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Bulletin Quotidien Europe N° 10968
POLITIQUES SECTORIELLES / (ae) femmes

Quotas, « on a dépassé le stade du combat idéologique » (Reding)

Strasbourg, 21/11/2013 (Agence Europe) - Le Parlement européen a dit oui à une large majorité à un quota de 40% de femmes administrateurs des grandes entreprises européennes cotées en bourse à partir de 2020 (EUROPE 10967). Ce mercredi 20 novembre a donc été décrété « historique » par Vivianne Reding, la commissaire européenne aux Droits fondamentaux, à l'initiative de ce texte controversé. Bien décidée à briser ce fameux « plafond de verre » qui fait stagner à 16% le nombre de femmes siégeant dans les conseils d'administration (CA), elle attend désormais la position du Conseil, divisé sur la question. Lors d'un entretien accordé à EUROPE, Mme Reding revient sur ce qu'implique le vote du PE ainsi que sur les fondamentaux de sa proposition. (MD)

Agence Europe: Comment interprétez-vous le vote du Parlement européen sur votre proposition de directive, qui a été soutenue à une vaste majorité, et ce alors que vous aviez été critiquée au sein du collège et du Conseil avant même la présentation d'un quota ?

Viviane Reding: Je suis très fière du Parlement qui a réussi à trouver un accord au-delà des différences politiques. C'est intéressant de voir que, dans les grands partis politiques, l'affrontement idéologique sur le sujet a disparu. On retrouve, avec ce oui massif du PE, la droite, le centre, les libéraux, les verts, les socialistes, les communistes, soit tout l'échiquier politique. Les seuls qui sont vraiment contre, ce sont les conservateurs britanniques et quelques éléments d'extrême droite. Mais c'est un détail, ce que je trouve important c'est que dans les grandes familles politiques quelles qu'elles soient dans leur diversité, il y a un consensus.

Cela va-t-il inciter le Conseil à prendre à bras-le-corps ce dossier, retardé notamment car une dizaine de pays sont opposés à un quota européen. Le fait que le sujet soit discuté en Allemagne en vue d'une coalition CDU-SPD pourrait-il aussi changer la donne ?

Un accord de coalition est discuté en Allemagne dans le cadre duquel il y aura probablement une législation sur les quotas en Allemagne (NDLR: 30% en 2017). Ce qui sera quand même une grande nouvelle. Et je pense que le vote, transparti, du Parlement européen est un signal très fort aux gouvernements pour montrer que les élus du peuple veulent avancer. On a dépassé le stade du combat idéologique. On ne trouvera jamais l'instrument parfait avec lequel tout le monde dira 'hourra', mais on a trouvé une procédure qui va permettre au talent féminin de contribuer au développement économique dont nous avons besoin.

Quel est l'instrument retenu par le Parlement et la Commission ?

Ce que l'Europe propose ce n'est pas un quota dur, mais des quotas de procédures pendant la sélection des futurs membres de CA. Cette sélection est transparente et donnera sa chance aux gens qualifiés et de talent, même si ce sont des femmes, car aujourd'hui elles n'ont souvent pas accès à ces sélections. C'est dans l'intérêt des entreprises d'utiliser ces talents et donc à nous, les politiques, de casser ce 'plafond de verre' qui brise le talent féminin.

Le Parlement a renforcé les sanctions qui devront être imposées aux entreprises qui ne mettent pas en place ces procédures de recrutement pour atteindre le quota, y souscrivez-vous ?

Le Parlement est allé plus loin que mon texte sur certains éléments. Le message important c'est que l'on veut que ça change, on veut faire évoluer les procédures de sélection. Maintenant, comment ces procédures de sélection seront appliquées à la fin, ça doit être négocié entre le Parlement et le Conseil. Je suis très 'cool' sur les détails proposés par le Parlement, je le serai aussi vis-à-vis des détails qui seront proposés par le Conseil. In fine, ce sont les deux institutions qui devront négocier un texte commun. À ce stade, le dernier mot n'est pas dit, le Parlement a mis sa position sur la table, le Conseil le fera j'espère aussi.

En définitive, la proposition ne concerne qu'une portion très congrue des femmes en Europe. Pourquoi s'être limité aux postes non exécutifs?

Parce que la direction, c'est vraiment le management d'une entreprise et il ne faut pas mettre ses doigts dans le fonctionnement même d'une entreprise. Le CA nomme les directeurs, donc cela aussi va donner une chance aux femmes. Dans la directive, il est dit que chaque entreprise doit faire un plan d'action sur la façon de promouvoir des femmes aux postes de direction, pour les faire évoluer dans l'entreprise, pour pouvoir devenir des CEO. On ne veut pas intervenir dans le management.

Peu de femmes néanmoins peuvent vraiment s'identifier à cette législation, d'autant plus que les grandes entreprises cotées en bourse ne sont pas plus de 5 000 en Europe. La démarche serait-elle avant tout symbolique, pour donner un élan ?

C'est un signal fort pour montrer que les femmes peuvent le faire, qu'elles sont capables de diriger des entreprises. Cela donne un modèle.

Il s'agit d'une mesure transitoire, pourquoi ne pas avoir gravé dans le marbre la parité dans les entreprises ?

C'est un instrument nécessaire pour briser le plafond de verre. Mais une fois brisé, nous n'aurons plus besoin d'une loi, parce que le meilleur gagne tout simplement, qu'il soit masculin ou féminin ! Or, aujourd'hui, les bons éléments féminins n'ont pas la chance de gagner. Et c'est ça qu'il faut changer. Une fois que le système fonctionne naturellement, nous n'avons plus besoin de loi. Donc c'est pour ça que j'ai mis une clause d'expiration à 2028, automatiquement dissoute, sauf si le PE et le Conseil décident que les choses ne sont pas encore comme elles devraient, et que l'on devrait continuer.

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