d'État et de gouvernement. Entre ces deux dates, la crise économique et financière est passée, plaçant les dépenses en matière de défense comme une des premières victimes collatérales des ajustements budgétaires et fragilisant encore davantage une industrie européenne déjà fragmentée et en perte de compétitivité. C'est justement à ces deux problèmes que le Conseil européen va tenter d'apporter une réponse, en renforçant à la fois la politique européenne de sécurité et de défense (PSDC), en préparant des projets capacitaires communs et en revigorant la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE).
Les conclusions qui seront examinées par les chefs d'État et de gouvernement, jeudi 19 décembre, juste avant le dîner, sont le fruit d'un long travail entamé il y a un an, tant au niveau des institutions européennes que des États membres. Le fil conducteur de la réflexion est resté le même: l'UE doit être capable d'assumer ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité. Pour cela, elle doit disposer de moyens civil et militaire adéquats. Pour atteindre un objectif d'« autonomie stratégique », le Conseil européen devrait donner l'impulsion pour des actions construites autour de trois axes.
Accroître l'efficacité, la visibilité et l'impact de la PSDC. L'UE déploie aujourd'hui douze missions civiles et quatre opérations militaires à travers le monde dans le cadre de la PSDC. Presque toutes ces missions ont un point en commun: leur déploiement a été un 'parcours du combattant'. Le Conseil européen devrait proposer plusieurs solutions afin de garantir que les missions à venir soient mises en place d'une manière « rapide et efficace ». Parmi les idées évoquées se trouve la réforme de leur financement, y compris la révision du mécanisme Athena pour le financement des coûts communs et la modification de certaines procédures. L'UE dispose théoriquement depuis 2007 d'une force de réaction rapide (groupement tactique), qui est assurée sur une base tournante par les États membres. Cette force n'a toutefois jamais été employée, même si plusieurs occasions se sont déjà présentées, en raison du refus répété d'un État membre et l'absence d'un financement commun suffisant. Le Conseil européen étudiera plusieurs solutions pour rendre cette force opérable. Il devrait demander que l'UE s'adapte aux nouveaux défis sécuritaires dans le domaine de la cyberdéfense, de la sécurité énergétique et de la sécurité maritime (adoption d'une stratégie commune d'ici juin 2014). Des pistes devraient être avancées pour améliorer la coopération entre la PSDC et les acteurs de la sécurité intérieure, notamment sur les questions de l'immigration illégale, du crime organisé et du terrorisme.
Renforcer le développement des capacités. Depuis plusieurs années, l'Europe doit faire face à des lacunes dans ses capacités. Plusieurs d'entre elles ont été identifiées comme « critiques ». À l'heure où presque plus aucun État membre n'est en mesure de combler, à lui seul, ces lacunes capacitaires, le Conseil européen devrait encourager le développement de programmes multinationaux, avec le soutien de l'agence européenne de défense (AED). Quatre domaines capacitaires sont identifiés: le ravitaillement en vol ; les systèmes d'aéronefs pilotés à distance (RPAS) ; les télécommunications gouvernementales par satellites ; la cyberdéfense. Ce Conseil européen devrait apporter un réel coup de pouce dans le domaine des drones, en ouvrant la perspective du développement d'un drone MALE européen à horizon 2020-2025. Ces grands projets capacitaires ne doivent toutefois pas masquer que le premier défi reste une meilleure coopération au sein de l'UE. Afin de la favoriser, le Conseil européen devrait inviter l'AED à créer un cadre favorisant la convergence des processus nationaux de planification de défense.
Renforcement de l'industrie européenne de la défense. Plus que dans aucun autre secteur, l'industrie européenne de la défense demeure fragmentée et a du mal à faire face à la puissante concurrence américaine. Développer une industrie européenne de la défense « plus intégrée, durable, innovante et compétitive » est un défi qui doit être relevé à différents niveaux. Le Conseil européen devrait appeler la Commission européenne à veiller à la bonne et entière application des deux directives européennes de 2009, qui visent à ouvrir les marchés publics de défense en Europe, lutter contre les distorsions de concurrence et faciliter la circulation des produits de défense entre les États membres. L'AED et la Commission devraient être appelés à développer des standards industriels de défense et une approche européenne en matière de certification pour réduire les coûts et favoriser l'interopérabilité. Enfin, le Conseil européen devrait soutenir la mobilisation du programme-cadre de l'UE 'Horizon 2020' en faveur des activités de recherche duales et la mise en place d'une future action préparatoire pour la recherche relative aux besoins de la PSDC. (JK/OJ)